A propos
radical chic

L'usage des vancances

La critique du tourisme est le sport le mieux partagé ; chacun espère ne pas en être, chacun en est à sa façon, un peu comme les petits bourgeois ou les bobos, ce qui donne lieu d'ailleurs aux mêmes stratégie de dénégation ou de reconnaissance cynique. Certains disent qu'ils voyagent autrement, d'autres sourient et font exprès de comparer le prix des putes dans les pays asiatiques, et il est difficile d'y voir autre chose que les deux faces d'une même médaille.

La consommation de l'exotisme, proche comme mes futurs amis croates, ou a priori plus marquant comme en Asie, suppose toujours les mêmes conditions impossibles ; on ne peut être le premier, car dans notre immense majorité nous ne sommes pas de vrais voyageurs, et nous ne saurions prendre le risque de l'aventure et compter sur l'hospitalité de villages reculés ; mais nous ne voulons jamais arriver après tous les autres, et voir les stigmates de nos comportements individuels matérialisés en hideux hôtels de béton - d'ailleurs il n'y a rien de plus drôle, ou de plus inconséquent, que les appels du guide du routard à la préservation écologique des côtes dont ils participent en toute bonne foi à la destruction.

Finalement, quiconque a déja fait l'expérience de la sortie des sentiers balisés du guide connait l'espèce de sentiment de vide qui prend devant un paysage qui n'a pas d'intérêt, et sans les infrastuctures minimum permettant de voyager. Sans bus ni hôtel et rien à voir ni à faire, ce ne sont plus des vacances.

Justement, diront certains, c'est là que commence le voyage. Sans doute, mais l'une des prétention insupportable du bobo parisien est justement de prétendre voyager en quinze jours ou un mois, quand il ne fait qu'être en vacances. Il n'y a pas de mal à vouloir se détendre, et je suis le premier à le désirer, mais à part quelques essais amusants d'apprendre la langue locale et de baragouiner trois mots, les contacts seront limités, et les paysages défileront toujours assez vite pour nous préserver de l'ennui de l'installation.

Ce n'est qu'en ayant la chance - ou pas - de poser ses valises quelque part assez longtemps que commence le vrai voyage, quand il n'est plus question d'essayer de meubler le vide, quand la langue devient nécessaire et n'est plus un gadget. Mais tout le monde n'a pas cette chance, justement, et c'est pour cela que la comparaison doit s'arrêter là.


Donc : blog en vancances, allez donc voir la blogroll, les archives ou chez Brice. Je bloque les commentaires pour pas me faire spammer, désolé si ça coupe nos débats passionnants... De retour, donc ouvert à nouveau...

Le choix de la guerre

Lors de la seconde attaque de l'Irak par une Amérique trop sûre d'elle, il y avait partout des gens (moi y compris) pour protester contre une guerre "illégale", puisque pas autorisée par l'ONU, et d'autres pour critiquer son immoralité même. A l'époque, on voyait bien les intentions néo-coloniales (contrôler le pétrole et signer des contrats) derrière les intentions affichées (et aussi incroyable que cela puisse paraître, sincères) d'apporter la démocratie aux irakiens, mais peu (sauf, on peut le noter, le père Villepin) avaient prédit l'échec absolu de la conquête de l'Irak, car déjà cela revenait à se placer sur le terrain de l'utilité de la guerre, plutôt que de sa légalité ou de sa moralité.

Il y a un tabou de la guerre en Europe (on se demande pourquoi), tabou qui nous fait souvent oublier que la solution de la force convient pourtant à pas mal de monde. Certes, cela ne convient jamais aux civils qui se prennent les bombes, mais personne n'en a vraiment à foutre. Aujourd'hui les Libanais payent d'être un terrain d'affrontement (comme quand les Français et les Allemands se battaient en Belgique, comme c'est noté chez Koz), ils payent l'escalade recherchée par le Hezbollah qui comme toute armée a besoin de combats pour exister, et ils payent la volonté d'Israël de régler par la force, quitte à se mettre au niveau des fous de dieu, ce qui devrait se régler par la diplomatie (là dessus je rejoins entièrement l'analyse très fine de Hugues).

La guerre convient à tout le monde ; elle convient aux grandes démocratie que sont l'Iran et la Syrie dont le pouvoir ne tient qu'en excitant leur population à coup de nationlisme militaire. Mais elle convient aussi aux Américains qui respectent à peu près autant les Irakiens que leurs propres soldats prolos qu'ils envoient au casse pipe, comme elle a convenu aux Palestinien qui ont fait le choix de l'intifada en 2000 en pensant qu'ils gagneraient plus que ce qu'on leur vendait à Camp David (et on ne leur vendait pas grand chose, c'est sûr).

En attendant, on revient toujours aux vielles explications, à la recherche du méchant et du gentil, de celui qui a commencé. Selon la grille de lecture choisie, c'est soit l'agression inqualifiable d'un Etat colonial supplétif des Etats Unis contre des populations civiles qui n'ont rien demandé, ou la légitime défense d'un Etat placé sous une pluie de roquettes que ses voisins veulent rayer de la carte (et ces positions sont toujours tronquées : par exemple, demandez à un pro-palestinien si ce ne sont pas les Arabes qui ont refusé le partage de 1947 et initié le cycle des guerres et des réfugiés, et demandez à un pro-israelien si la volonté de destruction d'Israël n'a pas un peu à voir avec la permanence de la colonisation en Cisjordanie...)

Bref, on explique, on conjecture, mais on ne parvient pas à comprendre vraiment ce choix délibéré de la guerre, que notre belle position morale voit toujours comme un scandale, sans pouvoir aller au delà. Il ne s'agit pas d'accepter cyniquement la guerre comme des petits cons de Sciences po fascinés par Kissinger ou la realpolitik, surtout si on se place du point de vue des civils coincés entre le marteau et l'enclume, mais juste de comprendre que pour beaucoup d'Etats ou d'organisation, la guerre fait sens, la guerre est la seule vraie solution.

Les tentes de la honte

Admirons la magnifique hypocrisie : les tentes de Médecins du Monde distribuées aux clodos ne gênent pas les riverains et les touristes parce qu'elles sont crades et qu'elles donnent une désagréable impression de favela, mais plutôt parce qu'elle favorisent "le regroupement et la sédentarisation des SDF" (dans libé). On sent que les conseillers en comm' de la ministre Vautrin se sont creusés la tête pour laisser entendre que s'ils veulent dégager les pauvres, c'est évidemment pour leur bien.

La réponse de MDM, qui avec ses distributions de tentes a sciemment contribué à rendre la misère plus visible, a le mérite de la cohérence : tant qu'il n'y a pas de solution durable, toute l'agitation revient en fait à pousser les pauvres sous le tapis, grâce aux supplétifs bienveillants de l'équipe Delanoë. Une fois que ceux-ci seront rentrés dans leurs tanières, on pourra se contenter de beaux discours génériques sans aborder les questions de fond.

On peut y voir la conséquence naturelle d'un système qui ne gère que l'urgence, hier le froid et aujourd'hui le chaud ; l'hiver est le temps des pauvres qu'il faut abriter (souvent contre leur volonté) dans des refuges déshumanisés, l'été le temps des vieux qui faut ventiler et hydrater. Par contre, l'action de MDM dure au delà de son temps d'expression autorisé, au lieu de respecter l'agenda médiatique qui voudrait que disparaissent les choses qui ne passent plus à la télé.

Mais le débat de fond peine à décoller, coincé entre une alternative bidon, tentes ou "hébergement d'urgence" ; on ne se pose qu'à peine la question de la brutalité des foyers, et encore moins celle de l'absence de solutions de logement. Et ne parlons même pas du traitement de la misère. Au contraire, on prefère tranquillement glisser vers une vision à l'américaine, où les clodos sont responsables de leur situation, plutôt que victimes d'un ordre social sévère, et dans le même temps on craint par dessus tout qu'ils s'organisent en contre-société, autonomes dans leurs campements dégueus.

C'est aussi l'hypocrisie des politiques de gestion de la misère, descendues en droite ligne du XIXème siècle ; on veut bien aider les pauvres, mais tout en les privant de leur dignité. On reconnaît leur statut de victimes, mais en échange ils doivent rester bien sagement aux places qu'on leur assigne avec bienveillance, là bas dans un coin, pas trop près des gens normaux.

Locations de vacances

Tiens pour une fois je vais parler d'un problème de riches, ou plutôt de petits bourgeois, mais voila, la Croatie, il parait que tout le monde y va en août, surtout sur les îles, surtout près de Dubrovnik, surtout là où je voudrais aller. Alors il faut bien s'organiser, et comme les hôtels sont hors de prix, il ne reste que les fameuses chambres chez l'habitant.

Les plus aventureux débarqueraient à l'improviste, espérant trouver des rabatteurs près du port avec des photos trafiquées de leurs piaules, prises du meilleur angle possible, celui où l'on ne devine pas que les murs contiennent à peine le lit. Ils essayeraient de négocier les tarifs spécial gringos pour gratter un ou deux euros, tandis que le proprio se vengerait en promettant "five minutes from center only", sans préciser qu'à ce rythme il faut savoir tenir un sprint.

Je l'aurais fait à une autre époque, quitte à dormir sur la plage ou dans un camping sans tente, mais est-ce l'âge ou les joies du couple, je ne me sens plus de partir au pif. Les guides étant d'une pauvreté pathétique en termes de choix de piaules, avec deux adresses par bled qu'on imagine remplies de Français ayant réservé depuis janvier, reste l'aventure de l'Internet. Ainsi on tente d'évaluer des chambres avec des photos pourries, sans même pouvoir voir le proprio en face, et vient l'angoisse immédiate d'être coincé une semaine dans un trou à rat surchauffé avec des voisins bruyants.

Je crois qu'il faut avoir une grande confiance en l'homme pour ce genre de vacances en pleine saison, et je me rends compte que je ne l'ai pas ; là où certains attendraient surtout d'être heureusement surpris par la simplicité des habitants ou le confort peinard d'une cuisine en formica patiné, je ne vois que ce qui peut merder.

Paradoxalement, si on peut se plaindre à juste titre des chaînes hôtelières, qui travaillent à lisser et à standardiser leur offre pour que la moindre aspérité, la moindre trace d'humanité ou de culture, disparaisse, elles offrent finalement un cadre rassurant qui contraste avec ces hébergements artisanaux mal décrits. L'intérêt du macdo est bien de bouffer la même merde partout, ni plus ni moins merdique à Paris qu'à Zagreb, et c'est cette promesse d'unité, sûrement plus que son prix, qui explique que les touristes s'y précipitent toujours.

Finalement je devrais partir en novembre, ce qui m'éviterait et les ennuis de la foule, et les plaisirs vulgaires de la plage. L'idéal serait les non-vacances à la Jean-Philippe Toussaint, où les héros partent sur un coup de tête occuper des chambres dans des hôtels désertés, au risque d'ailleurs que ne remonte l'angoisse de l'évaporation progressive des vacanciers, comme Proust à Balbec flippant de se retrouver seul dans son grand hôtel.

Summer redux

Chacun aura noté le désormais éternel retour de la canicule et du tsunami ; j'en parlais il y a un an, je n'ai rien d'autre à rajouter, si ce n'est qu'à chaque nouvelle année la posture militaire du gouvernement, mobilisé à mort sur la canicule, le cancer, les handicapés, et incapable de faire face à quoi que ce soit d'autre, est de plus en plus ridicule.

L'autre actualité discrète de l'été, c'est bien sûr la réconciliation Sarkozy-Chirac. Contrairement à Israël, Sarko ne semble pas capable de faire la guerre sur tous les fronts, et a besoin d'apaiser le vieux à coup de flatteries grossières. Ce qui est beau, c'est que si la manoeuvre ne tromperait pas un enfant de 5 ans, elle fait la joie de nos commentateurs politico-sportifs qui peuvent servir d'interprètes de l'évidence et nous dire combien Sarkozy est calculateur. D'autres y verront même une qualité, puisque aujourd'hui être une saloperie d'animal politique est une marque de prestige parmi ces mauvais lecteurs de Machiavel.

Bien sûr, pendant ce temps, le Liban vit sous les bombes ; heureusement qu'on a des ressortissants à évacuer pour raccrocher un peu le drame à quelque chose de palpable, plutôt que de soupirer en pensant qu'ils se tapent tout le temps sur la gueule, ou en disant que c'est vraiment la faute de la politique busho-coloniale d'Israël. Je n'ai pas encore d'avis là-dessus, sauf à trouver comme tout le monde que l'Etat Hébreu en fait un peu trop ("disproportionné" est le terme à la mode), et sauf que j'ai beaucoup aimé la photo, l'autre jour dans libé, du milicien du Hezbollah en kalach et t-shirt du Real Madrid.

Le bac mention CPE

Cela fait longtemps que chacun sait que le bac, qui n'a jamais été bien dur, est devenu une pantalonnade. Alors quand on voit que la cuvée 2006 est même meilleure que celle de 68, bien que les cours aient été perturbés pendant plus de deux mois, on devine que les consignes de clémence habituelles ont été plus fortes que d'habitude. Pourtant, on se trompe :

"Il n'y a eu aucune consigne, aucune clémence", a assuré (Robien). Prétendre le contraire "serait enlever un mérite qui ne revient qu'aux élèves et aux professeurs".

Les profs savent bien qu'il y a des "consignes" chaque année, mais il faut croire que cette année est décidément exceptionnelle. Cependant, le plus drôle est pour la suite (toujours dans libé) :

"Cette année, les sujets ont été non pas faciles, mais totalement conformes aux programmes, sans questions trop pointues". Il faisait allusion à la nette progression des notes à l'épreuve de maths ­ où pour la première fois cette année, le QCM (questionnaire à choix multiple) introduit en 2004 ne pouvait pas faire perdre de points mais seulement en rapporter. ­

On se demande ce qu'est le plus beau, cette histoire de QCM bonus - d'ailleurs j'ignorais que ce genre de merdes américaines faisaient déjà partie du bac - qui fait que les élèves sont notés sur 24 ou 26 (?), ou "les sujets qui ne sont pas faciles mais conformes au programme"... Certes, il y a eu polémique l'an passé parmi les mêmes sections scientifiques, où justement le bac s'est révélé traître pour les fistons de TS, avec une épreuve de réflexion (!) privant un certains nombre d'entre eux de la mention tant attendue...

Mais comme dans toutes les belles histoire, il est question d'amour ; ainsi de l'alliance de circonstance entre le ministre, les syndicats d'enseignants et les syndicats de lycéens, hier se déchirant sur le CPE mais aujourd'hui unis dans une troïka improbable où chacun a intérêt à mentir en même temps et à répéter que non, le bac n'a pas été bradé, un peu comme Chirac affirmant lors de sa précédente intervention télévisée que le gouvernement va dans le bon sens. Tout cela nous renvoie directement à la culture du bullshit dénoncée par Frankfurt, où l'essentiel consiste à nier l'évidence en attendant que les médias parlent d'autre chose ou fassent taire leurs critiques.

De toutes façons, l'administration de l'éducation nationale n'est pas là pour enseigner quoi que ce soit mais ressemble plutôt à une immense machine à gérer des flux d'élèves dont on craint surtout qu'il stagnent trop longtemps dans le secondaire, avant qu'ils n'aillent se noyer discrètement dans la mer de l'enseignement supérieur. Tout est bon pour stabiliser cette mécanique, et les rares soubresauts de la bureaucratie ne visent qu'à lui permettre de persévérer dans son être ; ainsi on emmerde les profs qui font trop de discipline et écrivent des "rapports", on explique que le lycée dans lequel une enseignante se fait poignarder n'est pas violent, mais on ne perd pas une seconde pour radier à vie un proviseur qui a le tort d'être pédé.

Agenda, agenda

Oui, on ne parle que de ça, et moi aussi. Les analystes express (et moi aussi) disent tout et n'importe quoi, entre l'appel à l'absolution générale des fans et les esprits chagrins qui regrettent la sanctification de la violence - comme si ce geste déplacé et sanctionné nous faisait rentrer dans le cycle infernal de la vengeance... n'importe quoi. Pendant ce temps des blogueurs express aidés par le Monde (et moi aussi) tentent de se faire du blé, comme les chansonniers qui recyclent les sales rengaines ethnicisantes en tube de l'été (bientôt on va avoir envie de frapper). Enfin l'artiste Zidane, en jouant à la petite fille prude, se prépare sûrement à vendre à Match l'exclusivité des propos entendus.

Et comme on ne parle que de ça, bien sûr, il y a toujours des professeurs de morale pour se lamenter de l'omniprésence du sujet alors que, entre attentats et Darfour et Iran nucléaire, l'actualité est plutôt riche. Notons d'ailleurs que les titres des journaux nous parlent de l'assassinat de Bassaïev ou du concours de burne entre Olmert et le Hamas, mais rien n'y fait, les conversations restent centrées sur ces histoires de coup de boule.

D'habitude, en cette période, le Tour aurait repris ses droits, en même temps que les spéculation sur la vie sexuelle de l'héroïne du feuilleton de l'été ; et les mêmes cassandres (et moi aussi) de se plaindre de ces marroniers pourris. Zidane ne change rien à l'effet d'agenda imposé par les journalistes et le marché, il remplace simplement des histoires superficielles par d'autres histoires superficielles. Comme je le disais l'autre jour en parlant de la crise de libé, le problème c'est que l'information fait chier tout le monde ou presque, et qu'elle n'a d'intérêt que dans sa dimension participative : avoir autre chose que la météo pour parler aux collègues de travail.

De toute façon, le traitement des sujets "sérieux" par les médias de masse ne produit qu'une bouillie angoissante, l'envie de se replier sur soi contre l'alliance des plombiers polonais et des islamoterroristes, et la sortie par la consommation comme seul exutoire, encouragé par le monde rassurant (mais indirectement hostile) des pubs. Alors plaignons nous encore qu'on ne parle pas assez du Darfour, mais autant se dire que l'on en parle ou pas, le résultat sera le même.

Zidane, victime universelle

Ainsi en quelques heures on est passé de la surprise au pardon, et du pardon à l'accusation. Sans toujours savoir ce qui a bien pu se dire entre les deux joueurs, on a décidé que le méchant c'était l'autre, le rital dont la réputation de mauvais tacleur n'arrange pas les choses.

Pour l'instant l'affaire a ce caractère de pantalonade qui sied bien à la saison, et permet opportunément d'oublier la défaite. Tant que le suspens tiendra, et que le Zid ne se sera pas exprimé (ce soir 20h ?), on pourra continuer à en bavasser tranquillement et oublier la réalité moins drôle des explusions de gamins ou des attentats en Inde.

Si ce n'est pas le moment de donner des leçons de morale comme l'ont fait les crétins de l'Equipe, qui ont convoqué les mômes de la star pour mieux dire combien c'était méchant ce coup de tête, et si on peut largement "pardonner" puisque après tout la faute a été sanctionnée à sa juste mesure, je suis curieux de voir jusqu'où ira l'opération de lynchage anti Materazzi, pour l'instant plutôt bon enfant ; et la victime, qui l'a sans doute bien cherché, ne peut pas non plus devenir le seul coupable...

Bref, on risque de se lasser, d'autant qu'une opinion obligatoire est en train de se former ; comme les Français comprennent Zidane, et lui pardonnent, et comme certains en profitent pour y voir le triomphe de la loi de la rue sur les règles du sport, il n'est plus possible de penser autrement. Entendre ce matin Delanoë sur Inter, qui s'y connait en matière de défaites en finale, parler dix minutes de l'affaire et reprendre la pensée unique du moment, ça commence à me soûler.

Zidane traité de "noniste"

D'après la télévision kirghouze, qui a convoqué des spécialistes de lecture sur les lèvres en italien footbalistique, Materazzi (mieux connu sous le nom de "la salope" ou "le boucher") aurait traité notre star éternelle Zidane de "sale noniste, communiste de mes deux".

Tout a commencé après une accroche de maillot un peu plus longue que d'habitude, loin des yeux de l'arbitre, et alors que " Materazzi a constamment matraqué le capitaine français de paroles indélicates, voire même injurieuses, que le milieu de terrain français a longtemps fait de négliger", selon le chain mail que tout le monde a reçu quatre fois aujourd'hui, et qui fait pour l'instant autorité.

Zidane demande alors à Marco Materazzi de lui lâcher la grappe, ce à quoi l'Italien tricheur répond "ta gueule, enculé, tu ne reçois que ce que tu mérites". Zidane essaye de l'ignorer mais le fourbe reprend "vous méritez tous ça, vous les enculés de nonistes, sales communistes".

Alors que l'Italien allait sortir de son maillot une version imprimée et pas mal trempée de sueur de l'éditorial de Serge July du 30 mai 2005 pour mieux signer ses propos d'inspiration toute berlusconnienne, Zidane, voyant un long débat venir, préfère le mettre à terre d'un coup de boule bien ajusté.

Ceci expliquerait également le délai d'arbitrage et le recours irrégulier à la vidéo pour sanctionner un joueur ; en effet, le grand capital qui contrôle la Fifa ne pouvait laisser impuni ce geste déloyal alors qu'après tout le joueur italien ne faisait, pour une fois, que de dire la vérité.

Tut tut

Je n'ai rien contre le foot, bien au contraire, et en bon patriote consensuel je ne suis pas mécontent de la victoire, peu glorieuse d'ailleurs, de notre équipe chérie. Très bien, faisons la fête. Sauf que - sauf qu'il y a une conception un peu pathétique de la fête en jeu, puisque vu de chez moi, pas loin de l'avenue de Clichy, la fête se résume toujours, deux heures après, par des coups de klaxon et des beuglements dans la rue. Ca doit être la route des Champs-Elysées.

A force, je suis attristé de constater que la seule façon d'exprimer sa joie finisse en bagnole à hurler et à klaxoner, bref à faire le plus de bruit possible, en espérant que les autres autour se rejoignent dans le bruit qu'ils contribuent aussi à faire. C'est sympa cinq minutes, mais je sens la lassitude poindre. Bien sûr, à cette heure-ci, il faut une bagnole pour aller sur les Champs, comme TF1 l'a vivement conseillé. Mais à quoi ressemblera la fête là-bas ? Des défilés de bagnoles en klaxon ? Il y a bien du "collectif", comme on dit, cependant plus j'y pense et plus j'ai du mal à parler de fête. Il n'y a que vers Belleville, tout à l'heure, que j'ai vu des gens danser dans un bar, et là il se passait quelque chose, au contraire des séance du cruising un peu vides de sens.

Du coup, ce bruit trop facile et cette joie exprimée platement, ajoutée à un match décevant et une dernière demi-heure passée à craindre l'effondrement d'une équipe repliée sur sa base, font qu'il ne restera pas grand chose de cette demi-finale. C'est dommage, mais c'est la limite du foot : à vaincre sans péril... (ou plutôt sans gloire).

Publicité à vocation culturelle

Le flow douloureux mais efficace d'un enfant du one-seven en recherche de street attitude (non, non, ce n'est pas moi).

Ouvert à tous vents

Voila, ça y est, c'est formidable, on peut mettre des commentaires sur Libé, comme sur le site du Monde. Voila qui change la vie ! Evidemment, comme le démarrage est un peu dur et que, sacrilège, Libé et son système de popup de merde ne marche pas bien sous le graal du web libre, les premiers commentaires sont d'ordre, heu, technique, style "j'ai été obligé d'ouvrir explorer pour poster ce commentaire". Voila qui est intéressant.

Franchement, je pense que c'est une mauvaise idée. Je n'aime pas trop cette confusion entre le journal et le blog ; quoi qu'en disent les critiques, il y a une sacrée différence entre le papier d'un journaliste qui est payé pour faire ça et les réactions forcément un peu rapides et caricaturales qui font l'ordinaire, au moins, de la moitié des commentaires lâchés sur un blog, en regards de billets eux-mêmes rapides et caricaturaux.

Dans le cas du blog, on est entre amateurs, il n'y a pas vraiment de différence de statut entre le rédacteur et les autres, et on gagne donc à jouer l'ouverture. On crée une petite communauté, c'est sympa et sans prétention.

Mais pour un journal ? Qui en a à foutre de voir à côté d'un article, bon ou mauvais d'ailleurs, les états d'âmes de 200 lecteurs, sans queue ni tête, sans la moindre sélection, avec les débiles qui jouent à prem's en rab, les malades pisse-copie qui ne savent pas écrire en moins de 100 lignes, et la bande de donneurs de leçons qui ne rate jamais l'occasion de fustiger les dérives droitières ? Qu'est ce que cela va apporter ? La même chose que lorsque les commentaires deviennent trop nombreux sur un blog, ou se répondent les uns les autres : quelques habitués suivent, les autres zappent.

Si les gens veulent donner leur avis sur libé, qu'ils aillent sur le forum (quitte à mettre des liens), qu'ils ouvrent un blog, qu'ils écrivent des mails à l'auteur, bref qu'ils se démerdent. A force de mélanger tout et n'importe quoi, on finira surtout par se lasser, et réaliser effectivement qu'un journal ne vaut pas mieux qu'un blog ; ce sera le début de la fin.