South China Morning Post
Par Guillermo, le vendredi 29 juin 2007 :: Media
Croisement de l'actualité dans libé d'hier ; d'un côté une couverture sur le malaise des journalistes en sarkolande, et de l'autre un article qui mentionne l'autocensure diffuse des journaux hongkongais. Libé n'ose pas le rapprochement, mais je ne vais pas me gêner : dans les deux cas, pas de censure officielle, mais des propriétaires tycoons trop proches du pouvoir, qu'ils soient à Pékin ou à l'Elysée.
Et encore, à Hong Kong, ils ont le South China Morning Post. Tandis que le Monde joue au quotidien de référence mais n'est pas foutu de virer Alain Minc, ce nom (qui fleure un peu le bon temps des colonies...) nous rappelle que la presse anglo-saxonne, c'est autre chose. Même alignée idéologiquement, elle est capable d'indépendance, et n'est pas tenue par des margoulins qui bouffent avec le président ; et quand elle s'égare et sert le pouvoir, comme le New York Times avant l'invasion de l'Irak, elle reconnait ses erreurs.
Par contre, la France république bananière, il va falloir s'y habituer. Certes, les faits cités sont maigres, car les articles coupés ne portent que sur des points de détail ; pourtant ils suffisent à marquer les limites pour que les rédactions se taisent avant qu'on ne leur demande. Le plus bel exemple, c'est l'occultation des émeutes de Cergy Pontoise : une semaine entière, en pleine campagne, sur la Gare du Nord, où il ne s'est pas passé grand chose (sauf de voir la gauche traitée "d'amie des voyous"), absolument rien depuis que Saint Sarko est élu. Il apporte la sécurité et Sa parole ne serait être mise en doute par de vulgaires faits.
Le problème, c'est que cette volonté de ne pas trop déplaire au pouvoir s'ajoute aux effets déjà maintes fois dénoncés : agenda, connivence, alignement idéologique avec l'orthodoxie économique du moment - et ça commence à faire beaucoup. TF1 sans le copain de Sarkozy à la direction générale était déjà une machine de propagande, désormais nous sommes prêts pour la prochaine étape, que Match et VSD ont déjà entamé : la glorification de la famille du chef, tellement moderne et recomposée, tellement comme nous, comme si ces gosses de riches représentaient autre chose que la clique de privilégiés de Neuilly. Car une fois occupé le terrain des idées, il reste à Sarko de se faire aimer, d'où cette communication qui le peint en leader actif et père de famille épanoui, pour que la boucle soit bouclée.
Tiens, un mensonge flagrant :
(Christine Albanel) a précisé que l'annonce qui sera faite par LVMH " dans les jours qui viennent sera de nature à rassurer et à donner toutes les garanties du côté de La Tribune et concernant l'indépendance des Echos".
Toutes les garanties... ça coûte rien de le dire.