Deux observateurs différents, n'ayant en partage que leur méfiance ou leur haine pour le "candidat sortant", soulignent à quel point l'homme Sarkozy ressemble à son portrait des guignols : agité, voire bouffé par les tics, et toujours borderline. Curieusement, alors que les attaques sur la personnalité de Ségolène Royal n'ont jamais manqué, notamment son autoritarisme supposé, personne ne relaie vraiment ce caractère de névrosé profond du Sarko.

Et si c'était ça, la rumeur qui court partout et qui agite les rédactions parisiennes ? Pas une plaisanterie de petits malins qui balancent des mails de menace d'attentat (petits malins encartés aux RG, sans doute), ou encore une rupture avec Cécilia, mais une autre rumeur, une prise de conscience : Sarkozy est dans un état limite, au bord de la folie, il ne se contrôle plus que difficilement. Pour preuve, dans l'effrayant compte rendu du reporter embedded de libé :

"Au vu du visage secoué de spasmes, les sarkologues postés aux deux bouts du wagon posent déjà ce diagnostic : "ça ne va pas." (...)

"Nicolas Sarkozy au repos (si l'on peut dire) offre un spectacle d'inquiétude. Haussement compulsif des épaules comme pour chasser le poids de la veste (noire et légère), resserrements incessants du noeud de cravate (bleue à pois blancs) avec rotations du cou et rictus de pendu. Le visage est une mer démontée où les yeux roulent comme hors de contrôle. Les lèvres décochent des sourires automatiques à la demi-douzaine d'objectifs entassés dans le sas. Nous héritons d'un clin d'oeil déclenché par on ne sait quelles synapses."

Le reste est à l'avenant ; cela peut passer au compte d'une surchauffe de campagne, l'homme devant tout donner en ce dernier mois, mais les instants limites sont toujours les plus révélateurs, et de ce point de vue cela va au delà des fameuses "migraines" fort opportunes lorsque la contradiction parait. Que se passera-t-il en cas de crise sérieuse, si par malheur il est élu ?

Du côté d'Onfray, qui n'a pas été tendre avec Royal alors qu'il appelait presque à voter pour elle il y a quelques semaines, le making of de la fameuse interview où Sarko se prend pour un généticien fait ressortir un comportement incroyable ; d'abord l'extraordinaire agressivité du type sûr de son fait et jamais en manque pour gueuler contre ceux qui ne partagent pas ses idées, mais d'une façon inquiétante :

Premier coup de patte, toutes griffes dehors, puis deuxième, troisième, il n’arrête plus, se lâche, agresse, tape, cogne, parle tout seul, débit impossible à contenir ou à canaliser. Une, deux, dix, vingt phrases autistes. (...)

Je fais une phrase. Elle est pulvérisée, détruite, cassée, interdite, morcelée : encore du cynisme sans élégance, toujours des phrases dont on sent qu’il les souhaiterait plus dangereuses, plus mortelles sans parvenir à trouver le coup fatal. La haine ne trouve pas d’autre chemin que dans cette série d’aveux de blessure. J’avance une autre phrase. Même traitement, flots de verbes, flux de mots, jets d’acides. Une troisième. Idem. Je commence à trouver la crise un peu longue. De toute façon démesurée, disproportionnée.

puis un besoin de reconnaissance et de discussion qui le rendrait presque sympathique si l'on avait pas lu le début. Comme Pikipoki, c'est bien l'agressivité consubstantielle de Sarkozy qui frappe, comme le fait qu'il ne puisse s'ouvrir qu'après avoir marqué, ou tenter de marquer, sa domination.

Et encore, il aurait changé ! Bref, le personnage est inquiétant ;ceux qui en sont déjà convaincus, et n'aiment pas ses idées, n'en demandent pas plus. Les autres avanceront qu'on vote aussi pour un programme, ce qui ne me dérange pas (je vote aussi contre le programme de sarko), mais en ce cas, pour ces électeurs de la droite traditionnelle, que ne leur reproche-t-on pas de voter par défaut, de fermer les yeux et de se boucher les oreilles ? Comme pour Ségolène, il y a en qui adorent ce style différent, et d'autres que cela dérange ; mais ces derniers s'expriment peu, à moins qu'ils ne s'accrochent discrètement à la remorque Bayrou.