Le pouvoir de conviction
Par Guillermo, le samedi 21 octobre 2006 :: Media :: #536 :: rss
Dans l'ensemble, je pense que j'ai bien fait de parler de "café du commerce" au journaliste du Monde.fr qui se baladait lors de la dernière République des blogs. Il faut arrêter de se la raconter, les blogs c'est avant tout du remoulinage de nouvelles de la presse, avec une touche de spin comme disent les ricains - il n'y a que peu d'exception, comme le déplore Adam Kesher, parmi lesquelles on trouve peut-être les kolkoziens de Lieu commun (mais moi rarement), et c'est pour ça que je suis assez content d'en être.
Mais si nous aimons tant le café du commerce, c'est que le plus souvent nous restons entre nous à lire nos amis et nos contradicteurs officiels et évitons surtout de changer d'avis. Et nous n'écoutons que rarement les autres, et personnellement je dois reconnaître que je n'écoute presque jamais ceux qui ne sont pas d'accord avec moi ; par contre j'adore rechercher dans mes lectures l'expression de mes opinions, partagées par d'autres qui pensent comme moi, et bien souvent mieux formulées. C'est toute la limite de l'influence et de la capacité de conviction ; presque personne ne nous lit, et ceux qui nous lisent sont la plupart du temps tout d'accord ou tout contre.
Certes, c'est peut-être un trait général : personne n'aime changer d'avis, tout le monde entend ce qui l'arrange - ainsi de ces partisans de Ségolène qui l'ont trouvée "bonne" ou du moins "pas si mauvaise que ça" (la barre était haute on dirait) lors du premier débat où elle enchaînait des micro-platitudes. Ainsi des strausskahniens dans mon genre qui sont persuadé que leur champion a brillé, alors qu'il n'a peut être su toucher que ceux qui étaient déjà convaincus. Et sur les blogs ou ailleurs, il n'y a pas grand monde qui puisse réellement convaincre, donner cet éclairage qui permet d'envisager un sujet autrement. Car dans les médias également les rôles sont ainsi répartis que l'ensemble donne l'impression d'un théâtre de marionnettes où tout est joué d'avance.
Concernant l'exemple récent des propositions de Sarko qui veut envoyer aux assises les agresseurs de flics. En lisant ne serait-ce que le titre de 20 minutes, je connais déjà le débat ; à la télé et dans la presse, les journalistes présenteront les propositions répressives, puis donnera la parole au Syndicat de la magistrature qui dira que ça ne sert à rien, voire à un syndicat de policiers qui pensera la même chose s'il en est. Et je sais aussi que ceux auxquels on a attribué le rôle de contradicteurs n'auront presque aucun impact sur ceux qui veulent qu'on tape plus fort, pour donner l'impression que l'Etat n'est pas dépassé.
Et bien sûr je pense que dans l'ensemble cela ne servira pas à rendre les cités plus sures pour la police, mais je n'y peux rien, je suis contre Iznogoud. Je peux l'écrire ici, mais 80% des lecteurs sont déjà d'accord, et les autres se diront que je suis encore un bobo angéliste.
C'est donc un vrai plaisir de lire Eolas :
(...) Cela fait longtemps que l'on sait que la gravité de la menace pénale ne joue aucun rôle dans la prévention du crime. Comme si on n'assassinait pas quand la peine de mort était en vigueur. Ce qui est efficace, c'est la promptitude de la sanction et la certitude de la sanction.
D'abord je trouve un argument que je n'aurais pas pu lire ailleurs, puisqu'il n'évite pas le tabou politique de la "répression", mais aborde de front son efficacité (mais ce n'est pas le sujet). Surtout je vois qu'on aborde le débat dans les meilleures conditions, et je ne crois pas me tromper en pensant que des partisans de cette mesure d'affichage pourraient trouver là une bonne raison de changer d'avis, comme des socialistes bon teint plutôt favorables à l'Europe ont été touché sincèrement par le fameux article d'Etienne Chouard contre le TCE.
Ce que nous offrent certains blogueurs, c'est la fin du théâtre de marionnettes où personne n'écoute la parole adverse tant elle est stéréotypée. Cependant on voit que cela se passe sur des champs un peu technique, et pas forcément là où l'on parle "directement" politique ; de plus même si Eolas doit être parmi les blogs les plus lus, il n'a pas autant d'impact que l'édito d'un journal. Mais je m'attends à ce que la prochaine campagne présidentielle voit circuler de plus en plus d'argumentaires compilés par des blogueurs ; une partie infime des millions d'écrits auront de la visibilité, mais avec un peu de chance ils seront de ceux qui peuvent faire changer d'avis et ramener les lecteurs de bonne volonté à un peu de raison (non, Sarkozy n'est pas efficace).
Commentaires
1. Le samedi 21 octobre 2006, par Pilou
2. Le dimanche 22 octobre 2006, par edgar
3. Le dimanche 22 octobre 2006, par Pepito
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5. Le dimanche 22 octobre 2006, par adam kesher
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19. Le lundi 23 octobre 2006, par Guillermo
20. Le lundi 23 octobre 2006, par pimpeleu
21. Le lundi 23 octobre 2006, par Guillermo
22. Le mardi 24 octobre 2006, par adam kesher
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