Le charme du vieux con
Par Guillermo, le mercredi 30 mai 2007 :: La vie moderne
Il y a des nouveaux convertis, et de nouveaux déçus. Finkielkraut, soutien maussade de notre nouveau président, s'était déjà illustré par un billet court et sanglant post "retraite" maltaise, pour mettre un terme à la réconciliation magique des contraires : "On ne peut pas se réclamer du général de Gaulle et se comporter comme Silvio Berlusconi. On ne peut pas en appeler à Michelet, à Péguy, à Malraux et barboter dans le mauvais goût d'une quelconque célébrité de la jet-set ou du show-biz." Fermez le ban. Et j'ai appris hier qu'il récidivait, suppliant à la télé le transpirant en t-shirt GIGN "par pitié, qu'il arrête son jogging".
Autant le dire tout de suite, je n'ai pas une estime énorme pour Finkielkraut, étant peu convaincu par ses effets d'autorité de philosophe médiatique anti-soixantehuitard, par ses sorties "politiquement incorrectes" dignes des pires comptoirs de la beauferie, et encore moins pas son soutien - portant logique - à Sarkozy. Quant à la posture anti-nivellement intellectuel (la fameuse défaite de la pensée), elle va bien pour un blog écrit rapidement mais ne suffit pas à faire de la théorie sérieuse, surtout expédiée dans des pamphlets aussi vite lus qu'écrits. Reste que cette plainte, même rapidement argumentée, ne peut pas tout à fait me déplaire ; et j'en retrouve quelque chose, de ce charme du râleur, dans ces dernières sorties ronchonnes.
Certes, à voir l'émission, on comprend immédiatement qu'on est chez guignol, le vieux prof faisant son numéro devant des journalistes ou des politicards plus amusés par la rhétorique déployée, et surtout soucieux d'y aller de leur bon mot, que véritablement enclins à comprendre ce qu'il se dit derrière cette petite attaque. Finkielkraut a beau dérouler l'argumentaire du bon prof de terminale, parler d'Aristote, opposer "la promenade", signe de réflexion et de méditation, au "souci du corps" qui doit rester privé, il est surtout là pour amuser la galerie, ce dont il s'acquitte fort bien d'ailleurs.
Il n'empêche, ce qui est pointé là comme dans l'entrefilet du Monde analyse un changement de politique aussi radical, sinon plus, que le coup de la "droite décomplexée". C'est l'époque dans tous ses travers, des plus sympathiques aux plus vulgaires, qui entre à l'Elysée avec Sarkozy. Pas besoin d'en remettre une louche, mais constatons quand même que sur ce terrain séculier où le nouveau chef épouse son temps, personne ne trouve le moyen de le critiquer. La fratrie des blondinets à breitling ou le paloma-karaoke peuvent choquer, mais ce style pressé du type plus soucieux de manager que de gouverner n'étonne personne. C'est jeune, c'est moderne, c'est nouveau et ça change : que demander de plus ?
C'est là où Finkie est plaisant en vieux con ; non seulement il faut un certain cran pour jouer ce rôle d'emmerdeur après avoir quand même fait la claque dans les meetings - bon, je n'ai pas regardé le début de l'émission, c'est peut-être le règne de la lèche - mais cette petite remarque, cadrée pour la conversation médiatique, remet en perspective les valeurs crasseuses du nouveau chef, cette simagrée de président américain, d'ailleurs interrompue toutes les dix minutes pour faire la causette à un journaliste.
(Promis, bientôt je parle d'autre chose).
Merci à Jules (le vrai) qui comprend tout de suite qu'on est pas là pour déconner.