Je me suis longtemps retenu d'ironiser sur la candidature unique des antilibéraux ; d'une part c'était trop facile, et d'autre part je respectais le travail des militants, conscients de tenter l'impossible dans cette démarche unitaire. Reste qu'aujourd'hui la coupe est pleine : je ne peux plus m'empêcher de hurler avec les loups et de critiquer moi aussi ces groupuscules pathétiques. Et d'autant que contrairement à d'autres, je ne pense pas que la gauche de gouvernement gagne à cette division ; au lieu d'un débat constructif sur les limites du marché, tout ce qu'on va avoir, c'est une campagne de guerilla où chaque boutique ne pourra exister qu'en surenchérissant contre Royal, au grand bénéfice de l'abstention et du FN.

Disons le tout de suite, les institutions ne peuvent plus servir d'excuse. Certes, il est difficile de se couler dans le moule du plébiscite et de la politique incarnée, mais cela n'a pas empêché ces partis d'en tirer parti pour exister ; que sont Besancenot et Autain, sinon des produits du même marketing politique qui a engendré le couple infernal sarkoségo, des tribuns formatés par et pour la télé, qui profitent de l'espace laissé par la langue de bois des partis de gouvernement ?

Autrement dit, la vérité des partis ou des groupes politiques ne se lit pas dans leurs discours généreux, mais dans leurs pratiques. Si le PCF, qui aurait pu changer de nom depuis le temps qu'il n'est plus un satellite de Moscou, était autant concerné par le sort des classes populaires que par sa volonté de survivre en tant qu'organisation, il aurait risqué son existence en jouant l'ouverture, plutôt de se raccrocher au mensonge répugnant de la canditature Buffet "offerte" aux militants. Et il parait qu'en prime, pour éviter que la "double désignation" ne soit pas automatiquement unitaire, ils ont noyauté les collectifs issus du Non. Beau travail.

La vérité du PC, et des autres, c'est que leur existence prime avant tout. En étant infoutus de s'adapter aux contraintes posées par la loi électorale, tout en masquant leurs divergences au nom de principes et du refus de la compromission, ils trahissent leur nature autocentrée ; et quand des petits rigolos essayent de dégommer la mère Ségolène avec une vidéo posthume de Bourdieu, ils oublient au passage que cet entretien est bien plus dur pour les militants assoiffés de pouvoir que pour la candidate bourgeoise du PS ; comme je le notais à l'époque, ce sont eux qui sont de droite.

Mais ce que je trouve le plus grave, c'est que des gens qui prétendent changer le monde sont incapables de se changer eux-mêmes ! Que vont ils faire face aux patrons et aux marchés financier s'ils ne sont pas foutu de gouverner leurs propres troupes ? Heureusement qu'ils n'accéderont jamais au pouvoir, car la paralysie qui s'en suivrait serait encore pire que le centrisme mou qui nous gouverne depuis longtemps.