A propos
radical chic

Dire la vérité en politique

Assistant au même "débat" que Guillermo la semaine dernière (je mets le mot entre guillemets car il s’agissait en réalité d’une succession de mini-meetings), j’en garde aussi l’impression qu’un candidat (DSK en l’occurrence) se détache nettement. Et notamment par des phrases qui peuvent sembler parfaitement banales, mais ont une résonance bien particulière dans le contexte actuel. Ainsi : "faire de la politique, c’est dire la vérité" (ou quelque chose d’approchant). Truisme facile, direz-vous. Certes.

Et pourtant… si on ne sait pas toujours très bien où se situe la vérité en politique, il y a en revanche des formes de falsification bien visibles : falsification sondagière qui, sur la base d’instruments statistiquement ("60% des français" = en gros 600 personnes répondant à des questions que souvent ils ne se posent pas, ne l’oublions jamais), fabrique des effets de spirale en jet continu ; falsification démagogique et soi-disant « participative », affirmant que les jurys citoyens vont résoudre la crise de la démocratie, alors qu’ils ne vont que renforcer ce dont crève actuellement la démocratie d’opinion, à savoir l’anticipation permanente par les élus des dividendes de popularité de leur action.

Mais, au-delà de ce qui n’est au fond qu’une proposition anecdotique, se pose un vrai problème : quelle est la conception qu’on se fait de la représentation en démocratie ? L’inefficacité et la nullité exaspérantes d’une grande partie du discours politique actuel vient du fait qu’il ne sait plus affronter ce problème.

Soit on clame (par conviction ou intérêt bien compris) que le lien représentatif est au fond vicié, et on engrange en passant les bénéfices du discours éternel sur la "crise de la représentation" (qui soit dit en passant existe depuis l’invention de la démocratie représentative), mais dans ce cas il faut être conséquent : passons au mandat impératif et à la révocabilité permanente des élus.

Soit on considère que, en théorie, la représentation existe pour de bonnes raisons, que le bon représentant peut se prévaloir d’une compétence professionnelle spécifique (compétence ne voulant évidemment pas dire intelligence, ce n’est pas le problème), et qu’il peut donc revendiquer légitimement qu’il en sait plus que d’autres, sur certains problèmes au moins, et qu’il peut expliquer et retraduire tout cela. Il sait notamment qu’un discours politique se caractérise au moins par un trait : sa capacité à la généralité, à s’extraire de l’engluement permanent de la "proximité" (mot qui renferme un réalité une dose de mépris considérable pour les "vrais gens", qu’on ne considère ainsi que bons à faire le tour de leur arrière-cour), pour établir des liens et des causalités qui ne sont pas toujours évidentes au premier coup d’oeil.

Pour ne prendre qu’un exemple : si je pense que DSK s’est distingué, c’est aussi parce que c’est le seul que j’ai entendu évoquer sérieusement l’enjeu du co-développement, qui n’est pas seulement un problème technocratique ou un problème de visites à l’étranger mi folklo-mi compassionnelles–mi "je me positionne sur l’international" ; mais le problème politique par excellence, celui de la capacité à mettre en relation des groupes, des identités, des conditions de vie, que l’ignorance ou la démagogie séparent constamment.

Il me semble donc être le plus convaincant, car le discours reflète ici à la fois le courage de revendiquer une certaine compétence (contre le rousseauisme du pauvre), et le courage d’assumer la généralité du discours politique (contre le néo-localisme rassis). Ce qui au fond, a bien à voir avec quelque chose comme dire la vérité en politique.

Radicaux chics

Juste pour signaler que dans la lignée du grand Phersu et du clan des blogueurs-libéraux-incompris-en-exil, j'ai décidé d'ouvir un peu ce blog jusqu'ici assez perso : introducing Dan, donc, un nouvel auteur que je ne présente pas plus que moi mais qui est nettement mieux renseigné que votre serviteur sur les questions de politique. Le fait qu'il attaque avec un papier sur DSK est purement fortuit, ce blog n'a pas vocation à être une secte strausskahnienne - même si j'aime bien les causes minoritaires.

L'art de la mauvaise foi

Vous avez peut-être remarqué qu'en ce moment je suis un peu obsédé par ces questions de conviction et de persuasion. Par exemple, qu'est que qui fait que des militants défendent encore Royal après avoir entendu ça (Merci à Abadinte pour le lien) ? Et encore ce n'est rien. Ce qui me travaille vraiment, c'est de comprendre pourquoi Bush et les Républicains ne sont que légèrement distanciés dans l'opinion, malgré la tragédie irakienne qu'ils ont fabriqué de leurs mains. Et comment peuvent-ils trouver encore du support pour alimenter cette fuite en avant, entre remise en cause de l'Habeas Corpus et reconnaissance à demi-mot de la torture ?

Si les choses étaient logiques, un Bush ne serait pas crédité de 30 à 40% d'opinions favorables, mais il y aurait eu une révolte populaire à Washington. Et si on peut imaginer qu'il y a une bande de tarés évangélistes et de miliciens redneck dans les campagnes qui seront toujours pour W, si on veut bien croire que la politique de la peur lui permettre de continuer son absurde guerre au terrorisme, il est étrange qu'on trouve encore 34% de ricains pour soutenir la guerre ; cela beau être le plus mauvais score des bellicistes, cela reste absurdement élevé. Comme l'Irak a déjà basculé dans la guerre civile - ce dont je conviens que l'opinion US se fout royalement - et que le nombre de soldats américains tués et blessés augmente encore - et ça normalement ça compte, on constate donc que le spectacle de la réalité ne parvient pas à changer l'opinion de ce tiers de bushistes purs et durs, qui sont toujours persuadés que céder en Irak serait un signal pour les terroristes. Le fait qu'il n'y ait aucune solution n'y change rien, pas plus que le souvenir du Vietnam d'ailleurs.

L'explication est donc idéologique. Nous sommes habitués désormais à Fox News, qui ferait passer TFN (ou TéléSarko) pour une chaîne objective et exigeante, mais ce n'est rien par rapport aux dizaines de talk-shows qui polluent les ondes de la radio AM. Ces émission poussent l'art de la propagande et du mensonge à un degré absolument hallucinant, comme libé du samedi (dans un article qui n'est pas en ligne ?) nous en donne l'exemple, en citant le vice-président Cheney qui travaille à défendre la torture. La controverse porte sur l'usage de la "baignoire", qui consiste à simuler une exécution par noyade, et de savoir s'il s'agit là de "sérieuses douleurs physiques ou mentales". Regardez comment le problème est posé, c'est magnifique :

Question : "Etes vous d'accord qu'une trempette dans l'eau ne pose pas de problème de conscience si cela peut sauver des vies américaines?" (En VO : Would you agree a dunk in water is a no-brainer if it can save lives).
Réponse : "Ce n'est même pas la peine d'y réfléchir" (it's a no-brainer)

C'est pas beau ? "Une trempette dans l'eau" (quoiqu'on pourrait traduire plus objectivement par "une plongée dans l'eau"...) A ce niveau là il n'y a même plus besoin d'un Acrimed pour décoder l'habitus du gars ; c'est une nouvelle forme de média où le militantisme affiché fait justement monter l'audience, tout en accusant le plus souvent l'autre bord et les fameux mainstream media de déformer la réalité, par exemple en assimilant le waterboarding à une forme de torture (n'importe quoi, vraiment).

Leçon de communication cynique: dans le doute, continuez à mentir, prenez plaisir à être de mauvaise foi, et répétez le mensonge jusqu'à ce que vous y croyiez vous-même.


Tiens, sur le même thème, un vieux billet avec presque le même titre, et un encore plus vieux billet qui parle de l'essai de Frankfurt sur le bullshit : je radote

DSK, résolument

C'est une expérience curieuse que d'assister, avec six mille personnes chauffées à blanc, à un débat sans débat, et de voir que le meilleur orateur, sur la forme mais aussi sur le fond, est reconnu comme tel par tous mais que cela ne changera rien. C'est une conception étrange de la politique que celle où le débat ne sert pas à départager le meilleur ou le plus convaincant, mais se limite à une joute devant des partisans.

Ainsi à la sortie, après avoir vu un Strauss-Kahn brillant et terriblement à l'aise, à la fois maître de sa rhétorique, improvisant et plaisantant, et capable, sur le fond, et au-delà des récitations de fiche sur la précarité, d'interpeller la salle sur des thématiques dont tout le monde se fout comme l'aide au développement ou les droits de succession, on se retrouve à discuter au café du coin avec les autres. Et là nous apprenons que DSK est un vrai tribun, certes, mais qu'on le savait (ah ?), et que Ségolène, elle, "n'était pas si nulle que ça" et que donc c'était très bien, et qu'il n'y avait pas de quoi changer son vote, puisqu'il n'y avait pas de surprise (Fabius, lui, semble vraiment hors jeu). Et ce de la bouche de plusieurs personnes.

Je veux bien que l'art du discours ne soit pas la qualification la plus importante pour être élu, mais je me demande si celle qu'on met toujours en avant, à savoir "elle est populaire", le sera toujours. Voila bien l'effet des sondages, encore eux, qui fabriquent le consensus autant qu'ils le révèlent ; les sondages et une sorte de cercle vicieux dans lequel s'enferment les anti-ségolistes, qui l'attaquent tellement brutalement à la moindre peccadille qu'ils lui rendent service, renforçant son image de nouveauté et de paria, toujours entre Claire Chazal et Lady Di. La charge anti "jurys populaires", pleine de morgue avec ses leçons de démocratie et la défense pavlovienne de la représentation, s'est finalement retournée contre elle-même, et le sondage que j'attendais depuis le début (54% pour...) le confirme évidemment.

Les sondages, les attaques, donc, mais surtout une conception pragmatique de la politique qui en devient presque écoeurante ; certes, le profil bas a du charme, et les platitudes ségolistes sont finalement moins choquantes sur le papier que quand elles sont scandées sans conviction, puant la langue de bois, mais Royal risque fort d'être élue candidate officielle du PS uniquement parce qu'elle plait et que ceux qui votent se disent qu'elle plait, et intègrent le discours médiatique dans leurs préférences, suivant la pente de la popularité.

Or comme je le disais l'autre jour, une élection ne se gagne pas en gérant un capital sympathie aussi indiscutable que fragile. Les attaques maladroites ne vont pas éternellement renforcer Royal, et son statut de pauvre femme dominée, symbole du renouvellement dans un parti de vieux chefs, ne lui sera pas toujours crédité. En ajustant, pour la plupart, leurs préférences à celles qu'ils perçoivent dans l'opinion, oubliant combien une campagne doit susciter enthousiasme et conviction, les militants ségolistes prennent le risque d'un retour de la politique à l'ancienne, celle de la campagne référendaire par exemple, retour d'autant plus mérité qu'ils auront bridé leurs propres convictions pour suivre la reine des médias.

En attendant, encore impressionné par la démonstration, et croyant plus que jamais que celui qui porte une vision et peut la faire partager est celui qui peut gagner, surtout contre ce vieux roué de Sarko, je n'hésite plus un instant à voter DSK.

La tentation Ségolène

Nous avons une candidate incontestablement populaire, même si ses partisans font mine de ne pas s'intéresser aux sondages (tout en concluant toujours leurs argumentaires par ces sondages, sur le thème "quand même"...). Mieux, nous avons une candidate qui incarne le renouveau, et d'autant plus que le PS ne s'est pas vraiment renouvelé, lui, depuis un bail, et traîne un programme qui, de l'aveu général, est une resucée de l'ère Jospin, avec quelques prolongations de-ci de-là et une propension à la dépense qui fait peur à la droite.

Je comprends donc qu'on puisse douter de la bonne foi des militants ; ils reçoivent un cadeau du ciel, popularité et renouveau, en une seule personne, et pourtant ils rechignent encore à signer ? Mais c'est qu'ils veulent perdre ! Et ils demandent encore des débats, au risque d'abîmer l'icône, et de faire le jeu de la droite !

Et en effet, il y a quelque chose de flippant à laisser passer une telle possibilité. Ne sommes nous pas un parti en pleine décomposition qui refuse la modernité pour continuer à pourrir dans des luttes intestines ? Comme si nous pouvions nous le permettre, alors qu'une simple séance de tractage montre combien l'opinion tient le PS en piètre estime.

Voila toute la force du clan Royal : avoir habilement ringardisé un parti qui, il est vrai, n'a rien fait pour changer. Et Ségolène de poursuivre sa tactique, profitable jusqu'ici, qui consiste d'un côté à prendre ses distances d'avec PS, et de l'autre à cultiver sa popularité à coup de propositions frappées au coin du bon sens, que certains mauvais joueurs (dans mon genre) taxent de démagogie.

Cela dit, ceux qui reprochent à Ségolène son incompétence font une connerie. Je suis le premier à la sentir incompétente, mais je ne crois pas que cela soit le problème - nous avons eu assez de gros énarques arrogants et indiscutablement compétents pour savoir qu'ils peuvent comme les autres nous conduire à la ruine. Je pense que le problème se situe plutôt dans la vision politique de Royal.

Non seulement son programme, révélé par petites touches par des communicants passés maîtres dans l'art du teasing, demeure encore incertain (on attend toujours la synthèse que les lecteurs-experts du blog autogéré désirs d'avenir devaient construire), mais je crains que ce qu'on en devine manque finalement d'ambition. Cette histoire de régionalisme et de démocratie participative, accompagnée de force exemples concrets destinés à enfoncer le credo des citoyens-experts, et nappée d'une louche de bon sens, voire de solutions à l'emporte-pièce (la carte scolaire marche mal ? Hop, poubelle), correspond-elle vraiment à un renouveau des pratiques, ou n'est ce pas le retour de Raffarin dans une livrée plus moderne ? Est-ce vraiment une solution à la crise actuelle ?

Ensuite je crains que cette vision ne soit pas sincère, mais justement le produit d'un marketing politique habile destiné à larguer le PS - peut-être moins utile une fois les trois-quarts de l'appareil du parti rallié à sa cause, à la manière des néo-balladuriens de 1995. Dans ce cas là, comment cette vision sera défendue dans des débats véritablement contradictoires ? Et, plus bêtement, sera t-elle mise en oeuvre en cas de victoire ? Ou ne va-t-on pas se retrouver, une fois de plus, avec le clan des R25 ?

Enfin les cyniques, qui l'appellent de leurs voeux, devraient se méfier du marketing politique. D'abord parce que la campagne référendaire a redonné le goût des débats de fond. Ensuite parce que si l'élection se joue évidemment à la gueule, elle se fait surtout sur une dynamique, un enthousiasme, un sentiment de progression qui emporte les quelques indécis qui suivront, le moment venu, la plus forte pente de l'opinion. C'est toujours un combat âpre (à moins de s'appeler Mitterrand ou de Gaulle), et cela se conquiert à l'arrachée dans les débats, qui ne seront pas limités à des formules magiques style "régions - vous dites ça parce que je suis une femme - citoyens-experts". Et encore moins quand il faudra convaincre de lui donner le pouvoir pour qu'elle le rende enfin au peuple !

Voila tout le risque, et il me semble non négligeable. Je me retrouverais peut-être ici, nolens volens, à soutenir Ségolène, mais je préférerais m'enroler pour quelqu'un d'autre, un candidat qui a une vision, au hasard.

Le pouvoir de conviction

Dans l'ensemble, je pense que j'ai bien fait de parler de "café du commerce" au journaliste du Monde.fr qui se baladait lors de la dernière République des blogs. Il faut arrêter de se la raconter, les blogs c'est avant tout du remoulinage de nouvelles de la presse, avec une touche de spin comme disent les ricains - il n'y a que peu d'exception, comme le déplore Adam Kesher, parmi lesquelles on trouve peut-être les kolkoziens de Lieu commun (mais moi rarement), et c'est pour ça que je suis assez content d'en être.

Mais si nous aimons tant le café du commerce, c'est que le plus souvent nous restons entre nous à lire nos amis et nos contradicteurs officiels et évitons surtout de changer d'avis. Et nous n'écoutons que rarement les autres, et personnellement je dois reconnaître que je n'écoute presque jamais ceux qui ne sont pas d'accord avec moi ; par contre j'adore rechercher dans mes lectures l'expression de mes opinions, partagées par d'autres qui pensent comme moi, et bien souvent mieux formulées. C'est toute la limite de l'influence et de la capacité de conviction ; presque personne ne nous lit, et ceux qui nous lisent sont la plupart du temps tout d'accord ou tout contre.

Certes, c'est peut-être un trait général : personne n'aime changer d'avis, tout le monde entend ce qui l'arrange - ainsi de ces partisans de Ségolène qui l'ont trouvée "bonne" ou du moins "pas si mauvaise que ça" (la barre était haute on dirait) lors du premier débat où elle enchaînait des micro-platitudes. Ainsi des strausskahniens dans mon genre qui sont persuadé que leur champion a brillé, alors qu'il n'a peut être su toucher que ceux qui étaient déjà convaincus. Et sur les blogs ou ailleurs, il n'y a pas grand monde qui puisse réellement convaincre, donner cet éclairage qui permet d'envisager un sujet autrement. Car dans les médias également les rôles sont ainsi répartis que l'ensemble donne l'impression d'un théâtre de marionnettes où tout est joué d'avance.

Concernant l'exemple récent des propositions de Sarko qui veut envoyer aux assises les agresseurs de flics. En lisant ne serait-ce que le titre de 20 minutes, je connais déjà le débat ; à la télé et dans la presse, les journalistes présenteront les propositions répressives, puis donnera la parole au Syndicat de la magistrature qui dira que ça ne sert à rien, voire à un syndicat de policiers qui pensera la même chose s'il en est. Et je sais aussi que ceux auxquels on a attribué le rôle de contradicteurs n'auront presque aucun impact sur ceux qui veulent qu'on tape plus fort, pour donner l'impression que l'Etat n'est pas dépassé.

Et bien sûr je pense que dans l'ensemble cela ne servira pas à rendre les cités plus sures pour la police, mais je n'y peux rien, je suis contre Iznogoud. Je peux l'écrire ici, mais 80% des lecteurs sont déjà d'accord, et les autres se diront que je suis encore un bobo angéliste.

C'est donc un vrai plaisir de lire Eolas :

(...) Cela fait longtemps que l'on sait que la gravité de la menace pénale ne joue aucun rôle dans la prévention du crime. Comme si on n'assassinait pas quand la peine de mort était en vigueur. Ce qui est efficace, c'est la promptitude de la sanction et la certitude de la sanction.

D'abord je trouve un argument que je n'aurais pas pu lire ailleurs, puisqu'il n'évite pas le tabou politique de la "répression", mais aborde de front son efficacité (mais ce n'est pas le sujet). Surtout je vois qu'on aborde le débat dans les meilleures conditions, et je ne crois pas me tromper en pensant que des partisans de cette mesure d'affichage pourraient trouver là une bonne raison de changer d'avis, comme des socialistes bon teint plutôt favorables à l'Europe ont été touché sincèrement par le fameux article d'Etienne Chouard contre le TCE.

Ce que nous offrent certains blogueurs, c'est la fin du théâtre de marionnettes où personne n'écoute la parole adverse tant elle est stéréotypée. Cependant on voit que cela se passe sur des champs un peu technique, et pas forcément là où l'on parle "directement" politique ; de plus même si Eolas doit être parmi les blogs les plus lus, il n'a pas autant d'impact que l'édito d'un journal. Mais je m'attends à ce que la prochaine campagne présidentielle voit circuler de plus en plus d'argumentaires compilés par des blogueurs ; une partie infime des millions d'écrits auront de la visibilité, mais avec un peu de chance ils seront de ceux qui peuvent faire changer d'avis et ramener les lecteurs de bonne volonté à un peu de raison (non, Sarkozy n'est pas efficace).

Je me fais exploiter et j'aime ça

Il y a de ces initiatives, parfois, qui surprennent. J'ai beau connaître l'affaire depuis le temps, à chaque fois j'ai un choc. Mais bon, puisqu'il le faut, je rappelle pour ceux qui bossent, je veux dire ceux qui bossent vraiment, pas les fonctionnaires et les chômeurs et les retraités précoces, ceux du privé en sorte, qu'aujourd'hui c'est la fête de l'entreprise. Aujourd'hui c'est le jour ou "j'aime ma boîte".

Allez donc voir ce site ridicule, avec ce visuel répugnant en page d'accueil, où jamais le mensonge de la fausse diversité et de la convivialité servile n'a été aussi grossièrement illustré. Lisez les témoignages qui ressemblent aux discours de mobilisation habituels, on aime ça et on s'éclate et on est bien contents d'être ensemble et d'être chapeautés par un gentil patron qui prend soin de nous dans les moments difficiles. Et gerbez un bon coup.

Evidemment, comme dans ce pays quasi soviétique on méprise le capitalisme et ses formes bénignes que sont le travail salarié, vite caricaturé en exploitation, une telle campagne ne peut pas être nuancée. Puisque tout le monde se plaint du boulot, puisque les salariés savent que le travail est précaire et qu'on les foutra à la porte si on trouve mieux qu'eux, et qu'ils ne se gênent pas pour changer au cas où le rapport de force leur est favorable, autant prendre le contrepied.

Ainsi on parachute un discours béat, soit oublieux des réalités, soit faisant de l'heureuse convivialité au travail, qui n'est justement pas le fait des entreprises mais le plus souvent des initiatives individuelles des salariés, le vecteur de l'amour du lien capitalistique.

Il y a parfois de très bonnes raisons d'aimer son travail ; mieux, nous devrions tous aimer notre travail, et en changer si ce n'était pas le cas - à supposer, bien sûr, que ce soit possible. Mais personnellement quand on essaye de me bourrer le crâne de façon aussi vulgaire, j'ai tendance à prendre le contrepied, et je ne crois pas être un cas isolé : le détournement est le sport le mieux partagé du monde, et j'attends avec impatiences les caricatures de ce happening bidon.

Cela dit, l'espèce de littéralité béate du truc m'inquiète un peu. D'abord parce que le détournement ne dure qu'un temps, et qu'un message martelé finit toujours par marquer ; ensuite parce qu'avec les années sarkozystes qui se profilent à l'horizon, je crains que ce genre de propagande, qui fait pendant aux discours de culpabilisation des chômeurs et des quelques derniers emmerdeurs grévistes, ne finisse par se généraliser. Et là ça sera fini de rigoler, tu veux bosser et bien t'as intérêt à faire semblant d'aimer ta boîte, et bien même.

Edit : je découvre juste après que Versac s'est emparé du sujet, lui aussi, et qu'on est d'accord. Par contre je n'ai pas osé mettre l'affreux visuel plein pot !

Edit suite : en fait pas mal de gens réagissent, Versac again (c'est vrai que ces commentaires sont étonnants), le e-consultant, et avec le plus de verve M. Resse. Bueno. Sinon le blog est parfait, et les les caricatures de la première édition, époque Raffarin, sont pas mal non plus (dans la barre de nave de droite) ; celle-ci est naturelle, celle-là vaut pas mal le coup, et celle-là explicite la pornographie latente de l'opération (attention, crado). Merci pour les liens.

Edit + : je n'aime pas trop les chaînes de blogs, mais là j'aimerais que ça remonte un peu, on peut pas continuer avec ce genre de propagande.

Claire Chazal - Ségolène Royal, même combat

Il faut pas mal de mauvaise foi pour trouver, comme libé, que les trois candidats du PS ont fait jeu égal. Personnellement, moi qui ne regarde jamais la télé et n'avais pas eu la chance de voir l'icône idolatrée parler dans le poste, je n'ai pas été déçu. Quelle misère ! De quoi parle-t-elle, à quel niveau se situe son discours ? Et à la voir toute figée en train de réciter de sa voix morne les banalités les plus creuses, on comprend qu'elle voulait échapper aux débats ! Finalement, il n'y a que contre la pauvre Nolwenn, scène immortalisée grâce au sampling internet, que la Reine peut triompher dans une rare violence symbolique (belle bourgeoise média-trainée en tailleur vs. fille du peuple trop ronde et pas à l'aise).

Par contre je suis content de ce débat, et d'ailleurs de l'ensemble du système de primaires, qui hausse un peu le niveau. Un débat à l'ancienne donc, un peu chiant, mais bien tenu, avec des journalistes discrets et précis, et des questions qui ne portent que sur le fond. Certes, quand entre militants on se retrouve à mater ça comme un match de foot (surtout au Chao Ba avec l'ensemble de la jeune garde DSKiste, très "jeunesse dorée meets boboland"), la forme prend vite le pas sur le catalogue de bonnes intentions (à lire absolument) tirées du petit livre rose, sauf quand le ton est suffisament percutant pour que l'on prête à nouveau attention aux exposés.

Il faut en profiter car cela ne durera pas. Les gens normaux qui se foutent de la politique n'auraient pas tenu plus de cinq minutes devant cet exercice qui sent quand même la poussière, pour ne pas dire le sapin. Et dans la vraie télé poubelle, hélas, l'aisance de DSK ne pèsera pas grand chose contre l'image de la madone. Qui voudrait des deux vieux routiers de la politique plutôt que de la femme moderne, qui ne s'est pas fatiguée à trop descendre dans l'arène - et que retiendront les Français sinon que le changement est palpable puisqu'il y a "au moins une différence visible" ?

La différence, c'est qu'enfin nous pourrons célébrer les noces de la politique et de la télévision, avec une candidate qui aurait parfaitement pu être présentatrice du 20 heures. Même élégance de bourgeoise moderne, même raideur face au prompteur, même ton assuré et en même temps trop linéaire, seule peut-être la voix limitée et un peu aigrelette manque à l'appel. A force de voir ces femmes dire l'actualité avec cette distance qui tient lieu de critique (et parfois un peu de compassion quand les nouvelles sont vraiement trop dures), on a fini par les rendre essentielles et d'en faire nos pythies modernes.

Et Ségolène leur ressemble, ce qui l'autorise à nous parler de nos problèmes, et des petites misères du quotidien plutôt que de la grande politique dont tout le monde se fout. Seule la campagne référendaire avait été l'occasion d'une vraie passion politique, car pour une fois les enjeux ne portaient pas sur des personnes. Aujourd'hui, au contraire, notre choix de militant est simple : faire le pari de la politique par le haut, à l'ancienne, ou tenter le flirt médiatique, qui risque de ne pas peser lourd face au loup Sarkozy.

Les bourreaux sont sensibles, merci de les respecter

Il est entendu que la loi punissant la négation du génocide arménien est une mauvaise loi. D'abord que vient faire la loi quand elle prétend dire l'histoire, hein ? Et puis cette loi n'est elle pas le produit d'un clientélisme délétère, les députés PS soucieux de caresser dans le sens du poil la communauté arménienne ? Et finalement, est-ce la bonne façon d'aider les Turcs à comprendre leur aveuglement ?

Je crois qu'il faut arrêter de dire n'importe quoi, comme le fait libé en deux pages à charge. A croire qu'il aurait mieux fallu en rester à la loi de 2001 qui proclame le génocide sans pénaliser sa négation, une loi complètement impuissante comme ceux qui critiquent la dégradation de la norme juridique les aiment. A force d'interpréter le symbole, on oublie que cette loi s'applique en France, et uniquement en France, et que nous sommes libres de ne pas laisser la place à la propagande d'Etat, y compris distillée par l'ambassade de Turquie, qui est terriblement blessante pour la communauté arménienne (dont je fais à moitié partie, pour que les choses soient claires).

Le comportement des Turcs à cet égard est scandaleux. Ils ressemblent à ces délinquants pris la main dans le sac qui à force de nier l'évidence finissent eux même par se croire innocents. Mieux, dans un schéma de renversement somme toute classique, ce sont eux les victimes d'une campagne de calomnie formentée par une minorité arménienne intriguante. Et justement, cela nous mêne à l'argument le plus courant : c'est pas bien de nier le génocide, mais peut on faire entendre raison aux Turcs en les braquant ?

Je souscris au fait que cette loi ne changera pas grand chose, et ne permettra pas de faire changer les mentalités en Turquie. Mais ce n'est pas son but ! Et d'ici à dire qu'il vaut mieux, tactiquement, respecter leur sensibilité, et ne pas les forcer, sinon ils vont jamais vouloir changer d'avis, il y a un pas que je refuse de franchir. A ce rythme, au vu du chemin parcouru depuis bientôt un siècle, on peut espérer une prise de conscience de leur culpabilité dans dix mille ans !

Bien sûr, le fait que le patriarche Atatürk ait construit la Turquie moderne sur les ruines du génocide, en s'appuyant sur une partie des bourreaux, ne simplifie pas les choses, pas plus que la critique de cette même Turquie moderne et laïque par les intégristes.

Mais la négation ne vient pas du bon peuple, qui d'expérience n'en a absolument rien à foutre de cette vieille histoire. La négation vient d'élites parfaitement au courant de la réalité et qui par conviction et par calcul choisissent de se voiler la face. Ce n'est que parce qu'on leur fout la honte avec des lois qui clament au grand jour leur histoire scandaleuse que l'on créé, ultérieurement, les conditions d'une prise de conscience ; ensuite il sera bien temps de leur tendre la main.

Le beau en plastique

Depuis quelque temps les pubs pour téléphones portables font très souvent référence à la beauté ; l'image grossie 100 fois du truc en plastoc ne suffisant décidemment pas à le caractériser, il faut que l'accroche vienne préciser qu'on a bien la chance de contempler un sommet du design industriel, tellement petit, tellement fin, tellement élégant, gna gna. Comme toujours, le sous-titrage est de rigueur dans la pub, au cas où l'on aurait pas fait attention, et la Beauté devance le Rêve et la Technique au rang des eidos habituelles destinées à nous faire oublier notre misère quotidienne.

Cela dit je ne vais pas tomber dans l'anti-portablisme primaire qui a marqué les débuts de ce blog (souvenez-vous), et même si je me suis bien fait avoir, 6 mois plus tôt, en achetant un téléphone samsung dont la batterie est déjà crevée. Echaudé par l'obligation de recharger mon téléphone tous les jours (!), je me contente de noter que ce qui est étiqueté "beau" aujourd'hui remplira les poubelles dans deux ans, tandis que les lignes qui nous plaisent seront pataudes et datées. Pareil pour les bagnoles ; partout un effort de design, partout la célébration de l'élégance industrielle, et encore ces traits qui vieillissent prématurément quand la mode ou la R&D chinoise changent nos critères et l'ordre de nos désirs.

Ainsi nous prenons plaisir à nous entourer d'objets jolis, au point que la Beauté, dans son acceptation la plus sordide, soit un prétexte officiel pour justifier ces dépenses inutiles. Et pendant ce temps nous baignons dans la laideur la plus abjecte, et le même mode de vie qui nous donne l'envie de gadgets design produit les constructions horribles qui sont devenues la norme. Voila bien la contradiction, patauger dans un environnement hideux, sauf exception, voir des tonnes de béton et des pavillons sordides et des immeubles de bureaux tous identiques, mais quand même se toucher devant la pseudo beauté de son téléphone, en plastique comme les photos des filles de max ou FHM, d'ailleurs tout aussi jetables que les portables.

Mais ce qui nous entoure peut crever, cela ne nous concerne plus, sauf à désirer au moins le maintien du patrimoine, parce que ca fait venir des touristes et que c'est bon pour l'économie. Il suffit de se promener dans une ville méditerranéenne ou une ancienne ville coloniale, souvent hélas réduites à l'ombre d'elles-même par la modernité, pour trouver ce sens du beau qui irrigue partout le regard : quel plaisir cela devait être de vivre sous les colonnades et dans les patios, à l'ombre des arbustes et devant les fontaines, et même ceux qui n'étaient ni rentiers ni exploiteurs devaient prendre plaisir à parcourir ces rues régulières.

Aujourd'hui c'est Cogedim et l'envie de standing comme seul horizon, hors le repli patrimonial, et la consolation en tripotant un portable ou en caressant les sièges en cuir de sa bagnole ; et il faut s'étonner que notre prochain président soit un beauf démagogue ?

Juppé, ou la maladie de la politique française

Parce qu'il s'est fait réélire dans son fief dès le premier tour, le revenant Juppé peut maintenant être interrogé par la presse sur ses intentions concernant... la présidentielle. Les petits malins qui spéculent à trois coups d'avance sur une éventuelle manoeuvre des chiraquiens, et qui voudraient bien avoir du spectacle, ne peuvent pas s'empêcher d'agiter la baudruche de l'ex-"droit dans ses bottes", et tout le monde de courir au point que l'intéressé, certainement touché par un tel retour en grâce, en vienne à dénier mollement avec l'ambiguïté que veut l'usage.

Il n'y a pas grand chose qui m'énerve plus, ces jours-ci, que ce plébiscite bordelais. Les girondins retrouvent leur chef tutélaire, leur petit homme providentiel à eux, et les autres ne se dérangent même pas pour aller voter tant l'affaire va de soi. Certes, Juppé a toujours été chez lui à Bordeaux, mais on sent bien que l'enjeu de sa transfiguration, qui voit le gros con arrogant se changer en un homme modeste écorché par la vie, dépasse cette cité bourgeoise. Après Chirac, la matrice bonaparto-gaullienne profite cette fois au "meilleur d'entre nous" qui a respecté la loi clanique en tenant sa langue face aux juges, tout en devenant une victime sacrificielle d'une autre trempe que Jospin (souvenez-vous du Juppéthon à l'annonce de sa disgrâce). Il ne lui restait plus qu'à se planquer quelques mois à Montréal pour mieux revenir, la modestie chevillée au corps.

Cet élan n'a rien à voir avec de la com', car le charme du loser est une recette trop difficile pour être maîtrisée par des conseillers. Il ne suffit pas d'envoyer le candidat acheter un CD de merde "pour son petit-fils" pour que nous soyons animés de ce sentiment rassurant, qui est l'apanage de ces idoles politiques qui passent les modes et les saisons et constituent presque nos derniers repères. Ainsi sommes nous vaincus par l'éternel retour du politique redempté, et moi-même, je le reconnais, j'ai ressenti de la sympathie (l'espace d'un instant, faut pas déconner) en voyant la tronche de Juppé avec son t-shirt pourri sur un marché de Bordeaux : on finirait par croire qu'il a vraiment souffert !

Alors je ne peux que rejoindre Alain Duhamel qui voit Jospin comme le dernier représentant d'une politique faite de rigueur et de droiture, "mendésiste" mais sacrifié sur l'autel de la démagogie, et d'une conception "beaucoup plus minimaliste, émotive, complaisante même, de la politique".

Hélas, l'alternative à cette politique dégradée par les enquêtes d'opinion et les médias people se trouve également dans la politique des sentiments, et ne peut venir que des underdogs. Ce sont eux qui, à l'encontre de tous les discours conscients du bon peuple, qui aspire inévitablement à plus de changement, se sont enkystés dans le paysage politique au travers d'une expérience à chaque fois plus bouffonne de la chute et de la résurrection.


Ce sera aussi le premier billet publié aussi sur Lieu commun, la vitrine officielle des blogs centristes et de bonne tenue ; par comparaison je vais me sentir vraiment à gauche !

Bourdieu, Ségolène et la droite

La partie intéressante de la célèbre vidéo post-mortem de Bourdieu n'a rien à voir avec ce qu'il dit sur la mère Royal. En ce cas l'auteur du sujet a bien fait de râler pour que l'ensemble de la séquence, intitulée "gauche / droite", soit rediffusée, et pas seulement la minute fatidique.

Concernant le moment accrocheur, coïncidence amusante il est vrai, chacun aura noté que la sanction tombe sans le moindre argument, le bon vieux concept à tout faire d'habitus venant habiller une proposition indéfinie : "elle a un habitus, une manière de parler" - ouais et elle porte des tailleurs Paule Ka et pour tout vous dire je trouve qu'elle un gros style de bourge, rien que son prénom déjà... Le degré zéro du café du commerce un peu intello, un plaisir pas désagréable par ailleurs.

Cela dit, quand on écoute Bourdieu depuis le début, on comprend un truc plus intéressant : la gauche et la droite, ça n'existe pas. Ou plutôt si, ça existe, mais on ne peut pas le définir, c'est comme en art, tout ça. Carles essaye bien de lui demander comment définir gauche et droite, il lui dit que "c'est brouillé", mais qu'obtient-il en réponse ? Du flan. "C'est le rapport à l'ordre", ce qui pourrait sembler à quelque chose de politique, et sinon "c'est une manière de se comporter". Ah.

Et quelle manière ? Un truc qui se repère avec des "signes", voyez-vous. Par exemple, Bourdieu sentait bien que les mecs du PC qu'il croisait à l'époque allaient finir super à droite, parce qu'ils étaient autoritaires, parce qu'ils voulaient toujours avoir le dernier mot, toujours avoir raison, et qu'ils étaient au PC parce que c'était une "instance du pouvoir." Et ça, pour Bourdieu, c'est la droite, ou plutôt le signe d'une gauche qui est de droite, au fond.

En gros, qu'importent les idées, c'est une affaire de style. Ségolène Royal pourrait mettre le smic à 2000 euros et interdire les licenciements qu'elle serait encore de droite, et tout cela ne serait qu'un calcul peut-être destiné, au fond, à préserver l'ordre actuel (rien de pire que les révolutions ratées nous prévient Bourdieu par ailleurs).

Personnellement, j'aime beaucoup cette approche ; d'abord parce qu'elle montre combien ces histoires de positionnements politiques sont profondément affectives ; ensuite parce que les petits malins qui militent et qui ont voulu poster cette vidéo d'anthologie histoire de marquer un point contre la dame patronne du PS, auraient dû y réfléchir à deux fois. Car ne sont-ils pas ceux dont la spécialité est d'avoir toujours raison ? Ne militent-ils pas pour autre chose que pour changer le monde ?

C'est bien la force de la sociologie bourdivine, et pas la vulgate tardive qu'on essaye de nous faire avaler : un miroir peu flatteur. Autant dire que la prochaine fois qu'un type m'explique ici qu'il a raison et qu'il sait que je ne suis pas de gauche, il va se prendre un coup de Bourdieu dans la gueule ! Non mais.

Racaille storm, embourbé

Les journalistes convoqués au dernier épisode du sarkoshow finissent, à force d'être instrumentalisés, par se poser des questions (même si TF1 ne va pas trop loin, faut pas déconner hein, on n'est pas TFN pour rien). Même, ils en viennent à faire leur boulot, et c'est ainsi qu'apparaissent pour une fois les méthodes bourrines du Racaille Storm, comme le dit Sébastien Fontanelle dans un billet hilarant.

Portes défoncées à coup de bélier tout en se trompant d'appart, guns pointés sur des enfants, il n'y a pas à dire, on se croirait en Irak, et comme la bas, pas de quartier avec les bougnoules ! Entre temps on sent que se dégonfle déja le "guet-apens" des Tarterêts, et bientôt on apprendra que les hordes casquées qui ont pris la police d'assaut aux Mureaux n'étaient qu'une petite bande de délinquants professionnels. A croire qu'il y a une règle qui veut que chaque fait divers médiatisé cache une réalité différente...

Hélas, cela ne sera sûrement pas suffisant pour engager un vrai débat sur la répression spectacle ; déjà certains syndicats de policiers (pas tous) prennent d'avance la défense de leurs collègues, ou renvoient la faute sur la presse qui écoute complaisamment les fausses victimes - et pas les vraies, les flics, ce qui vaut ce beau commentaire :

Le syndicat Synergie-officiers a mis en cause les témoignages accusant les policiers. "Quelle est la partie la plus crédible, les forces de l'ordre ou la personne "x" ? La vraie violence c'est ce qui s'est passé dimanche", a expliqué Patrick Trotignon, représentant pour l'Ile-de-France.

Que vaut la parole d'un flic ? Pas grand chose hélas, et il suffit d'avoir été manifestant pour savoir combien les témoignages policiers sont systématiquement bidonnés, ce qui ne dérange que rarement une magistrature complice ou pressée. Ainsi ceux qui ont lancé des pierres ne sont jamais ceux qui sont déferrés pour cela.

Surtout il faudrait sortir de l'idéologie répressive pour parler enfin d'efficacité ; Sarko est très fort pour passer d'un terrain de légitimité à l'autre, un coup sur les principes, et un coup sur les résultats, ou plutôt l'action spectaculaire, mais son bilan est creux. Le problème n'est pas de défendre les policiers contre les voyous, ou de dire que les flics sont des brutes, mais simplement de faire prendre conscience à tout le monde, et pas qu'aux lecteurs de libé, que le comportement brutal des flics, dans une environnement certes brutal, (comme on le voit dans cette vidéo pas mal faite) n'est pas une solution mais fait partie du problème.

Désastre annoncé, suite

Tiens finalement il n'y a que trois candidats au PS. Après avoir entendu partout que ces primaires seraient une boucherie et une catastrophe pour l'image du PS, après avoir soupiré d'avance devant le spectacle déprimant de ces luttes de pouvoir, après - pour certains - avoir presque regretté le mécanisme des primaires, puisqu'il était entendu qu'une campagne interne ne pouvait que laisser un champ de ruines, voila que les choses se passent bien. Bien sûr, les mêmes cassandres auraient tout autant critiqué, avec d'autres arguments de circonstance, une désignation faite dans le secret de l'appareil, et ceux qui en arrivent, ce qui est un comble, à regretter le choix démocratique des militants seraient en train de brocarder la culture stalinienne du parti.

C'etait encore un exemple de prédiction foireuse, comme si la vision forcément négative des partis et des institutions politiques conduisait toujours au pessimisme, bien pratique pour rejeter ensuite toute forme d'action politique au prétexte que cela ne changera jamais rien. Certes, la campagne n'est pas vraiment lancée, et elle peut être vilaine, mais je n'en ferais pas le pari, puisque personne n'y a intérêt, les différences étant suffisament grandes pour que chacun joue sa partition sans trop se soucier des autres.

En attendant, la peur du ridicule a écarté les candidats sur le retour et laisse en lice trois candidats avec trois lignes plutôt indentifiables, de la gauche à la droite, et d'ailleurs trois personnalités assez différentes, histoire de contenter ceux qui votent à la gueule du client. De mon point de vue partial, ceux qui veulent de la gauche à l'ancienne, en économie fermée, peuvent tenter le choix Fabius, s'ils arrivent à surmonter ce ralliement opportuniste à la vraie gauche. Les autres, les réalos dans mon genre, ont le choix entre Strauss-Kahn et Royal, un vrai libéral de gauche et une crypto-gaulliste dont la seule modernité, finalement, est le fait d'être une femme.

La seule exigence, désormais, sera de faire un choix politique, voire un choix de personne, mais pas des calculs de PMU sur "le / la mieux placé". Aujourd'hui Royal est infiniment plus populaire que Fabius (mais qui est moins populaire que Fabius ?), et autrement plus visible et médiatique que le gromellant DSK. La sagesse de militants pragmatiques, plus préoccupés de battre Sarko que de faire augmenter le smic de 10% tous les ans, pourrait les conduire naturellement à soutenir la reine des sondages - au risque d'une redite à la Kerry. On a vu ce qu'un Balladur devenait une fois exposé à l'usure d'une campagne. Certes, Royal, au moins parce qu'elle est une femme, apporte une autre nouveauté que l'ancien coincé de Matignon, et son positionnement centro-familial devrait l'aider dans un pays plutôt à droite. Mais si elle n'arrive pas à convaincre qu'elle apporte une vision et un projet, et qu'elle sait aussi reprendre les idées des autres au PS, la bonne nouvelle de sa popularité pourrait se retourner contre nous.