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radical chic

Le prix écologique, ou l'idée à la con

Borloo va mieux, parait-il, le pauvre était "au plus bas" après sa bourde sur la TVA sociale (heureusement qu'il n'a pas parlé de "faillite"). J'aime que le Monde nous parle du moral des ministres, bon chien chien le Monde, merci, va. Et pour alimenter cette "page 3" triviale comme un JT d'été, on apprend que Borloo se bat désormais pour "le prix écologique".

Autre piste, au cours des dernières semaines, M. Borloo a amorcé la tournée des patrons de la grande distribution pour les convaincre de faire de la France le premier pays du monde à pratiquer le "double affichage" : "Un prix économique en euros, et un prix écologique qui mesure le coût, l'empreinte environnementale du produit acheté."

Pauvre Borloo, il me fait pitié. L'expérience du "double affichage" des prix des fruits et légumes ne lui a pas suffit ? Il y a condensé dans cette idée idiote tout ce qui m'énerve dans l'approche écologique cache-sexe de la droite, tout pour en faire une mesure inutile, coûteuse et même contre productive.

Coûteuse, évidemment, pour mettre en place un système de calcul lourdingue et in fine payé par les consommateurs. Inutile : qu'est ce qu'on s'en fout de savoir que la merde fabriquée en Chine ne coûte rien bien qu'elle ait sucé (encore) des dizaines de litres de gazole lors de son transport en container ? Et contre-productive, parce qu'à force d'emmerder les gens en n'abordant les problématiques écologiques qu'à coup de culpabilisation, on fabrique la haine de l'écologie.

Plus fondamentalement, ce qui me rend malade c'est que ce genre d'initiative imbécile pue la bonne volonté libérale style "ne contraignons pas les gens" et "faisons confiance aux individus responsables." Plutôt que d'avoir de la suite dans les idées et de mettre en place une fiscalité écologique, à commencer par la taxe carbone, ce à quoi d'ailleurs notre Président s'est engagé en signant la pauvre charte de Hulot (bravo, beau résultat), on préfère lâchement botter en touche pour ne pas faire peur aux industriels ou risquer de brusquer les consommateurs.

Bien entendu, une telle révolution fiscale doit être menée avec prudence, mais il faut bien commencer, et ce n'est pas en rajoutant des petites étiquettes vertes (comme on avait à une époque, merci les socialos, envoyé des vignettes "voiture propre" qui n'ont jamais servi à rien) qu'on avancera vers la réduction des émissions de CO2 - bien au contraire.

Made in China

"Fabriqué en Chine", répété 3 ou 4 fois dans un reportage de JT, à propos d'un lit pour bébé présentant un défaut dangereux ; je vous laisse imaginer le ton de la voix qui résume l'accusation et l'explication évidente : c'est dangereux, c'est chinois, faut-il s'en étonner ? C'était dans le 13h de France 2 samedi, mais je suis certain que ce traitement-là valait aussi pour les jouets qui contenaient du plomb, ou n'importe quel autre produit chinois suspecté de n'importe quoi, y compris un berceau vendu uniquement sur le marché américain par une marque ricaine. Fabriqué en Chine !

Peu importe, comme le faisait remarquer un pote, que le défaut était plus probablement dû à la conception américaine qu'à la fabrication chinoise, les journalistes ne se sont pas posés la question ; et peu importe qu'un défaut de fabrication pourrait aussi bien s'expliquer par la radinerie des donneurs d'ordres que par le manque de rigueur des ouvriers chinois. Les accusés, ce sont les jaunes qui non seulement volent nos emplois mais nous envahissent de produits dangereux pour nos enfants - le pire crime qui soit.

Sur le fond, évidemment, il n'est pas souhaitable qu'on importe de Chine des produits dangereux, pour les mômes ou pour les autres. Mais l'indignation est bien sélective : personne ne s'excuse de consommer ces produits qui sont miraculeusement moins chers, et si les antiennes des syndicats qui s'inquiètent de la concurrence des pays à bas coûts de production sont généralement acceptées avec un hochement de tête compréhensif par tout le monde, personne n'en tient compte une fois passé à la caisse du carrouf. Chacun sait bien au fond comment ces prix si bas sont possibles, mais qui se préoccupe de ces ouvriers exploités 12 heures par jours et six jours sur sept pour 100 euros par mois, dans des usines insalubres construites sur des terrains volés aux paysans par les mafieux du parti communiste ?

Et sur la dangerosité ? Quand Barbie contient du plomb ou je ne sais quoi, on flippe pour ses enfants, ce qui est normal ; mais personne ne se soucie des ouvriers chinois qui ont dû se bouffer trois mille fois plus de toxines que jamais un bambin pourra n'en avaler en léchant sa barbie toute la journée, sans même parler des rejets dans ce qui reste de campagne là-bas. Que des (enfants) chinois, directement exploités ou indirectement exposés aux mêmes toxiques puissent également et même principalement être victimes ne surprend personne et ne gêne presque personne, hors quelques ONG confidentielles. Mais qu'ils exportent un millième de leurs saloperies chez nous, ah non alors !

Quoi qu'il en soit, l'appareil de production de notre jolie société de consommation, délocalisé ou non, restera toujours invisible aux yeux des consommateurs ; après tout, les maladies professionnelles, ça n'existe pas qu'en Chine. Seule consolation, le durcissement des contrôles pour "protéger nos enfants" aura peut-être comme bénéfice secondaire de protéger les prolétaires chinois, mais cela ne suffit pas à faire passer l'égoïsme insupportable qui caractérise "l'opinion publique".

Le diable est dans les détails

Je sentais que le coup de l'ADN aillait fausser le débat sur le regroupement familial. Et hop, tandis que tout le monde se focalisait sur l'amendement provocateur, Eolas nous apprend que le délai de recours en cas de refus de l'asile politique a été discrètement réduit d'un mois à quinze jours - ce qui rend ce recours presque infaisable. Voila une mesure d'apparence anodine qui change profondément le destin de milliers de personnes, dont pas mal de "vrais" réfugiés politiques qui risquent de payer cher cette petite chicanerie administrative, comme l'explique parfaitement le boss (et en France, on aime les chicaneries).

Ce n'est pas qu'une question d'hypocrisie ; toute la politique migratoire, dans sa réalité et non dans les principes de fermeté-mais-générosité-quand-même qui lui servent de cache sexe, repose sur la mécanique de l'injustice. Comme on sait bien que les flux ne cesseront jamais, on multiplie les barrières physiques ou administratives, en attendant mieux. Ainsi des régularisations des parents d'enfants scolarisés réduites arbitrairement à 7000 bénéficiaires, ainsi du "cas par cas" qui permet de se passer de critères précis, ainsi de l'introduction du test de langue, idée qui suinte tellement le bon sens qu'on en oublie de voir qu'elle servira avant tout de prétexte commode à l'arbitraire des services de l'ambassade du coin.

Et pour revenir sur le "scandale" des tests ADN, je ne suis pas surpris qu'il se termine en eau de boudin. C'était le type même du piège politique ; qu'importe que le gouvernement n'y soit pas favorable (sans trop s'en affoler), que les ministres d'ouverture s'en indignent (mais sans plus), que les professionnels de l'anti-racisme les rejoignent (mais qui les entend encore ?), le député Mariani jouait sur du velours. En effet, il était assuré du soutien de l'opinion publique, travaillée dans ce sens par 20 ou 30 ans de patiente fabrication de l'immigré bouc-émissaire (ah mais je suis pour l'intégration, attention), et par là même de la majorité.

Il faut bien parler tactique ; contrairement à Eolas qui défend à l'occasion des immigrés clandestins, et qui voit les hommes avant les statistiques du ministère de l'intérieur, l'étranger fictif du 20 heures est bien trop menaçant pour qu'on l'oublie, et bien trop absent pour qu'on se soucie de le traiter autrement que comme un paquet de linge sale, dans le meilleur des cas. Si le droit à une vie de famille n'était pas constitutionnel, le regroupement familial aurait d'ailleurs depuis longtemps cessé d'exister tant cette mesure est devenue l'explication facile des banlieues ghettos ou du "communautarisme". La solution est tellement simple !

Quant aux tests ADN eux-mêmes, leur soudaine nécessité est aussi un joli coup politique ; en effet, elle nous indique subrepticement que, parmi les dizaines d'enfants par famille qui débarquent par containers entiers avec le soutien des belles consciences de gauche, l'immense majorité sont des mômes placés par des passeurs véreux. Dans ce cas, comment ne pas réagir ? Et puisque notre vieux fond positiviste confère à la technologie cette image d'infaillibilité qui la rend tellement rassurante, pourquoi faire la fine bouche ? Après avoir mis des caméras partout et coincé les délinquants sexuels avec un collier pour ours des Pyrénées (bon, même moi suis prêt à reconnaître que c'est mieux que la prison), nous allons désormais faire des prises de sang aux immigrés et la vérité du génome nous soulagera de l'incertitude humaine.

Bref, partir en campagne avec les meilleurs arguments du monde contre ces tests de filiation imbéciles ne servait pas à grand chose. La seule chance de répondre à la fascination de la technique passait par l'émotion, notamment en suivant le regard des ces gens ordinaires qui tout à coup se sont ligués contre une mesure d'éloignement qui leur semblait inique, conférant au passage de l'humanité aux sans papiers jusqu'ici invisibles ou hostiles. C'était par exemple la mobilisation pour défendre les "Maliens" à Monfort-sur-Meu, ou l'action des parents proche de RESF (qui ne sont pas tous des trotskards reconvertis). Bref, l'émotion répond à l'émotion et est seule capable de supprimer l'écart entre l'image délirante de l'immigré qui vient nous piller sans vouloir s'intégrer et la réalité un rien plus... complexe.


Au passage, je découvre une certaine vertu au travail parlementaire ; l'opposition fait son travail, certaines sensibilités humanistes à droite s'expriment, cassant l'image de la majorité-godillots, et le principe de la navette et du second vote fait que la majorité, si elle maintient ce chausse-trappe, l'aura fait en connaissance de cause.

N'importe quoi (encore)

"On engage un mouvement de réforme, sans doute, comme jamais depuis la libération".

Mais il se prend pour qui ce merdeux ? Ne parlons pas de Mitterrand, mais il croit qu'il fait mieux que de Gaulle ?? Et les deux préposés aux médias officiels qui écoutent en fermant leur gueule, sans même le relancer ? On va finir par regretter Chirac !

Certes, l'exercice est facile et bien rodé, ça finit même par se voir (la tirade pour expliquer que Cécilia a fait un travail remarquable mais que c'est moi le chef est un sommet du genre), mais on en reparlera une fois qu'on passera de la comm' à la réalité. En tout cas, heureusement que je n'ai vu que la fin.


"Nicolas Sarkozy a redonné aux Français les raisons de croire en eux-mêmes et en l'avenir" (Devedjian). De mieux en mieux.

La parole aux profiteurs

Tiens pour une fois la presse sérieuse s'intéresse aux privilégiés de la SNCF, et leur donne la parole (le monde de lundi soir, dans un atelier de maintenance et chez "Jean-Ber") ; leur voix est plus concrète et plus convaincante que les envolées de principe sur la "défense des acquis" qui depuis longtemps se sont retournées contre ceux qui tentent ainsi d'argumenter. Cela permet de voir que finalement c'est le même argument qui est employé dans les deux sens : la pénibilité devrait justifier la retraite anticipée. Du point de vue des "privilégiés" ce serait normal que tous les métiers difficiles donnent droit à une telle retraite, et de l'autre c'est bien parce que d'autres travailleurs du privé n'ont pas ce droit qu'il faut aligner tout le monde sur le régime minimum.

Reste que si on peut trouver quelques raisons de réformer (j'y reviens), l'attaque est insupportable sur le plan symbolique. Hier un chauffeur de taxi parlait des bénéficiaires des régimes spéciaux en les appelant "les privilégiés", sans autre précision. Le travail de sape a fait son oeuvre, et tandis qu'on encourage la transmission de patrimoine et qu'on renforce ainsi la reproduction sociale au nom d'une conception du "mérite" qui arrange bien les classes dominantes - que l'on n'appelle plus les privilégiés, les avantages obtenus par le statut (qui ont souvent fait l'objet d'une stratégie sociale, comme les familles bourgeoises encouragent leurs enfants à devenir médecins ou financiers) sont devenus scandaleux, une survivance incompréhensible du passé dont on ne discute plus de la légitimité, mais juste de la façon dont on peut en finir.

Et sur le plan économique, on peut bien sûr justifier la réforme vu l'équilibre démographique et les choix collectifs sur les niveaux de prélèvements. Mais on ne voit souvent qu'une partie du problème de financement (comme le dit cet économiste de gauche), tant le débat moral prend le pas sur la réalité technique. Par exemple, quel est le coût accepté par le gouvernement quand il défiscalise l'accès aux fonds de pensions ? Et que fera-t-on des économies : iront-elles dans la poche des autres salariés, ou vont-elles financer d'autres cadeaux fiscaux ? Enfin l'ambigüité persistante entre les discours culpabilisant style va falloir bosser plus et la grande difficulté à maintenir sur le marché des vieux dont personne ne veut se traduira vraisemblablement par une paupérisation croissante.

Du coup, la position de la gauche modérée n'est pas forcément aussi hypocrite que certains le disent. Se contenter de supprimer les régimes spéciaux sans réaffecter les économies aux salariés modestes et sans viser à compenser réellement la pénibilité (tout le monde est d'accord pour le dire, mais concrètement c'est une autre histoire), c'est réaliser un transfert des classes populaires (et ne me parlez pas du conducteur de TGV ou de l'ingénieur EDF) vers la clientèle habituelle du gouvernement, à commencer par ceux qui payent assez d'impôts pour bénéficier des subventions à l'épargne retraite.

J'ai raté la rentrée (littéraire)

De retour, finalement. Je pensais échapper à la coupe du monde de rugby en rentrant si tard, mais j'étais loin du compte, et finalement je n'ai loupé que... la rentrée littéraire, déjà finie. Voila bien la preuve qu'elle n'existe pas, hors le micro-battage médiatique orchestré fin août - début septembre ; une sorte de convergence publi-promotionnelle, toujours la même, ou après avoir regretté comme un seul homme l'inflation des sorties de l'année, la profession se met d'accord par un effet de mimétisme sur les 20-30 titres à retenir (en général, un tiers premiers romans, un tiers auteurs connus et un tiers traductions).

Une fois passé ce moment, il n'en reste que des traces, comme les piles à la fnac ou à l'espace culturel du carrouf du coin, et très vite la même pile de livres toujours neufs et déjà bradés chez Gibert. Ayant raté la promotion de ces fameux livres, j'ai l'impression qu'il n'y a pas eu de sorties ; passé en coup de vent à la fnac, j'ai vu les piles mais n'ayant pas été préparé à y reconnaitre ce que j'aurais dû y chercher, cela m'a semblé incongru.

C'est dire que la chose porte bien son nom ; car à y réfléchir, la rentrée n'existe pas. La rentrée, ce n'est qu'un temps de deuil collectif qui voit tout le monde soupirer sur les vacances passées et déjà lointaines, et rien d'autre. Partir trop tôt ou rentrer trop tard nous fait rater la rentrée, puisque la ruche est déjà passée à autre chose, nous privant au passage de la transition entre les lectures de vacances, frivoles, forcément frivoles (combien ai-je vu de Gavalda cet été ?) et lecture de rentrées, supposées plus sérieuses. C'est d'ailleurs le moment où il faudrait faire éclater cette conception assez idiote de la lecture, qui voit le seul moment où on a l'esprit à peu près libre être gâché par des livres de troisième zone, avant de les voir balayés par les pensums lourdingues des écrivains sérieux.

En attendant j'ouvre ce blog, ça m'a presque manqué à force, même si l'inspiration est fluctuante. Je vous souhaite une bonne après-rentrée, en attendant de passer aux choses sérieuses, la politique, Jospin et Royal, tout ça.