Lettre ouverte de M. George, de l'amicale des producteurs de Beaujolais nouveau, à M. Hollande, Premier secrétaire du Parti Socialiste.

Monsieur le Premier secrétaire,

Vous n'êtes pas sans savoir que depuis de nombreuses années déjà, le troisième jeudi de novembre est consacré au Beaujolais nouveau, devenant ainsi une journée de fête populaire, plebiscitée par les Français. Combien de bars-tabac décorés au couleurs de la vigne, combien de patrons d'auberge déposant à minuit le tonnelet traditionnel sur leur comptoir, combien de clients qui oublient leurs soucis quotidiens pour se retouver autour d'un verre de ce vin frais et vivement coloré, fier produit de notre terroir ?

Cela ne vous a cependant pas empêché, sans la moindre consultation - ce qui jette d'ailleurs le discrédit sur les méthodes participatives que vous vantez, d'organiser votre propre fête populaire, sous le nom de "Primaires" quand nous parlons de "primeur", et d'accaparer toute la couverture médiatique traditionnellement dévouée aux images de liesse dans les bistrots et aux plans sur les cartons de vins destinés à l'export vers l'Asie. Ainsi, empiétant sur le temps de nos tradition, vous nous causez un préjudice inestimable, dont nous vous demanderont peut-être de répondre devant la justice.

Et ce d'autant plus que nous ne doutons pas que le juge sera sensible au plagiat qui vous caractérise. Ainsi, comme nous, vous tentez de changer l'image d'une corporation vieillissante en vantant la "nouveauté". Comme nous, vous privilégiez un produit industriel largement fait d'arômes artificiels (de bananes et de cerise dans notre cas, de blairisme et de populisme dans le votre). Comme nous, votre principal produit est soutenu par une couverture médiatique massive et systématiquement favorable. Comme nous, toute attaque sur la qualité de votre produit ne sert qu'à renforcer sa notoriété. Et enfin, comme nous, vous mettez sur le marché un produit qu'il vaut mieux consommer rapidement, au risque de le voir devenir imbuvable au bout de quelques mois.

En espérant que vous comprenez notre souci, et sans préjudice des actions déjà mentionnées, qui dépendront de l'estimation de notre perte de chiffre d'affaires, j'espère vous avoir convaincu de ne pas organiser vos prochaines primaires le troisième jeudi de novembre.

En vous priant d'agréer, M. le Premier secretaire, l'expression de mes salutations distinguées,

M. Georges

Président de l'Amicale des producteurs de Beaujolais nouveau.