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radical chic

Blog en vacances !

Arg ! Enfin ! A contre-courant en plus, après avoir patiemment vu tout le monde partir et presque tout le monde revenir, et après un mois d'août infernal qui me ferait douter des stats de croissance de l'Insee (heu, en attendant le 3eme trimestre) avec le même aplomb qu'on critique leurs chiffres bidons de l'inflation (ah d'puis l'euro ma bonne dame).

En attendant, je ferme la boutique (donc les commentaires, de toute façon bien molassons ces derniers temps) et plutôt que de vous faire un best of narcissique (utilisez les archives, tiens) je vous propose de relire quelques extaits de ce témoin engagé de la campagne qu'était "voter à gauche" - dont le titre est lourd des espoirs déçus portés par notre grognasse rose. Profitez-en, ça va pas rester en ligne pendant 10 ans.

Alors, sélectionnés rapidement :

Le portrait de l'inconnue

J'aime bien les portraits de libé : il y a toujours , au delà de l'écriture trop prétentieuse, des bonnes choses à lire. Aujourd'hui où l'on n'apprend plus la vie des gens illustres tandis que nous sommes abreuvés d'histoires de célébrités banales, pouffiasses rencontrées sur la plage et devenues modèles ou acteurs vaniteux aux passions ordinaires et dont la moue mesquine a trouvé son public, nous ne savons pas grand chose sur ceux qui travaillent vraiment à leur succès, et qui exercent souvent des activités aussi passionnantes que méconnues. Le portrait, en nous révélant ce qui a fait ces intellectuels ou ces artistes, nous donne envie d'agir.

Certes, a contrario une telle lecture peut se révéler déprimante, tant ces efforts et cette obstination semblent hors de porté de ceux - comme moi - qui ne sont pas particulièrement mobilisés par une passion quelconque ; la comparaison n'est jamais facile, et l'ordinaire, ce repère rassurant, nous manque parfois au vu de ces parcours exemplaires. C'est pour cela que j'aurais pu me réjouir de la publication de l'histoire d'une illustre inconnue, présentée comme une "voisine" (!) et dont la tragédie banale (mais qui vaut sans doute son pesant de souffrance) tient à un divorce. Une personne ordinaire pour une expérience ordinaire, voila quelque chose qui aurait pu nous changer.

Sauf que l'exercice est ainsi fait que la journaliste ne sait pas travailler la biographie sans tenter d'en illuminer les contours - opération pourtant délicate car à trop braquer la lampe c'est surtout le vide qui apparaît ; à force de transformer en vertu ou en singularité ce qui n'en est pas, et peut-être à passer outre d'autres choses plus intéressantes, on se retrouve à lire le récit triomphal de la banalité petite bourgeoise : faire du sport, investir dans l'immobilier, autant d'activités vulgaires au possible qui en voulant faire de la femme ainsi peinte une sorte d'héroïne, nous renvoient dans la gueule combien l'ordinaire peut manquer de valeur, surtout s'il se prend pour autre chose.

C'est d'autant plus flagrant que la journaliste-voisine en rajoute pour essayer de nous convaincre que sa copine à toute sa place dans la rubrique : "Valérie a quelque chose de résolument différent, étranger (d’aucuns disent d’étrange), qui fait qu’elle semblait pouvoir échapper aux abysses du commun des mortels". C'est pour cela aussi qu'elle se plie aux règles de l'exercice, raconte l'enfance et l'apprentissage, toutes histoires qui face au vide de l'ordinaire n'apportent absolument rien eu égard au drame mentionné (le divorce, donc), et finissent par sonner creux ; pour cela enfin que la précision des descriptions ("Elle est deux fois propriétaire dans Paris intra muros (...) Le premier appartement, elle le loue et finance avec le prêt du second") tente de faire diversion.

Enlevez l'exception, qu'il s'agisse d'un artiste célèbre ou d'une personne ayant traversé un drame hors du commun (dans la même série, la mère d'Audry Maupin) et tout exude le toc et la vanité, au point que la lecture en vienne insupportable. A vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes, à force de prétention - qui est sans doute dans l'oeil du journaliste plus que du cobaye - tout le principe du portrait en sort fragilisé ; il faudrait pouvoir affronter l'ordinaire tel qu'il est, et ne pas chercher la singularité quand elle n'est pas là.

S'opposer, au delà

La pratique d'opposition du PS me déçoit quelque peu ; il est légitime et normal de demander "qui paye ?", et surtout, "contre quoi ?", quand on voit le président s'offrir encore des vacances de luxe (là dessus, je rejoins entièrement Hugues), mais il faudrait également prendre en compte la réception de ces critiques. En effet, le botte-en-touche à la Sarko ("et alors ?") réussit toujours et renforce le cadrage d'une gauche haineuse et revancharde, qui donne l'impression d'être obsédée par le personnage Sarkozy et qui se heure à la droite décomplexée. C'est désastreux, et ne serait-ce que par tactique, il faudrait viser plus large. Encore faut-il en avoir la possibilité.

Ce qui a coulé le PS lors de la présidentielle, ce n'est pas seulement la personnalité incertaine de Royal, c'est le manque de crédibilité du projet - d'autant plus qu'il était porté par quelqu'un qui n'y croyait pas ! Du coup les réelles faiblesses du programme ont été mises en lumière, en particulier le flou sur les nouvelles allocations, occultant de fait les innovations proposées. De même qu'une critique trop frontale de Sarkozy le sert surtout lui, les propositions de nouvelles dépenses sociales sont reçues dans un climat de défiance - joliment structuré par le travail de sape de l'UMP - et ne peuvent être simplement posées là comme si leur vertu allait éclater toute seule.

La récente offre de gratuité des transports en Ile de France pour les RMIstes constitue un exemple intéressant ; s'il y a bien des trappes à inactivité dans le RMI - qui font que le RMA, bien que très mollement porté par le gouvernement Fillon, semble une bonne chose, la réception de la mesure à montré que le RMI n'etait perçu que comme une trappe à inactivité, et que toute amélioration pour les allocataires, le plus souvent condamnés à frauder dans le métro, revenait à encourager la glande. Tant pis, par exemple, pour les études qui montrent que rendre la population précaire plus mobile est bénéfique pour tout le monde à moyen terme... c'est partial et faussé, mais c'est ainsi, et ne pas en tenir compte, c'est se condamner à se prendre le mur à chaque prochaine élection.

La solution n'est donc pas dans le recherche d'une pureté "de gauche". Ceux qui pensent que la droitisation du PS l'a perdu se plantent ; ils confondent deux phénomènes, l'orientation sociale démocrate d'une part et la perte d'adhésion des classes populaires d'autre part, mais ces dernières ne votent pas directement pour leur intérêt économique, tandis que leur intérêt symbolique (la hantise du déclassement par exemple) n'est que marginalement pris en compte politiquement par l'extrême-gauche ou la gauche de gouvernement.

La solution n'est pas non plus dans l'adoption d'une forme de blairisme sans autre ambition qu'une redistribution limitée - dans ce cas, autant voter directement à droite, tant on y retrouve deux de ses grandes caractéristiques, l'obsession sécuritaire et l'individualisme moralisant qui rend chacun responsable de ses actes - et c'est bien ce durcissement qui a été plébiscité lors de l'élection présidentielle.

Bref, il faut un travail intellectuel d'une autre dimension pour arriver à concilier la vieille critique de l'exploitation (voire celle - moins souvent entendue - de l'aliénation) dans un contexte où seul le marché semble permettre la liberté et l'efficacité - et alors que les inégalités qu'ils entraîne apparaissent pour beaucoup comme un prix à payer acceptable.

La première chose, c'est de retrouver une analyse des déterminismes sociaux qui ne ressemble pas à la "culture de l'excuse" intelligemment dénoncée par la droite, et qui soit à la fois expliquée par des experts et portée par des leaders charismatiques. Cela permettra ensuite de poser les enjeux en se demandant ce qui doit être collectivisé et ce qui doit aller au marché, de façon à tirer parti des deux principes d'organisation. Ensuite il faudra bien dépasser le débat économique pour aller sur le terrain des valeurs et pour répondre à l'espèce de culture de repli issue du 13 heures de Pernault.

Vaste programme. En attendant d'en être là, ça serait pas mal que le PS se taise. Non ?

Misère du feuilleton

J'aime assez la tradition des feuilletons de l'été ; d'abord ils viennent suppléer à une actualité un peu anémique, style récits de vacances sarkozystes (épisode III "maintenant, les photographes, vous dégagez"), puis ils perpétuent à leur tour cette idée de l'été comme la saison où l'on peut enfin lire. Bon, ils justifient également la paresse intellectuelle qu'est la "lecture de plage", énième déclinaison du "pas de prise de tête", au moment où l'on a justement le temps et la disponibilité pour des lectures plus ambitieuses, mais à tout prendre ce n'est pas bien grave.

Par contre, je suis assez consterné par le feuilleton du Monde, que je lis parfois vers la fin de mon trajet en métro, avant que ne s'ouvrent les portes. On retrouve tout ce qui fait la misère de notre littérature post-Houellebecq : un narrateur ennuyé et hautain, qui égrène des considérations misanthropiques dans un style qui affecte la banalité, sans la moindre trace d'humour. A chaque fois suinte la prétention, malgré les précautions qui consistent à présenter l'auteur comme un demi-loser, ou à résumer les épisodes précédents de façon trop dépréciative pour être sincère ("Propos affligeants sur le désir, les femmes, le mariage, la gravité, l'ego, les enfants."). "Propos affligeants", en effets, qui recyclent les bons vieux thèmes de la décadence de l'occident et de l'impossibilité des rapports hommes-femmes, comme par exemple dans ce joli couplet : "Dans quelques années, la véritable relation Nord-Sud sera celle-là. Les pauvres feront des enfants, les riches les adopteront et ce sera toujours moins cher que de rendre à madame son corps de vierge en évitant des querelles assassines". Et le reste est à l'avenant.

Tant mieux pour Marc Dugain, qui a troqué une carrière de patron pour devenir écrivain - et dont la présentation du Monde laissait espérer plus de qualité que ce feuilleton déprimé. Tant pis pour nous, qui sommes une fois de plus victimes de cette littérature mesquine, toute en considérations rances, privée de la magie de l'histoire, enfermée dans le narcissisme qu'elle prétend dénoncer et qui finit par dire la même chose que tout le monde. Du coup, quitte à être snob, je préfèrerais presque Marc Levy ou Guillaume Musso qui n'ont pas la prétention d'écrire bien (Lévy est même bordeline illisible, quant à Musso je n'ai jamais essayé) mais qui au moins font l'effort de la fiction - en attendant de me consoler avec la littérature étrangère.

Spécial lectures d'été

Vraiment trop de travail (où sont passés les mois d'août d'antan ?) et pas d'inspiration, et encore moins l'envie de commenter les frasques de notre nouveau chef, contrats libyens (et alors, on peut plus gagner de l'argent en vendant des armes aux dictatures ?) et vacances de luxe (bis) (et alors, on n'a pas le droit d'avoir des amis qui nous invitent dans leur location de vacances comme tous les Français ?). Du coup, en attendant le retour des vraies bonnes polémiques débiles, style la CGT qui pourrait faire grève pendant prendre en otage la Coupe du monde de rugby, je pense qu'il est temps de parcourir la liste des bonnes lectures d'été.

Cela fait quelque temps que je n'ai pas lu de trucs vraiment bien, depuis Pamuk (Mon nom est rouge, très beau, par contre un autre essai s'est révélé décevant), un beau livre d'aventure (La peau froide, par Albert Sanchez Pinol) et une saloperie anglaise très drôle déballant tout le ressentiment d'un prof frustré face à l'inculture générale (Wilt 1, de Tom Sharpe, le 2 est par contre assez mauvais). Et là les vacances vont bien finir par arriver - alors quoi emporter ?


Edit : "Qu’est-ce qu’on me reproche ? de trouver des contrats ?" J'étais pas très loin.