Le ministre d'un jour
Par Guillermo, le jeudi 29 mars 2007 :: Politique
A toute chose malheur est bon ; ces émeutes ou échauffourées ou rien du tout de la Gare du Nord ont quand même permis à Baroin de faire sa première sortie de ministre intérimaire, et de dire ses premières conneries. Sans doute n'a-t-il pas tort, et pris peu de risques, car l'ensemble de l'affaire sur TF1 n'a pu se limiter qu'à des scènes de la banlieue quotidienne, images de racailles affrontant des CRS, récits heurtés pour brouiller toute signification et rester au niveau du fait divers et de la grande peur. Je ne pense pas non plus que les journalistes aient sauté sur l'occasion de la contredire quand le "clandestin multirécidiviste signalé 22 fois " qui mérite de se faire punir sévèrement se révèle être un vague ancien délinquant et dont rien n'indique qu'il devait absolument se faire tabasser sur place par des types en uniforme.
Bref ; si la question des rapports entre la police et une certaine population mérite d'être posée, et agite le débat microscopique de ceux qui tentent péniblement de penser le désordre, je n'ai pas le temps d'y consacrer grand chose. Ce qui m'intéresse aujourd'hui c'est le caractère proprement absurde, sinon scandaleux, de ces remaniements ministériels d'avant élections. Un mois de Baroin, déjà une connerie mais surtout l'intendance qu'on devine, les changements de cabinet, la valse des cartes de visite, le mobilier sans doute, les gesticulations sciemment organisées pour prouver qu'on existe autre part que dans quelques documents officiels que plus personne ne lit.
Quand on apprend que d'autres ministères, sans la moindre nécessité, ont également changé pour quelques semaines, parce qu'ils aurait été trop insupportable de les rattacher pour deux mois à un autre portefeuille, et que les mêmes qui passent des semaines à planifier ce genre d'alternance trop éphémères promettent tous ces chimères de gouvernement resserrés, on se dit que la presse est décidément bien gentille.
Si encore ils se contentaient d'expédier les affaires courantes, de fermer leur gueule et d'apprendre ; mais non. C'est la misère de nos ministres, avant tout politiques (ce qui est normal) mais surtout incompétents multicartes, à la fois tout occupés à prouver qu'ils connaissent leur sujet - ce qui est parfois le cas, par chance - et à faire le plus de dégâts possibles histoire de laisser une trace pourtant effacée au premier coup de vent. Lisez, c'est beau comme du Baroin :
"je souhaite que l'autorité judiciaire puisse, au nom de la société, apporter les réponses les plus adaptées parce que nous sommes dans une période sensible à quelques encablures d'une respiration démocratique où les Français vont faire leur choix."
"Les réponses les plus adaptées" et "une respiration démocratique", c'est pire que la novlangue de Royal ; en arriver à défendre la sévérité ou plutôt "l'adaptation" (parce qu'en général les réponses de la justice sont inadaptées, on le sait bien) au prétexte que l'heure est grave et que la tranquillité publique est à ce prix, ça me fait mourir de rire ; on en reparlera quand Baroin aura sa petite grotte d'Ouvéa d'entre les deux tours pour mieux faire passer son patron.
En attendant, Baroin existe, il a son quart d'heure de célébrité, ça le change des colonies ou des couves de Voici avec sa poule journaliste. Remercions la foule de la Gare du Nord et les quelques énervés d'avoir gentiment permis cette rapide mais décisive sortie médiatique.
