C'est un vrai plaisir de fin d'année, un marronnier indépassable : ils vont tuer Noël ! Sous la pression de la gauche politiquement correcte et des communautaristes de tout poil, il ne sera bientôt plus possible de montrer des crèches dans des lieux publics, comme il est désormais mal vu de souhaiter autre chose qu'un vague "bonnes fêtes". Que l'expression permette d'englober la semaine de gavage de produits frelatés qui culmine le 31 décembre ne saurait tromper les vigilants défenseurs de notre identité chrétienne : aujourd'hui, parler de Noël, c'est quasiment rentrer en résistance.

Il y a un article de Tinq qui résume bien l'ampleur du phénomène, surtout chez nos copains anglo-saxons, même s'il se termine en manifeste jésuitique ampoulé, que toutes les identités s'expriment et se respectent, gna gna gna. Personnellement, ce qui me plait dans cette affaire, c'est tout ce que cela charrie comme angoisses débiles et comme non-dits. On trouve à la fois des laïques abrutis qui flippent devant les images de la nativité en pensant que cela offense les musulmans (jamais cités directement, mais d'ou vient la menace, sinon ?), des pas-chrétiens tout aussi cons qui trouvent valable de se battre pour débaptiser les fêtes chrétiennes, et des demi-traditionalistes trop contents de hurler, en gros, à la mort de l'occident chrétien.

On en oublirait presque que Noël, comme le note d'ailleurs Tinq, ne signifie quasiment plus rien pour les 90% de français non pratiquants, hors l'occasion de rattraper la culpabilité ressentie vis-à-vis des enfants qu'on abandonne les trois quarts du temps à la télévision, la perspective de grosses bouffes dont tout le monde se plaint d'avance (à croire que, n'était ce l'obligation de la tradition, personne ne boufferait d'huîtres) et l'angoisse des rendez-vous familiaux. Hurler à l'assassinat de l'enfant Jésus permet d'oublier la réalité d'une société revenue au paganisme, pour le meilleur et pour le pire, tout en criant par ce biais détourné l'angoisse identitaire des petits blancs.

Personnellement, je me fous pas mal qu'on débaptise Noël, tant qu'on laisse le droit à nos amis chrétiens de se geler les miches dans une église à minuit, ou à 20 heures histoire de ne pas trop empiéter sur la bouffe. Et s'il faut s'inquiéter de la "déchristianisation" ou de la perte des références culturelles, force est de constater que le problème est autrement plus vaste que la présence ou non du folklore rabougri des marchés de Noël, comme si le fait de connaître la naissance du divin enfant allait faire oublier l'inculture crasse dans laquelle tout le monde baigne à plaisir, tant qu'on peut se gaver de saumon élevés aux farines animales ou de merdes made in China.