Inculture politique
Par Dan, le mardi 30 janvier 2007 :: Politique
Dans mon dernier post, je faisais état de ma stupéfaction face à l’usage cynique de Jaurès par Sarkozy. Si j’en juge par les réactions (et notamment de certains petits sarkozystes zélés qui traînent parfois par ici), j’ai été mal compris : il ne s’agit pas de s’arroger un quelconque "monopole" de l’histoire de la gauche. Ce qui suscitait ma stupeur était l’incroyable arnaque intellectuelle (eh oui) de cette référence : Sarkozy et ses plumes se préoccupent très peu de la contradiction flagrante entre la philosophie rationaliste et laïque qui fonde l’engagement de Jaurès et cette sorte de communautarisme spiritualiste et proto-religieux qui semble être la Weltanschauung de Sarkozy.
Pourquoi revenir là-dessus ? D’abord parce que cette malhonnêteté intellectuelle est le signe flagrant d’un phénomène historique de long terme, mais que l’actualité illustre de façon éclatante : la droite prospère sur un usage systématique et arrogant de l’inculture politique. Qui consiste à : 1/ dire avec fracas des grosses conneries (exemple ci-dessus) 2/ s’entourer avec tapage de gros cons, dont le défilé scande cette morne campagne : Gérald Dahan, Doc Gynéco, Johnny Hallyday. Mais le plus intéressant n’est pas là. Cette culture de l’inculture pratiquée par la droite est certes stratégique (car elle satisfait la haine anti-intellectuelle d’une part importante de son électorat), mais elle révèle aussi un problème de fond, qui explique que Sarkozy soit obligé d’aller puiser dans l’histoire de la gauche : l’absence permanente à droite d’une infrastructure intellectuelle qui pourrait structurer son projet.
Prenons un autre exemple tiré de l’actualité : qui sont les "intellectuels" de l’entourage de Sarkozy, ou récemment ralliés ? Bruckner, Gallo, Glucksmann, Guaino… Que des essayistes demi-habiles, pas vraiment philosophes, pas vraiment économistes, pas vraiment historiens, discrédités dans le champ scientifique et donc reconvertis, selon un processus bien connu, dans l’espace médiatique. C’était déjà la même histoire en 1995 avec les gourous de Chirac, le "philosophe" Jean Guitton, ou Emmanuel Todd, sociologue autoproclamé dont les "résultats" font rire depuis longtemps toute la profession, et déjà bien avant ça (quand Giscard donnait du "cher maître" à Sartre !).
Le phénomène est donc ancien, mais il a gagné en agressivité, et constitue un des aspects moins visibles, mais tout aussi inquiétants, du sarkozysme : ce n’est pas vraiment, ici, de l’anti-intellectualisme primaire, mais plutôt la promotion d’une certaine vision du monde où l’appel aux "valeurs", à l’émotion, et la posture prophétique et/ou pathétique tiennent lieu de réflexion scientifique. Il y a une sorte de sensualisme vulgaire dans la nature du sarkozysme qui plonge ses racines très profond dans l’inculture politique de la droite.
