Votez Bigard !
Par Guillermo, le lundi 30 avril 2007 :: Politique
Pendant la présidentielle américaine, le Village Voice avait eu la bonne idée d'offrir une colonne à une strip teaseuse lors de la convention républicaine à New York. Comme on s'en doute, celle-ci voyait tous ceux qui venaient de prêcher l'ordre, la famille et les valeurs morales venir lui glisser des billets de 20 dols dans le string le soir même, sans en paraître gênés le moins du monde, bien au contraire. D'ailleurs, aucun média ne s'en est ému - mais si jamais les démocrates s'étaient permis de fréquenter les bars à lap dance en portant leurs pins de donateurs bien en vue lors de leur propre convention, les réactions auraient été sanglantes.
La morale de l'histoire ? Celui qui domine les médias et - surtout - les perceptions peut tout se permettre, sans jamais être renvoyé à la réalité sordide et notamment à la concordance entre les discours et les actes. C'est bien le même phénomène à l'oeuvre aujourd'hui quand on voit Sarkozy réconcilier les contraires : promettre tout et n'importe quoi à tout le monde, et se permettre dans le même meeting de critiquer "la pensée 68" (vieux thème, toujours utile) qui prétendrait "que tout se valait, qu'il n'y avait donc désormais aucune différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid" (cité dans libé) tout en donnant la parole à ce gros porc de Bigard ("C'est pas la première fois que je viens à un meeting. Moi, j'ai déjà bourré Bercy, et j'ai aussi bourré d'autres trucs la semaine dernière").
Critiquer le nivellement et promettre la beauferie en partage, parler d'élitisme scolaire et limiter l'école à un rôle de formation professionnelle (très bien analysé par notre invité - bayrouiste reconverti ségoliste - de Voter à gauche), réduire - en ne parlant que de ça - tous les musulmans à des égorgeurs de mouton tout en se drapant des habits de la tolérance, la liste est longue et devrait culminer dans le débat de mercredi.
Et finalement, qu'est ce qui permet de faire la jonction entre le chic décontracté de Neuilly et les beauferies de Bigard ? De concilier les réformes libérales attendues par les cadres du privé et le souci des moins privilégiés à ce qu'on s'adresse à eux ? C'est le sacrifice de l'intellectualisme. La fin de la pensée, qu'on trouve dans sa manière vulgaire et revendiquée avec Bigard, et dans sa manière plus subtile avec "l'intellectuel" Glucksmann, qui en bon soudard mao a su retrouver le chef qui le soulagerait de la peine de penser.
La haine de la pensée sous ses deux formes, celle de l'abruti fatigué et qui en a marre d'être culpabilisé par une élite bien pensante, et celle des bourgeois éduqués devenus étroits à force d'intriguer en entreprise ; tous deux veulent qu'on leur décrive un monde tel qu'ils le perçoivent, débarrassé de sa complexité par la magie d'un appel bourrin à l'action et surtout au chacun pour soi. Ca suffit le bordel : votez Bigard.
