Qu'est ce qui est plus rigolo, que Fillon raconte partout qu'une fois Sarko élu il torpillera les régimes spéciaux de retraite, ou les cris d'angoisse que pousse la moitié de l'UMP face à ce grossier ballon d'essai ? Bien sûr c'est pain béni pour les villepinistes, dont on constate avec surprise qu'ils bougent encore, et qui peuvent a bon droit reprocher comme un certain Jean-Pierre Grand "d'agiter un chiffon rouge devant les syndicats et devant l'opposition", et c'est l'occasion d'une cacophonie débile dont la politique française à le secret, avec le traditionnel lapsus en conclusion, par Valérie Pecresse, citée dans libé: "Les propos de François Pignon, heu, Fillon, n'engagent que lui." Où l'on voit que la droite a su préserver une relation naturelle avec la culture populaire.

Au dela du jeu de rôle habituel où chacun tient parfaitement sa place, de la droite qui se désolidarise à l'opposition qui s'insurge tandis que les syndicats montrent les crocs, sans bien sûr que personne n'aille au fond du débat. Voici donc Sarko premier, candidat poujado de la rupture, qui avec sa clique qui tient l'UMP a construit presque entièrement son fond de commerce en dénonçant à longueur de journée les "privilégiés" et autres "fonctionnaires", avec "l'erreur historique" des 35 heures.

Et dans ce contexte droitier, quand l'un de ses lieutenant dit qu'il va supprimer ces régimes spéciaux qui apparaissent vraiment comme le dernier scandale de nos temps moderne, tout le monde se cache ? Certes Sarko n'a rien confirmé ni infirmé, mais c'est tout ? C'est ça la rupture ? Pour le coup je suis d'accord avec l'édito de libé, qui voit bien que derrière les grandes envolées de la France d'après se profile le même gouvernement mou que celui qu'on supporte depuis plus de 4 ans.

En plus c'est dommage, car le débat sur la retraite de ces quelques fonctionnaires devrait exister ; personnellement, je voterai immédiatement pour la suppression de ce truc, à condition que ceux qui ont signé ne soient pas trop lésés (puisque d'un point de vue individuel, cela vaut le coup de faire deux mois de grève pour sauver 5 ans de retraite), et que les économies réalisées aillent dans les caisses de retraite ou dans les services publics, ou permettent de financer une retraite anticipée pour les métiers vraiment pénibles. Or, le risque avec la droite, c'est que cela finisse en allègement de charges qui ne créeront aucun emploi... C'est la conséquence triste du tabou qui pèse sur ce sujet, et des deux côtés, le choix entre l'immobilisme et une réforme injuste.