Dire la vérité en politique
Par Dan, le mardi 31 octobre 2006 :: Politique
Assistant au même "débat" que Guillermo la semaine dernière (je mets le mot entre guillemets car il s’agissait en réalité d’une succession de mini-meetings), j’en garde aussi l’impression qu’un candidat (DSK en l’occurrence) se détache nettement. Et notamment par des phrases qui peuvent sembler parfaitement banales, mais ont une résonance bien particulière dans le contexte actuel. Ainsi : "faire de la politique, c’est dire la vérité" (ou quelque chose d’approchant). Truisme facile, direz-vous. Certes.
Et pourtant… si on ne sait pas toujours très bien où se situe la vérité en politique, il y a en revanche des formes de falsification bien visibles : falsification sondagière qui, sur la base d’instruments statistiquement ("60% des français" = en gros 600 personnes répondant à des questions que souvent ils ne se posent pas, ne l’oublions jamais), fabrique des effets de spirale en jet continu ; falsification démagogique et soi-disant « participative », affirmant que les jurys citoyens vont résoudre la crise de la démocratie, alors qu’ils ne vont que renforcer ce dont crève actuellement la démocratie d’opinion, à savoir l’anticipation permanente par les élus des dividendes de popularité de leur action.
Mais, au-delà de ce qui n’est au fond qu’une proposition anecdotique, se pose un vrai problème : quelle est la conception qu’on se fait de la représentation en démocratie ? L’inefficacité et la nullité exaspérantes d’une grande partie du discours politique actuel vient du fait qu’il ne sait plus affronter ce problème.
Soit on clame (par conviction ou intérêt bien compris) que le lien représentatif est au fond vicié, et on engrange en passant les bénéfices du discours éternel sur la "crise de la représentation" (qui soit dit en passant existe depuis l’invention de la démocratie représentative), mais dans ce cas il faut être conséquent : passons au mandat impératif et à la révocabilité permanente des élus.
Soit on considère que, en théorie, la représentation existe pour de bonnes raisons, que le bon représentant peut se prévaloir d’une compétence professionnelle spécifique (compétence ne voulant évidemment pas dire intelligence, ce n’est pas le problème), et qu’il peut donc revendiquer légitimement qu’il en sait plus que d’autres, sur certains problèmes au moins, et qu’il peut expliquer et retraduire tout cela. Il sait notamment qu’un discours politique se caractérise au moins par un trait : sa capacité à la généralité, à s’extraire de l’engluement permanent de la "proximité" (mot qui renferme un réalité une dose de mépris considérable pour les "vrais gens", qu’on ne considère ainsi que bons à faire le tour de leur arrière-cour), pour établir des liens et des causalités qui ne sont pas toujours évidentes au premier coup d’oeil.
Pour ne prendre qu’un exemple : si je pense que DSK s’est distingué, c’est aussi parce que c’est le seul que j’ai entendu évoquer sérieusement l’enjeu du co-développement, qui n’est pas seulement un problème technocratique ou un problème de visites à l’étranger mi folklo-mi compassionnelles–mi "je me positionne sur l’international" ; mais le problème politique par excellence, celui de la capacité à mettre en relation des groupes, des identités, des conditions de vie, que l’ignorance ou la démagogie séparent constamment.
Il me semble donc être le plus convaincant, car le discours reflète ici à la fois le courage de revendiquer une certaine compétence (contre le rousseauisme du pauvre), et le courage d’assumer la généralité du discours politique (contre le néo-localisme rassis). Ce qui au fond, a bien à voir avec quelque chose comme dire la vérité en politique.