Entendu hier soir, au hasard d'un retour du week end, l'émission de Macha Béranger sur Inter. Et appris par la même occasion que ce repère de la nuit (raisonnable, minuit-une heure) devait s'arrêter à la fin de la saison, après 29 ans d'antenne. C'était une émission triste, Macha était effondrée, et les auditeurs - parmi lesquels Alain Delon, "intermittent du spectacle" - se relayaient pour la soutenir. On imaginait que l'annonce avait été brutale, comme le laisse suggérer l'hypocrite commentaire du directeur général, Frédéric Schlesinger : "Elle aura marqué l'histoire de cette antenne". Il y a des hommages dont on se passerait bien.

Je n'aime pas tellement la radio, ce qui explique sans doute que je n'étais pas particulièrement fan de cette émission, que je n'entendais qu'à l'occasion de rares sorties en voiture ; et mes motivations pour rester à l'écoute de ces confessions n'étaient pas exemptes de voyeurisme. Il n'empêche, la tristesse d'hier soir était communicable, et ce n'était pas seulement de la nostalgie, tant les témoignages de l'aide que Macha apportait à sa troupe de fidèles étaient éloquents.

Je n'ai pas besoin de beauoup d'effort pour deviner ce qui a pu motiver la direction de Radio France ; cela devait faire des années qu'ils revaient de dégager cette émission totémique, témoin d'une époque révolue, qui ne devait pas donner grande satisfaction en termes d'audience. "Il faut changer certaine formules", dixit le DG. Je sens son plaisir une fois le feu vert obtenu, la jouissance de la table rase, la victoire de la modernité. Lui et ses sbires du marketing ont mis à bas l'un des derniers bastion, et la prochaine étape sera de sortir le jeu des mille francs, émission à laquelle "allo Macha" sera nécessairement comparée - comme le faisaient d'ailleurs les auditeurs hier soir.

On pourrait presque s'étonner que Macha ait survécu si longtemps. Dans un paysage radio dévasté par la connerie triomphale de la bande FM, la voix antédéluvienne, l'expression élégante, et l'empathie pour les auditeurs tranchaient trop avec les normes du temps. Les choses sont rentrées dans l'ordre, et aujourd'hui la fausse impertinence et la complicité fallacieuse, que l'on retourne pour mieux se foutre des ados fragiles qui prennent le risque d'appeler au standard, peuvent règner en maîtres.