La pratique d'opposition du PS me déçoit quelque peu ; il est légitime et normal de demander "qui paye ?", et surtout, "contre quoi ?", quand on voit le président s'offrir encore des vacances de luxe (là dessus, je rejoins entièrement Hugues), mais il faudrait également prendre en compte la réception de ces critiques. En effet, le botte-en-touche à la Sarko ("et alors ?") réussit toujours et renforce le cadrage d'une gauche haineuse et revancharde, qui donne l'impression d'être obsédée par le personnage Sarkozy et qui se heure à la droite décomplexée. C'est désastreux, et ne serait-ce que par tactique, il faudrait viser plus large. Encore faut-il en avoir la possibilité.
Ce qui a coulé le PS lors de la présidentielle, ce n'est pas seulement la personnalité incertaine de Royal, c'est le manque de crédibilité du projet - d'autant plus qu'il était porté par quelqu'un qui n'y croyait pas ! Du coup les réelles faiblesses du programme ont été mises en lumière, en particulier le flou sur les nouvelles allocations, occultant de fait les innovations proposées. De même qu'une critique trop frontale de Sarkozy le sert surtout lui, les propositions de nouvelles dépenses sociales sont reçues dans un climat de défiance - joliment structuré par le travail de sape de l'UMP - et ne peuvent être simplement posées là comme si leur vertu allait éclater toute seule.
La récente offre de gratuité des transports en Ile de France pour les RMIstes constitue un exemple intéressant ; s'il y a bien des trappes à inactivité dans le RMI - qui font que le RMA, bien que très mollement porté par le gouvernement Fillon, semble une bonne chose, la réception de la mesure à montré que le RMI n'etait perçu que comme une trappe à inactivité, et que toute amélioration pour les allocataires, le plus souvent condamnés à frauder dans le métro, revenait à encourager la glande. Tant pis, par exemple, pour les études qui montrent que rendre la population précaire plus mobile est bénéfique pour tout le monde à moyen terme... c'est partial et faussé, mais c'est ainsi, et ne pas en tenir compte, c'est se condamner à se prendre le mur à chaque prochaine élection.
La solution n'est donc pas dans le recherche d'une pureté "de gauche". Ceux qui pensent que la droitisation du PS l'a perdu se plantent ; ils confondent deux phénomènes, l'orientation sociale démocrate d'une part et la perte d'adhésion des classes populaires d'autre part, mais ces dernières ne votent pas directement pour leur intérêt économique, tandis que leur intérêt symbolique (la hantise du déclassement par exemple) n'est que marginalement pris en compte politiquement par l'extrême-gauche ou la gauche de gouvernement.
La solution n'est pas non plus dans l'adoption d'une forme de blairisme sans autre ambition qu'une redistribution limitée - dans ce cas, autant voter directement à droite, tant on y retrouve deux de ses grandes caractéristiques, l'obsession sécuritaire et l'individualisme moralisant qui rend chacun responsable de ses actes - et c'est bien ce durcissement qui a été plébiscité lors de l'élection présidentielle.
Bref, il faut un travail intellectuel d'une autre dimension pour arriver à concilier la vieille critique de l'exploitation (voire celle - moins souvent entendue - de l'aliénation) dans un contexte où seul le marché semble permettre la liberté et l'efficacité - et alors que les inégalités qu'ils entraîne apparaissent pour beaucoup comme un prix à payer acceptable.
La première chose, c'est de retrouver une analyse des déterminismes sociaux qui ne ressemble pas à la "culture de l'excuse" intelligemment dénoncée par la droite, et qui soit à la fois expliquée par des experts et portée par des leaders charismatiques. Cela permettra ensuite de poser les enjeux en se demandant ce qui doit être collectivisé et ce qui doit aller au marché, de façon à tirer parti des deux principes d'organisation. Ensuite il faudra bien dépasser le débat économique pour aller sur le terrain des valeurs et pour répondre à l'espèce de culture de repli issue du 13 heures de Pernault.
Vaste programme. En attendant d'en être là, ça serait pas mal que le PS se taise. Non ?