A propos
radical chic

South China Morning Post

Croisement de l'actualité dans libé d'hier ; d'un côté une couverture sur le malaise des journalistes en sarkolande, et de l'autre un article qui mentionne l'autocensure diffuse des journaux hongkongais. Libé n'ose pas le rapprochement, mais je ne vais pas me gêner : dans les deux cas, pas de censure officielle, mais des propriétaires tycoons trop proches du pouvoir, qu'ils soient à Pékin ou à l'Elysée.

Et encore, à Hong Kong, ils ont le South China Morning Post. Tandis que le Monde joue au quotidien de référence mais n'est pas foutu de virer Alain Minc, ce nom (qui fleure un peu le bon temps des colonies...) nous rappelle que la presse anglo-saxonne, c'est autre chose. Même alignée idéologiquement, elle est capable d'indépendance, et n'est pas tenue par des margoulins qui bouffent avec le président ; et quand elle s'égare et sert le pouvoir, comme le New York Times avant l'invasion de l'Irak, elle reconnait ses erreurs.

Par contre, la France république bananière, il va falloir s'y habituer. Certes, les faits cités sont maigres, car les articles coupés ne portent que sur des points de détail ; pourtant ils suffisent à marquer les limites pour que les rédactions se taisent avant qu'on ne leur demande. Le plus bel exemple, c'est l'occultation des émeutes de Cergy Pontoise : une semaine entière, en pleine campagne, sur la Gare du Nord, où il ne s'est pas passé grand chose (sauf de voir la gauche traitée "d'amie des voyous"), absolument rien depuis que Saint Sarko est élu. Il apporte la sécurité et Sa parole ne serait être mise en doute par de vulgaires faits.

Le problème, c'est que cette volonté de ne pas trop déplaire au pouvoir s'ajoute aux effets déjà maintes fois dénoncés : agenda, connivence, alignement idéologique avec l'orthodoxie économique du moment - et ça commence à faire beaucoup. TF1 sans le copain de Sarkozy à la direction générale était déjà une machine de propagande, désormais nous sommes prêts pour la prochaine étape, que Match et VSD ont déjà entamé : la glorification de la famille du chef, tellement moderne et recomposée, tellement comme nous, comme si ces gosses de riches représentaient autre chose que la clique de privilégiés de Neuilly. Car une fois occupé le terrain des idées, il reste à Sarko de se faire aimer, d'où cette communication qui le peint en leader actif et père de famille épanoui, pour que la boucle soit bouclée.


Tiens, un mensonge flagrant :

(Christine Albanel) a précisé que l'annonce qui sera faite par LVMH " dans les jours qui viennent sera de nature à rassurer et à donner toutes les garanties du côté de La Tribune et concernant l'indépendance des Echos".

Toutes les garanties... ça coûte rien de le dire.

"Rénovation"

Je ne sais pas qui sont les plus ridicule, de ceux qui prônent la "rénovation" du PS comme la condition magique des victoires futures, ou ceux qui nous mettent en garde de toute forme de "social libéralisme". Une chose est sûre, dans les deux cas l'épaisseur du dogme s'est muée en banquise.

D'un côté, comme libé (devenu l'organe officiel de Ségolène Royal, y compris après la campagne), il y a les types qui brâment la mantra "rénovation" à longueur de journée. Défaite ? Rénovation. Avenir du PS ? Rénovation. Manque de français-pas-de-souche charismatiques ? Rénovation. Retour à la croissance ? Rénovation. Et mon cul c'est du poulet ? Rénovation. Cela se combine avec une certaine morgue qui sous-entend lourdement que le PS d'aujourd'hui est un parti préhistorique, parce qu'il ferait honte à nos parti-frères sociaux-démocrates du reste de l'Europe, et parce que vraiment, aujourd'hui, il faut être absolument moderne. Et bien sûr, la modernité, c'est la rénovation.

Reste que passé la formule magique, on se retrouve un peu à poil. Rénover pour quoi faire ? Dire qu'il n'y a pas de salut hors de la libre entreprise et du marché ? C'est déjà le cas, et on ne voit pas bien en quoi l'écrire changerait quelque chose. Ou alors, est-ce renoncer à toute intervention directe sur l'économie (le niveau des salaires, par exemples), et aligner la fiscalité sur celle de nos voisins, et en ce cas je ne vois pas trop l'intérêt d'avoir un parti socialiste : autant voter directement à droite. Comme le dit Rosanvallon dans libé :

"Ce maître mot de "rénovation", qui est sur toutes les lèvres, est par ailleurs ambigu. On fait comme s’il ne s’agissait que d’une question générationnelle ou d’un problème de style politique. Il est tout aussi illusoire de penser qu’il suffirait de procéder à un aggiornamento, de se replier vers un point de vue plus modéré, de dire adieu à la radicalité au nom du réalisme, à un moment où les voix du Modem en font rêver plus d’un".

Hélas, de l'autre côté, ce n'est guère mieux. On a parfois l'impression que la gauche du PS, en concours permanent avec le reste de l'extrême gauche, cherche à réactiver des principes qui ne peuvent plus avoir court aujourd'hui, en taxant de "renoncement" ce que la réalité nous impose. Elle pense que les électeurs abandonnent une gauche qui n'est plus vraiment de gauche, alors qu'au contraire les français savent que cette "vraie gauche" sera incapable d'améliorer véritablement leur quotidien ; pire, ils savent aussi que le discours et la pratique de Fabius ne font qu'un, les paroles à gauche et le pouvoir au centre.

Bref, le débat actuel se trouve enserré dans cette querelle sans intérêt entre les "rénovateurs" et la gauche du PS. Chercher à se caler un peu plus à droite ou un peu plus à gauche dans les idées actuelles, tellement ressassées qu'elles en sont vidées de toute substance, ne va rien changer au karma défaitiste qui menace le PS. De toute façon si le parti n'est pas capable d'apporter du nouveau, autant qu'il disparaisse dans les tréfonds de l'opposition.

L'envahissement du quotidien

On ne peut plus écouter la radio sans avoir l’avis des auditeurs, sans que Jeanine appelle de Limoges pour témoigner, dénoncer. J’aimais bien le matin quand un musicien ou un cinéaste mal réveillé parlait de son travail, quand il disait l’énergie qu’il lui fallait pour convaincre un producteur, composer des mélodies dans sa cuisine, même s’il y a toujours quelque chose de narcissique et de vain à parler de soi. (...) Nous sommes désormais réduits à notre condition de consommateurs, qui doivent comparer leurs abonnements, leurs forfaits. Nous devons dénoncer, ne pas nous laisser entuber. Pourquoi c’est ainsi que change le monde ? Dans ce qu’il a de plus mesquin ? Où sont passées les voix de ceux qui nous aident à vivre, à comprendre, à supporter ?

C'est Brigitte Giraud qui le dit dans un très bon "journal de la semaine" sur libé. J'aime assez cette rubrique, surtout quand les écrivains font leur boulot et s'éloignent un peu de l'actualité pour aller à l'essentiel. Je me retrouve entièrement dans cette évocation de la dictature du micro-trottoir, où l'on donne la parole pour mieux la tronquer et la circonscrire à des objectifs individuels. Toute la démagogie de l'époque tient dans cette manipulation de la parole des gens, alibi pratique puisque elle est forcément "spontanée" et ne peut donc être critiquée.

Bien sûr, cela n'est pas entièrement fabriqué par les grands méchants médias ; s'ils nous donnent du pipole à bouffer, c'est parce qu'on en veut (j'ai feuilleté ce matin l'article de Match sur la rupture Hollande - Royal, que du bon), et s'ils veulent qu'on s'exprime façon "voix expresse" ou "j'ai une question à vous poser" c'est parce que chacun connaît quelques situations quotidiennes qui donnent des raisons de s'énerver. Et face à cette spontanéité-alibi, il ne sert à rien de balancer des grands principes et de dénoncer "l'individualisme", tant que la dénonciation ne nous fait pas toucher du doigt combien ce travers de la mesquinerie constitue un incroyable gaspillage.

Au-delà, c'est le portrait de l'homme moderne comme consommateur averti qui m'angoisse. Cette énergie déployée à comparer les prix, à discuter de chaque modèle de portable, de chaque fournisseur d'accès - et à chaque fois qu'une discussion se porte sur ce terrain, tout le monde à un truc à rajouter (moi le premier) : après la météo, c'est le fondement de notre expérience commune. Les médias n'ont eu finalement qu'à ramasser la mise de ces conversations naturelles de bouffeurs de pub pour fabriquer des émissions qui nous ressemblent et nous intéressent, et qui constituent les contrepoints reposant de l'actualité qui n'est jamais bien rose, ma bonne dame.

Le bal des hypocrites

Donc Royal n'est plus avec Hollande, ils l'avaient caché pendant la campagne mais cela ne trompait personne. Bon. Et j'allais écrire, comme tout le monde, "on s'en fout, c'est la politique qui compte", sauf qu'en y repensant je me rends compte combien ce serait faux et hypocrite. Au contraire il n'y a que ça qui nous intéresse, ou presque. Chaque fois que j'entends quelqu'un prendre la pose de celui qui ne touche pas à ça, je me marre et il ne me faut pas longtemps pour me souvenir de la même personne affichant un petit sourire complice en se demandant si Royal et Schweitzer c'est sérieux ou pas.

Ce n'est pas une question d'alibi cache-sexe style "leur relation intime a un impact sur la vie publique", c'est plus profond : le pipole nous irrigue. Le système politique est tellement devenu un star système qu'on ne peut échapper aux questions personnelles. Les candidats les utilisent à dessein - ce que tout le monde dénonce à grand cri ; ils le font parce que ça marche et que leur cote d'amour s'en ressent - mais chacun prétend ne pas être influencé par les commérages, la vie privée et autres questions de personnes. Les autres sont influencés, c'est sûr, mais pas moi. D'ailleurs on entend toujours la même opinion sur les sondages ou sur la pub, ça marche sur les autres mais pas sur moi, ah non - pourtant si la pub n'influençait personne, cela se saurait.

J'en ai donc un peu marre d'entendre les mêmes comparaisons avec les américains, eux tellement inquisiteurs et nous tellement détachés des vies privées - alors que la seule différence, toute culturelle, est que les tromperies coûtent en popularité la-bas ce qu'elles en rapportent ici ; la structure de la fascination est la même. Nous appréhendons la politique par l'émotion et l'identification, ce qui provoque des sentiments d'amour ou de haine absolument disproportionnés. Nous vivons aussi dans une culture de la biographie et du parcours individuel qui est toujours monté en exemple, ce qu'on retrouve exactement dans ce (bon) papier de libé retraçant la saga Royal-Hollande, ou dans l'article écrit par celles par qui les scandale est arrivé.

Certes, le pipole obéit à des rituels précis ; si la lecture des journaux dédiés - et qui ne parlent jamais des politiques - est réservée aux femmes des classes populaires, nous autres petits bourgeois réagissons toujours de façon excessive pour dissimuler notre fascination ; soit le rejet est trop fort pour ne pas être suspicieux, soit on retourne le stigmate en "assumant" lourdement style "au fond avouons le on a tous envie de lire Voici". Il suffit de voir la réaction des gens, moi le premier, devant les pubs de Closer ou autres merdes dans le métro : impossible de ne pas regarder cette couverture qui me raconte des histoires de stars que je ne connais pourtant pas.

C'est ainsi, et si l'autocensure des journalistes est vouée à continuer et retarde d'autant les quelques révélations sur la vie privée des stars du gouvernement ou de l'assemblée, en attendant le moment où les mariages avec le clan des journalistes pipoles seront la règle et plus l'exception, cette fascination pour les histoires proprement privées ne passera jamais. Alors n'écoutons pas les jésuites qui prétendent ne s'intéresser qu'à la politique, la vraie, et reconnaissons en nous-mêmes la tentation de scruter la vie des autres.

Elections, suite et fin

Qu'une défaite en vienne à passer pour une victoire n'est pas surprenant ; il y a quelque chose de moral ou de superstitieux à ne finalement pas faire advenir ce qui est trop écrit d'avance, et c'est sûrement cela plus que la TVA sociale qui a douché l'enthousiasme des français pour leur nouveau chef. L'indiscipline d'un peuple qui se défie des élites qu'il vient de sacrer n'est pas un caprice, mais la conséquence de l'arrogance du nouveau pouvoir, qui semblait appeler sur lui la foudre tant il ne touchait plus terre. Cette baffe est presque un cadeau, et elle vient rappeler à propos qui détient le véritable pouvoir. Voila en tout cas une façon apaisée de clore ce cycle électoral, en attendant que les choses sérieuses commencent.


Voila l'occasion de changer un peu de sujet. L'omniprésence de la politique ces derniers temps n'a d'égale que la platitude des commentaires ; et ici aussi, à force de lire les mêmes articles chaque jour, les sondages, les interprétations et les faux décryptages, je n'arrive plus à prendre assez de recul pour dire autre chose que ce que tout le monde raconte. A force d'être la tête dans le guidon, il me semble qu'il n'y a rien d'autre que la chronique des pipoles de chaque camp ou les appels creux à la "rénovation" ; hors la chronique mondaine, dans le meilleur des cas l'horizon du pouvoir consiste à faire alterner des objectifs chiffrés, croissance, chômage, place de la France avec des valeurs censées produire ces résultats.

Les objectifs techniques n'appellent que des réponses techniques ; du coup le débat politique n'est plus capable de nous faire voir pourquoi nous préférons être ensemble et ce que nous voulons, après tout, faire ensemble. Le bon sens nous signale qu'éviter le chômage ou acheter un appartement (et à quelles conditions !) constitue une garantie pour persévérer dans l'existence, mais personne pour dire où cela mène. Par exemple, est ce que nous gagnons quelque chose à devenir un "pays de propriétaires" ? Est ce que je suis le seul à y voir des des pavillons identiques alignés à l'infini, ou de vieux proprios abandonnés dans leurs immenses appartements familiaux ?

Et comme la politique ne répond plus à ce qu'on appelle vulgairement "la question du sens" - encore une formulation pathétique de l'époque, comme s'il y avait une case "sens" à cocher à côté du triptyque amour-travail-argent, comme nous sommes relativement sortis de la religion, comme l'école est à la masse, il ne reste plus que la télé pour occuper notre imaginaire collectif. Bien sûr, chacun se débrouille avec sa propre vie, mais passé son cercle de potes et de connaissances, après les quelques engagements militants ou associatifs, pour ceux qui en ont, il n'y a que les médias de masse et la culture de masse pour tracer ces perspectives de vies.

De coup, est-ce encore utile de commenter la politique, une fois les élections passées ? Peut-on sortir des discours incantatoires sur le chômage ou le pouvoir d'achat ou la sécurité ou la propriété ? Bien sûr qu'il restera des combats à mener, des mesures à contrer, des "réformes" à dénoncer, mais cela ne suffira pas à remplir le vide. Mais de mon côté, je crois que je vais parler d'autre chose, revenir à des trucs plus fondamentaux... Radio Solférino (hé hé) c'est fini pour l'instant !

La surprise de la semaine

Il s'est quand même produit un petit miracle cette semaine : l'espèce de baraka ahurissante qui protégeait le gouvernement dans la mise en oeuvre de son programme pour aider les riches à être plus riches semble s'être quelque peu lézardée, et encore plus saisissant, le PS pourrait avoir réussi à se faire entendre sur la TVA sociale.

Je ne rentre pas dans le débat, allez voir la presse sérieuse ou chez CP, ou OBO, ou ailleurs. Je me contente de la blague du jour, c'est Fillon et "nous ne mettrons en œuvre la TVA sociale (...) que si nous avons la certitude qu’elle n’entraînera pas une hausse des prix" - l'expérience allemande a bon dos. Et je note que Bruxelles s'apprêterait à autoriser des baisses de TVA ciblées, ce qui ouvre la voix à l'allegèment des taxes sur la restauration - bien la seule TVA que les ménages populaires ne paient pas, contrairement aux entreprises qui ne récupèrent pas celle payée sur les notes de frais.

Bien sûr, il demeure, parmi ceux qui n'ont pas voté Sarko il y a un mois, une forte part de gens anesthésiés et dégoutés, jamais en reste pour cracher sur le spectacle forcément déplorable que donne le PS - comme si, en tout réalisme, un parti en déroute et au leadership fragile pouvait donner un autre spectacle que celui-là ; et il y a surtout une bonne minorité qui se prélasse dans le fait accompli, style maintenant qu'il est au pouvoir autant lui donner toutes ses chances. Dans ce contexte, appeler à l'aide avec l'argument "pas toute l'assemblée à l'UMP" avait toutes les chances d'être ridicule et inefficace.

Il aura fallu du lourd et du concret pour que l'opinion se réveille. Fillon, en parlant de 5 points, a pris un risque politique insensé avant une élection, et prouve au passage que l'approbation d'un programme vague ne signifie pas pour autant que le pouvoir a reçu un blanc-seing. Quelles que soient les tentatives de recadrage maladroites, voire la pirouette qui consiste à laisser entendre que la franchise ne paie pas, le mal est fait : pour la première fois une prise de parole du PS n'est pas disqualifiée à l'avance par les français. Reste à espérer que l'opinion fasse le lien entre ces différentes mesures et retrouve la cohérence cachée de la politique UMP, qui suit finalement le vieil adage "on ne prête qu'aux riches".

C'est largement insuffisant, et cela ne sauvera pas beaucoup de sièges dimanche, mais c'est la première brèche dans l'édifice magique de la réconciliation des contraires, ce gouvernement qui prétend à la fois détaxer les riches et enrichir les pauvres par la vertu des principes moraux. On verra ce que ça donne.


Je suis avec une consternation amusée l'affaire Noachovitch. Au-delà du caractère hystérique de l'intéressée, qui pousse des hurlements dès qu'elle est face à une caméra, sa ligne de défense est conforme aux attentes, elle est victime d'une cabale médiatique... et je suis sûr que ça peut marcher (voyez les commentaires).

Vue à la télé

Comment prendre une circonscription à un éléphant quand aucune personnalité de droite ne risquerait ce combat perdu d'avance (car ce qui semble facile aujourd'hui avec l'indifférence et l'abstention ne le paraissait pas hier, surtout là où le score de Royal était élevé) ? Facile, envoyer un pipole ! Du coup DSK se retrouve face à une certaine Sylvie Noachovitch dont la principale qualification est d'être avocate et... animatrice chez Courbet ! On connait les amours incestueuses entre TF1 et Sarkozy et la profonde connivence idéologique entre ce genre d'émission poujado et le programme simpliste de l'UMP, alors pourquoi se priver ? Et puis, "combien ça coûte" les cadeaux fiscaux, hein Sylvie ?

Bref, après Elodie Gossuin élue sur la liste UMP au conseil régional de Picardie, une nouvelle étape vient d'être franchie. Il semble bien que le mouvement classique (pipolisation des politicards) s'inverse (politisation des pipoles), même si l'impression de partouze permanente entre les médias de masse et le pouvoir en sort renforcée. Evidemment, la critique s'attirera la réponse sarko style habituelle "et alors, parce qu'on travaille à la télé, on n'est pas un citoyen comme les autres ?"

Certes, en ces temps où un chien brandé UMP ou majorité présidentielle pourrait se faire élire (n'est ce pas Médor Morin ?), le surcroît de notoriété donné par la télé n'est peut être pas nécessaire. Il n'empêche que c'est une évolution dangereuse. Le député a traditionnellement deux légitimités, celle de l'implantation locale et celle du parti, parfois cumulées, le parti étant souvent la première étape avant de se construire une notabilité. Introniser un pipole, c'est vouloir faire d'une pierre deux coups en substituant la légitimité télévisuelle à celle du local, puisqu'en général les nouveaux venus ne peuvent que se prémunir de la dynamique nationale et jouer sur la couleur de la circonscription.

Je ne vois pas pourquoi on s'arrêterait en si bon chemin ; après avoir convoqué les stars les plus beaufs lors des meetings, pourquoi ne pas en faire des députés ? Steevy Boulay ne pourrait-il pas se faire élire quelque part ? Peut-être devra-t-il animer une "émission de société" pendant quelques semaines pour être un peu plus crédible à propos des vrais problèmes des vrais gens, mais cela lui permettra d'apporter un peu de divertissement dans la chambre d'enregistrement du pouvoir.

Local fight (nouvelles dates)

Et voila, le national prend encore le pas sur le local... Chez moi dans la 17eme une candidate inconnue et qui n'a quasiment pas fait campagne - je n'ai jamais vu le moindre militant UMP sur les marchés, même à Batignolles - bénéficie de l'effet Sarko et de la démotivation des électeurs de gauche. Du coup, notre candidate est en ballotage défavorable, ce qui m'inquiète un peu pour l'avenir. Très franchement, je ne vois pas la droite s'occuper de la ligne 13, et ne parlons pas des HLM ou de la ZAC autour de Cardinet !

Donc je m'adresse à mes voisins (et à ceux qui connaissent des gens dans la 17ème circonscription) pour faire passer le message des réunions publiques.

Mardi 12 juin 2007, à 20h Ecole maternelle Brochant, 28 rue Brochant, 75017 avec la venue de François Hollande



Mercredi 13 juin 2007, à 20h Lycée d'enseignement commercial Maria Deraisme, 19, rue Maria Deraisme 75017.



Jeudi 14 juin 2007, à 20h : Ecole élémentaire Belliard, 129 rue Belliard 75018.

Le site web d'Annick Lepetit.

Le piège de l'abstention

Il n'est pas interdit de penser tout le mal possible du PS et de la tentative presque déjà avortée d'un centre indépendant ; ce n'est pas une raison pour faire, comme le capitaine, un appel délibéré à l'abstention.

Premièrement, je suis choqué par toute forme d'appel à l'abstention, au moins en France ; si ces élections semblent bien vaines après le mandat donné à Sarkozy, ce n'est pas une parodie électorale à laquelle nous sommes convoqués ! Que les électeurs algériens s'abstiennent parce qu'ils ne peuvent faire autrement pour éviter de cautionner un régime peu démocratique et de toute façon coupé du peuple, c'est compréhensible.

Mais nous n'en sommes pas au même niveau d'incurie politique, alors pourquoi bouder les isoloirs ? Personne ne nie que les jeux sont faits. Reste que se démobiliser parce qu'on nous dit qu'il n'y a rien à faire d'autre revient à laisser voter les sondages à notre place, ce qui n'est pas très sain. Voila déjà une première raison d'aller voter, faire son devoir pour exister en tant que citoyen plutôt que de se laisser manipuler par les discours mous. (Je sais bien que certains ici défendent l'abstention systématique, mais - qu'ils m'excusent - ce n'est pas le débat du moment).

Bien sûr, le PS n'ose pas parler de victoire mais concentre prudemment ses attaques contre l'excès de pouvoir sarkozyste. Cet argument de circonstance vaut ce qu'il vaut ; les 50 godillots de plus ou de moins dans l'Assemblée ne changeront pas grand chose au quotidien, d'autant que les défections sont rares et chèrement payées. Par contre, l'ampleur de la victoire constituera un "signe" pour les "réformes" à venir ; toute la difficulté va être de s'accorder sur un chiffre qui séparerait la demi victoire du triomphe, ce qui présage de beaux exercices de comm' post-électorale demain soir. Voila encore une raison de voter, pour ceux d'entre nous qui n'acceptent pas les cadeaux fiscaux sous couverts de réforme. Et pour la majorité qui veut que Sarkozy gouverne (même bourré - merci Laurent), il n'est pas anormal qu'elle se déplace à nouveau pour confirmer son choix.

Mais la vraie raison est ailleurs ; toute l'ambiguïté du scrutin tient dans l'écart entre le local et le national, et dans certains cas il est bon de reconduire les sortants. Dans ma circonscription, par exemple, la députée Annick Lepetit a fait et continue de faire un excellent travail autour du logement et des transports, choses essentielles à Paris. Jamais la droite locale ne s'est mobilisée pour désengorger la ligne 13, qui ne traverse d'ailleurs que le 17ème des pauvres, et qui constitue un scandale quotidien tant elle est saturée.

Dans mon cas, mon choix est facile, puisqu'il est cohérent ; mais dans d'autres situations, les électeurs qui ne sont pas des fanatiques du sarkozysme, comme Laurent, devraient se demander si un enjeu local ne mérite pas de se déplacer pour voter quand même.

Le Père Noël est une ordure

Décidément y'a plus d'saisons, cette année Noël arrive dès le mois de juin : le temps est pourri mais on a les cadeaux ! Promesses tenues, un peu à la façon dont les parents récompensent les lettres au Père Noël, en se disant souvent qu'on trouvera bien moyen, plus tard, de financer cette générosité. Sarkozy n'a pas non plus le coeur sec. Quel beau spectacle, ce matin sur une chaine d'info, que celui du notaire parcourant le projet de réduction des droits de succession, les yeux brillants d'incrédulité, confiant qu'il n'avait jamais imaginé qu'on puisse aller si loin ? Quelle attention touchante que l'intégration des plus ou moins 10 points de CSG et CRDS dans le bouclier fiscal lui-même rabaissé ! Et s'il n'y avait que ça !

Ce qui est comique, finalement, c'est que la motivation première de ces projets n'est même plus "la croissance" ou "la valeur travail justement récompensée", c'est "j'ai tenu mes promesses". Personne ne peut affirmer que cela aura une quelconque utilité, au delà d'une vague conviction économique style "moins d'impôts = plus de croissance", mais on s'en fout, l'important est ailleurs, l'important est affaire de com'. Sarkozy a retenu la leçon de Chirac, qui a payé très cher le passage de la fracture social au plan Juppé.

Comme le débat ne porte que sur "tenir ses promesses ou non", la rationalité, les économistes qui disent - au mieux - que l'impact de ces mesures est incertain, les emmerdeurs qui rappellent que les heures sup' c'est plus compliqué que ça, bref tous ces esprits chagrins et sérieux sont traités comme les grands frères jaloux qui prennent plaisir à dire aux petits que le Père Noël n'existe pas. Il ne faut pas décevoir les Français, alors...

Quant à Sarkozy, suivant l'exemple désormais canonique de Bush ou Berlusconi, il ne se soucie que des législatives, et au delà de sa réélection. Qu'importe le choc de la dette puisque les citoyens s'en foutent, et qu'importent les cadeaux puisque une imposition indirecte, faussement indolore et assise sur tout le monde (et surtout les pauvres) viendra le moment voulu compenser les cadeaux faits aux gros patrimoines. Bref, Sarkozy découvre que la prime au cynisme paye, surtout si celui-ci est habillé de l'aura de l'homme qui tient ses promesses !


Edit. Lire Wassmer chez Versac, qui enfonce le clou et fait la différence entre "les réformes de structures" et le "choc fiscal" :

Mais la grande surprise de ces premières semaines, pour les économistes, a été de constater que les réformes courageuses de structure et de l’offre qui les avaient séduits (....) ont été mises en veilleuse au profit de politiques jouant sur la demande de biens et services.

(...) Aucune de ces mesures n’étaient celles qu’avançaient les supporters économistes de Nicolas Sarkozy, et aucune n’est particulièrement courageuse, puisqu’elles sont autant de cadeaux faits avec le budget de l’Etat. Et, de fait, leur mise en place a été critiquée y compris par certains des moins hostiles au candidat de l’UMP, je pense notamment à Olivier Blanchard, à Charles Wyplosz ou encore à Pierre Cahuc. Comme le notait avec humour Olivier Bouba-Olga, on cherche en ce moment des économistes s’exprimant favorablement en faveur de ces mesures.

(...) L’argumentation politique cette fois-ci est que le « choc fiscal » va marquer les esprits et faire passer l’économie sur un sentier de croissance vertueuse en restaurant la confiance. La surdité aux contre-arguments a été illustrée par le discours du Havre du Président : toutes les critiques (au passage, y compris celles venant des syndicats) étaient disqualifiées d’entrée comme étant de la pensée unique.

L'usage de Guy Môquet

Maintenant que le temps de l'esbroufe est passé, on peut revenir tranquillement sur l'histoire de Guy Môquet - ce que fait libération aujourd'hui dans un article sobre et précis.

Qui n'est pas ému par la lettre du jeune fusillé, à la fois enfantine dans ses formules et dans sa volonté de jouer à plus grand que soi en montrant un courage proprement hallucinant ? Ce n'est pas une lettre politique, mais une lettre d'adieu, empreinte du stoïcisme naturel qui fait les vrais héros, qui sonne immédiatement juste et qui jette une lumière crue sur nos petites questions superficielles. A l'entendre, on ne peut que se demander si nous aurions été aussi braves, eussions nous à connaître la même injustice.

Hélas, une méfiance instinctive contre l'usage du pathos, et d'autant plus que les causes invoquées sont indiscutables, me mettait mal à l'aise. Sarkozy semblait sincère, mais sa volonté de faire lire cette lettre chaque année aux lycéens me semble aussi étrange qu'excessive. Cela a suscité quelques réactions (comme ici), mais comme il est de coutume ces derniers jours, les sarkozystes zélés balayent nos réticences d'un revers de la main : toute critique de l'affectivité fait de nous des pisse-froids ou des idéologues bornés, coupés de l'humanité splendide d'un jeune résistant assassiné (ou incapables de comprendre les victimes de l'insécurité, etc.)

Le problème, c'est que la distance semble tuer l'émotion - et surtout qu'une remise en situation de l'héroïsme du jeune militant communiste fait apparaître des discours qui n'ont pas tout à fait leur place à droite. Comme on le sait par la lettre, il n'est pas mort seul, et libé montre combien son engagement politique, fruit d'une histoire familiale, est indissociable de sa personne. On lit au hasard, sur les tracts distribués :

Des magnats d'industrie (Schneider, de Wendel, Michelin, Mercie,...), tous, qu'ils soient juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons, par esprit de lucre, par haine de la classe ouvrière, ont trahi notre pays et l'ont contraint à subir l'occupation étrangère.

Il y a l'homme et il y a la cause ; en offrant une tribune au courage sans s'attarder sur d'autres idéaux, Sarkozy, même s'il est sincère, kitschifie la réalité historique un peu comme Disney, reprenant les contes de Grimm, put en vider toute l'ambiguïté. Au prétexte que la voix du jeune assassiné parlera au coeur des jeunes mieux que les manuels d'histoire, on simplifie à outrance et il ne reste plus, d'une période troublée, qu'une émotion propre à la communion de tous, comme un mélo tire-larme. C'est la culture de consensus qui va bien au nouveau pouvoir, quelques signes donnés au peuple, des messages carrés et un regard pudique jeté sur la cuisine des idéologies.

Un fantasme radical : fermer TF1

J'aime assez l'histoire de Chavez fermant le TF1 local. D'ailleurs j'aime assez Chavez, je lui trouve quelque chose de profondément comique : sa tronche renfrognée, ses chemises militaires, son goût pour les speech des 3 heures avec retransmission obligatoire à la télé, bref tout ce décorum crypto-castriste sous-productif qui devrait s'effondrer rapidement une fois la rente pétrolière tarie. Certes, je sais bien que la question est un poil plus complexe, mais je ne me sens pas obligé de me positionner dans le gueguerre pro contre anti Chavez, demi-dictateur vs. libérateur bolivarien ami du petit peuple, je m'en fous à vrai dire.

Par contre cette histoire grand guignolesque de retrait de la licence à RCTV, le TF1 local, est un vrai bonheur. Si on peut s'inquiéter à juste titre de la censure flagrante que constitue cette décision, le bolivarien n'aimant pas trop la critique, je suis étonné qu'on n'aille pas plus loin que l'habituel lamento de RSF et la toute aussi habituelle contre critique sur sites subversifs et microscopiques.

Il suffit de transposer l'affaire dans le contexte français pour en comprendre toute la saveur. Imaginez qu'en France un pouvoir retire sa licence à TF1. C'est justement inimaginable, tant cette machine de propagande soft - et désormais officielle, cf la nomination récente du directeur de campagne de Sarko tout en haut de l'organigramme - semble un roc inamovible, comme devait le sembler RCTV avant le coup chaviste. Et pourtant, il suffirait d'une décision politique, celle de faire appliquer le cahier des charges par exemple. Une décision, mais quelle décision... Il faut d'ailleurs une forme d'inconscience pour s'en prendre au nouvel opium du peuple - et on imagine la révolte des millions de spectateurs shootés à Pernault et à Poivre et à toutes les merdes distillées avec soin (le cerveau disponible, gna gna, je vous la refais pas).

Bref, cette interdiction me fait complètement fantasmer. Tandis que chaque jour la dégradation des médias de masse se fait plus sensible, comme l'illustre fort à propos le dernier projet de télé réalité néerlandais où trois malades doivent se prostituer en direct pour essayer de récupérer un rein, Chavez nous rappelle qu'il suffit, après tout, d'appuyer sur un bouton pour régler pas mal de problèmes. Bien sûr, il ne le fait pas pour les "bonnes raisons", mais peut-on faire la fine bouche ? D'ailleurs, on pourrait également s'inspirer de l'expérience qu'avaient fait le gouvernement de gauche post-colonels en Grèce, je crois. A l'époque il n'y avait qu'une télé d'état, ce qui rendait plus facile - légalement - de supprimer du jour au lendemain toutes les émissions de merde, les jeux et les séries américaines.... L'anecdote raconte qu'il a fallut corrompre un député hostile en lui filant toutes les cassettes de Dallas....

Bien sûr, je n'ignore pas risque de vouloir faire le bien du peuple contre le peuple, pour l'éduquer, avec toute l'ambiguïté de la pédagogie forcée : de quel droit priver des millions de gens de la merde qu'ils consentent à regarder ? Et quel mépris d'ailleurs ! Mais quoi que disent les tenants de la "démocratie" (les mêmes souvent qui critiquent le "nivellement" post-68), il reste que c'est bien l'offre qui façonne la demande, et assez peu l'inverse. Evidemment, s'il faut remplacer TF1 par une sorte de télé-Chavez avec des discours interminables et des programmes "éducatifs et sociaux" (de propagande, donc), je ne suis pas sûr qu'on gagne totalement au change. L'étape ultime, c'est plutôt la suppression de la télé, sauf pour passer des films en boucles, et encore pas n'importe lesquels. Que les gens aillent dehors et se parlent, et cela augmentera le bonheur collectif !