Alors comme ça je peux pas dire que les électeurs de droite sont des gros cons, mais sans doute pas autant que les élus de droite, cons élus par des cons, cons au carré en quelque sorte ? Ni à l'inverse dire que la gauche est dans son essence même le choix de l'intelligence et de la générosité ? Parce que ces remarques ne favoriseraient pas un débat sain, "projet contre projet", et m'empêcheraient de convaincre les machos et les centristes mous de revenir au bercail PS ?

Je veux bien que certains lisent trop vite des textes enrobés d'un ton polémique pour en rendre la lecture moins chiante, mais quoi qu'il en soit, les zélotes du débat policé se mettent quand même le doigt dans l'oeil et prenent leurs désirs pour des réalités. Le débat politique, c'est un fantasme, ça n'existe pas. Ainsi il ne faut pas croire une seconde les petits (ou les gros) malins qui se lamentent de cette campagne merdique et appellent à la raison politique, car eux aussi se repaissent du spectacle des coups tordus et des petites phrases. Ils me font penser à ces téléspectateurs qui plébiscitent Arte tout en se gavant de TF1, ou qui voudraient que les enfants apprennent des choses à l'école tout en les laissant s'abrutir devant leur PS2.

Le débat n'existe pas car seule l'empoignade et le plaisir du combat nous distraient rééllement, que l'on suive l'affaire tranquillement assis sur les gradins ou qu'on tente de descendre, en fonction de ses modestes possibilités, dans l'arène. Remarquez que c'est cohérent : les blogs politiques ne servent à rien car ils ne font que mobiliser des excités déjà acquis à leur cause, et qu'ils s'inscrivent dans un monde où c'est l'affect qui prédomine sur la pensée. Ce n'est qu'une fois prêt à dénoncer les dérives de l'étatisme et de l'assistanat qu'un mec de droite lit le projet du PS, comme je lis les propositions inconséquentes de l'UMP en y cherchant par avance poujadisme fiscal ou apologie de la répression policière.

Enfin l'expérience m'a instruit des risques de la politique fiction. C'était bien joli de défendre les principes et les qualités oratoires de DSK, en espérant un débat sérieux entre gens compétents (enfin, Sarkozy passant pour compétent), mais le vote en forme de beauty contest des militants du PS, surtout préoccupés de trouver "celle qui peut gagner", m'a rappelé à l'ordre. Et paradoxalement, ceux qui voient dans l'habile campagne de cruchisation la conséquence de l'absence (provisoire) du programme ségolien confondent les effets et les causes : c'est pour éviter tout débat sur le fond que la droite et les médias tapent sur la candidate, et pas l'inverse.