A propos
radical chic

Industriel et financier

Libération n'est pas une société financièrement insouciante et dépensière. Nous avons fait beaucoup de plans d'économies, utilisant toutes les techniques : les réductions d'effectifs, l'externalisation d'un certain nombre d'activités, le plafonnement des augmentations de salaires, quand elles ne sont pas tout simplement bloquées, le blocage des embauches, le contrôle sévère de nos coûts, la mise en concurrence de nos prestataires...

(...) Le problème de Libération n'est pas tant la qualité ou la pertinence de ce que nous publions chaque jour, il est industriel et financier.

C'était le dernier édito du dernier maoïste (ou presque) de France ; s'il restait quelque doute quant à la "saine gestion" de libé, les voila levés, avec ce discours digne d'un directeur financier en présentation devant ses actionnaires. Et s'il reste un problème, c'est la faute au marché.

Tout le monde sait bien que Libé n'est pas le seul journal en difficulté, comme le rappelle July ; et il est indéniable que la consommation d'information gratos n'arrange pas les choses, surtout pour Libé qui cannibalise son propre public en offrant exactement la même chose online. Quel lecteur n'a jamais hésité à lâcher 1 euro 20 alors qu'il peut se permettre une lecture peinarde au bureau, d'autant plus que la consultation internet se déguise de l'allure du travail et passe beaucoup mieux que le style glandeur en terrasse de café avec son quotidien déplié ?

D'autres ici diront que c'est le contenu qui pose problème. Ils donneront la liste de toutes les trahisons idéologiques depuis la fondation sous l'égide de Sartre en 73, de l'abandon des articles-tract en passant par "vive la crise" et pour finir par l'édito sur le masochisme des nonistes. Peut-être, et il y a souvent un mercantilisme un peu répugnant qui flotte dans les pages de libé (ou dans leur horrible supplément), mais c'est bien le reflet de l'époque. Significativement, toute la défense de Libé, du numéro spécial des inrocks au blog de la dernière crise, se fait sous l'angle affectif, le journal qu'on aime critiquer.

Le vrai problème, c'est que contrairement aux apparences, l'information fait chier tout le monde ; les enquêtes montrent toujours un public avide d'explication et de decryptage, mais dans la pratique la plupart des gens ne veulent que deux choses, se distraire et vivre à l'unisson des émotions collectives, deux fonctions parfaitement remplies par les vecteurs les plus superficiels que sont les gratuits et les journaux télé ou encore les flashs de France Info. Aller au delà ne présente aucun intérêt pour la majorité.

Cela s'explique à la fois par un manque de disponibilité (tant de jeux vidéos, de merdes à la télé ou de drague en ligne) et un effondrement de la culture politique de masse, sauf lors de rares prises de conscience (tout le mérite du référendum). Certes il existe toujours des militants ou des gens très mobilisé en association, mais que représentent ils dans la masse des investissements narcissiques - à laquelle je n'échappe pas non plus.

Libé va donc finir par crever, pas parce que ce qui est écrit est trop superficiel ou trop libéral, mais simplement parce que ce qu'il vend n'a plus aucune valeur, du fait de la gratuité de l'info spectacle et de la dépréciation de l'info réfléchie. Et ne me parlez pas du remplacement de la presse par les blogs, ou je m'énerve.

Jospiiiiiiiiiiiiiin

C'est difficile d'y échapper, non ? Difficile d'échapper à la fois aux manoeuvres jospiniennes lancées par son petit clan en toute discrétion, et à la lourde chappe d'ironie qui accompagne les comptes rendus des mêmes manoeuvres dans la presse. En effet, à ce niveau, chacun peut voir que cette tentative de retour, élégamment taclée par la mère supérieure à l'unisson de tout le parti (bien vu par Versac), contredit l'annonce fracassante du retrait de la vie politique. Il a menti ! Il tient pas sa parole, et pour une fois, ce n'est pas un obscur engagement sur le chômage ou la sécurité, c'est un truc vérifiable, carré, factuel.

Entendez moi bien, je ne suis pas particulièrement fan de Jospin, et encore moins de sa communication ronflante qui n'aborde absolument aucun sujet sur le fond. Mais, de son point de vue, Jospin n'a pas tort de vouloir revenir : pourquoi se tiendrait il à l'écart de la grande mouvance conservatrice de la société française ?

A l'exception de Giscard, tous les présidents ont été élus après de multiples campagnes ; et même une simple candidature crée une sorte de précédent qui donne droit à l'éternel retour d'élection en élection, à la manière de Laguillier ou de Le Pen. Et cela n'est pas valable qu'en politique : tous les postes de pouvoir appartiennent aux vieux chefs croulants, et cela ne semble pas possible autrement, à voir par exemple la panique de la rédaction de libé à l'annonce de la retraite forcée de July.

Des petits malins diront que Yoyo n'a aucune chance ; certes, son personnage de vieux sage n'excite pas plus les foules aujourd'hui qu'il y a 4 ans, mais la logique de répétition pourrait le servir, comme elle a finalement permis au nullissime Chirac de s'installer sur le trône. Pour cette même raison, si Royal se plante pour une raison ou une autre, seul Jospin tient une chance raisonnable d'être désigné par ses camarades.

Finalement, la seule chose que je ne comprends pas, c'est cette annonce du 21 avril ; il fallait que l'échec soit bien cuisant pour qu'il s'imagine pouvoir se passer du pouvoir et se contenter de son exil rétais. Il me fait penser à ces gros fumeurs qui clament partout qu'ils ont arrêté, en pensant que le regard de réprobation des autres quand ils demanderont juste une clope, juste une, leur permettra de tenir le coup. Ca ne marche pas non plus pour eux.

Il suffit de le dire

Il paraît que Chirac a parlé ce soir à la télé, ce que prouve une dépêche AFP très laconique. C'est un coup à nous faire regretter la victoire contre le Togo, et d'ailleurs seul le match-couperet de demain explique ce timing d'intervention si serré, vite vite avant que la baudruche France ne se dégonfle.

Une intervention "inhabituelle", d'après les blogueurs politique que je lis (et que je retrouverai mercredi soir, pour une fois), et assez surréaliste :

"Le gouvernement a assumé sa feuille de route avec sérénité et avec succès (...) La majorité soutient l'action du gouvernement", a assuré le chef de l'Etat.

Il suffit de le dire. "Succès". Bien sûr demain matin toute la presse ironisera là dessus, sur ce déni flagrant de réalité, sur la nullité de Chirac, sur le non-bilan de Villepin. C'est facile d'achever le vieux, il n'en a plus pour très longtemps, et ça arrange bien notre couple de candidats officiellement désignés par les sondages. Alors pourquoi se priver ? Et que je te reparle des sondages, et de la fin de règne, et que je refasse la liste de la dérilection de l'autorité depuis ce jour funeste de 1995 où Chirac a pris le pouvoir, à l'usure. On n'ira pas jusqu'à le dire en face, tout de même, mais on le dira, même à demi mot : démission.

Pourtant Chirac a raison de dire ce qu'il dit, puisque si ce pouvoir est une mascarade, tout le monde l'accepte. Nous avons un gouvernement fantoche, mais un gouvernement quand même, à l'abri du besoin et du trouble judiciaire. Les médias peuvent ironiser, mais ils ne peuvent rien de plus, et malgré tous leurs efforts leur petit Watergate n'a pas pris. Quant aux députés de la majorité, rien n'est plus horripilant que de les voir se plaindre en privé de Villepin, et d'espérer que papa Chirac le vire, mais sans envisager un instant de se saisir de l'arme de la censure : franchement, ces couilles molles gagneraient à se taire.

Bien sûr, il reste deux puissances, l'administration d'une part, le peuple de l'autre, mais elles se contiennent, et la machine à percevoir les impôts, constater les déficits, et expulser des enfants scolarisés (mais c'est normal : c'est la loi, et personne n'ose ou ne sait comment la changer) n'est que partiellement freinée par les oppositions, citoyennes ou corporatistes selon la façon dont on les voit. Evidement, la moindre étincelle pouvant faire repartir les banlieues ou les étudiants en galère, il faut surtout ne prendre aucune décision qui pourrait encore fragiliser cet édifice branlant, ce que Villepin s'emploie à faire depuis l'abandon forcé du CPE ; on l'a vu avec l'affaire Suez - GDF, et on le verra tous les jours jusqu'en mai prochain.

Finalement cette tranquillité chiraquienne donne l'impression d'un mi-chemin entre le gaullisme des origines, où malgré les barbouzeries et le paternalisme on trouvait un certain respect de la volonté des citoyens, et la dégénérescence façon Berlusconi ou Bush, puisque les deux, dans la même situation, ne se contenteraient pas de nier la vérité, mais seraient déjà en train d'hurler au complot communiste ou liberal tout en paradant à la télé en tenue de foot ou de guerre. Le pire, c'est que ça marche, comme Sarkozy nous le démontrera en temps voulu.

J'aime les riches

Comment est-ce que François Hollande a-t-il pu tenir de tels propos ? Quelle conception rétrograde du socialisme, toute pétrie de revendication, voire de rancoeur ! On a l'impression qu'il se réclame encore du marxisme ou de la lutte des classes - bientôt il nous parlera de la dictature du prolétariat, ce gros démagogue !

Pourtant, ce sont bien les riches, enfin les entrepreneurs, les patrons, les vrais travailleurs quoi, qui supportent avec stoïcisme un niveau de prélèvement obligatoire absurde alors qu'il créent de la valeur et des emplois, tandis que les glandeurs et les fonctionnaires sont trop content de vivre sur leurs rente d'allocs !

Je pense qu'il faut le dire : j'aime les riches ! J'aime les riches et je les envie et un jour j'espère être comme eux ! Moi aussi je serais plus haut dans la circulation, avec des sièges qui sentiront plus le cuir, avec plus de réglages électriques, plus de GPS et plus d'inserts en bois dans mon gros 4x4. Et n'y voyez pas une recherche de statut ou un mépris éhonté de l'environnement, moi ce que j'aime dans les bagnoles, c'est le plaisir ! On a bien le droit de se faire plaisir, non, avant que ces connards de socialistes nous refassent le plan de la Terreur et cherchent à couper toutes les têtes qui dépassent ?

J'aime les riches et j'aspire à leur ressembler, et pas que pour la voiture ; je voudrais vivre dans le style, faire repeindre ma maison par un décorateur et m'engueuler avec mon architecte, voyager avec des malles griffées et descendre dans des resorts 6 étoiles, et ne croiser que des gens qui comme moi, savent ce que c'est que le travail et la responsabilité.

J'aime les riches, mais n'allez pas croire que je n'aime pas les pauvres, au contraire je les respecte et je les comprends, mais quelque chose leur empêche d'être tout à fait à l'aise avec nous - peut-être est-ce le venin de l'envie distillé dans leurs veines par le socialisme ?

Enfin, pourquoi se sacrifier ainsi, subir tout ce stress et toutes ces réunions et ces voyages d'affaire épuisants ? Par goût du pouvoir et de l'argent ? Non, simplement pour laisser quelque chose à mes enfants, car voyez-vous, ce que je fais, je le fais pour eux, pour les aider à entrer dans la vie, et pour ne pas qu'ils recommencent tout en bas de l'échelle cadre après leur école de commerce pour fistons. Voila une bonne raison de soutenir la suppression de l'impôt sur les successions que propose Sarkozy, car lui au moins nous comprend, nous les riches et les futurs riches.

Ah, ça fait du bien ; je me demande par contre pourquoi cette.... de MAM, dans cette vidéo complaisamment coupée avant qu'Hollande ne puisse expliquer sa maladresse, ne dit pas, elle, qu'elle aime les riches ? Ou, comme le suggère ce blog avec la finesse habituelle des godillots de droite, "Quel image du mépris affiché à l'égard d'une partie des français. Que dirait-on si un élu de droite déclarait : "Je n'aime pas les pauvres !"

La contrainte tue le blog

Au début c'était quand même facile, ça coulait complètement de source, alimenté des années d'énervement rentré qui trouvaient enfin un exutoire. Il suffisait d'un rien pour me lancer, l'usage obligatoire du SMS, une critique de film un peu excessive, l'info à sensation, les beaufs en 4x4, et bien sûr la plupart des pubs, une source de connerie inépuisable. Tout ce que j'avais à faire, c'était suivre le barnum médiatique, retrouver des vieilles impressions, et, histoire d'affirmer la ligne du blog, de creuser un peu mes intuitions.

Certes, il a bien fallu s'éloigner de mes sujets naturels une fois raclé le fond de vase de mes indignations passées, mais l'actualité me semblait généreuse : quel plaisir que ce référendum par exemple, avec cette basse séduction à coup d'imbécilités avancées de tous les côtés ! Ou alors, de façon plus dramatique, les émeutes de banlieue, et ce consensus terrible je-condamne-mais-je-comprends, terrible parce qu'intenable et irréaliste, un peu comme la politique d'immigration.

Hélas, cela ne dure pas toujours. Depuis quelque temps, cela devient difficile, et il ne parait pas sérieux de l'expliquer par une moindre actualité. Je le sens surtout parce que ce blog devient presque une corvée, en exagérant, et que parfois le plaisir d'écrire dont parle le déserteur GF est complètement absent (sauf , étrangement).

C'est la faute au travail, mais ce n'est pas qu'une histoire de temps. Le vrai problème du travail, c'est qu'il rend indisponible au spectacle de la connerie ; quand un article débile me faisait hurler puis pondre un billet dans la demi-heure, je n'y prête même plus attention aujourd'hui : je m'y suis habitué et je m'en fous. Voila bien la contrainte du quotidien, qui fait qu'on a l'esprit toujours occupé par des choses triviales, au point de tuer toute disponibilité pour réagir, réfléchir et écrire.

Du coup, cette inspiration réactive a presque disparu, et je ne parviens pas à la remplacer par quelque chose de constructif. J'ai voulu par exemple commenter le projet du PS et sa réception, mais c'était tellement laborieux (presque autant que de lire le fameux projet) que j'ai laissé tomber. Peut-être faut il y voir la volonté de se coltiner des sujets sérieux, ce qui ne m'est pas si naturel.



Bref, c'était donc la raison, outre le manque de temps, de la pauvreté de ce blog ces derniers mois.

Où ça un blog ?

Les lecteurs attentifs auront noté l'assechement progressif de ce blog, aussi sensible en nombre de billets qu'en termes de qualité. C'est la faute au travail, certes, et aussi à un certain manque d'inspiration dans la torpeur de l'été, tandis qu'on se lamente des résultats merdiques de notre équipe et qu'on se prépare à une sortie peu glorieuse ; cela inspire Brice, mais pas moi.

Sinon, que se passe-t-il en France après tout ? Le projet du PS, à la bonne volonté indiscutable, fait sourire les moins blasés de l'exercice de la synthèse, tandis que les autres se résolvent progressivement à voter pour bonne maman ; en face, Sarkozy se planque par peut d'être accusé des matchs nuls au foot, tandis qu'il n'y a officiellement plus de gouvernement. L'horizon politique est un peu desespérant.

Bref, j'y reviendrai, mais quand j'aurais des choses à dire !

Le choix du petit

Ils allaient perdre, c'était évident, mais je me console en lisant que la victoire des Anglais était laborieuse. Comme à peu près tout le monde, et ma légère anglophobie m'y prédisposant plus encore, j'aurais été content de voir Trinité et Tobago, l'île à demi traduite, gagner par un but du renegat Birchall, celui qui préfère jouer sous le drapeau des caraïbes plutôt que de rester en troisième division anglaise. Comme ils l'auraient haï, cet apatride, ce déserteur du foot !

Un des plaisirs lointains du foot, et du sport en général, c'est de soutenir ceux qui ont perdu d'avance, par amour du petit, de l'underdog, et de croire un peu aux miracles ; pas les vrais miracles, quand même, je n'imagine pas les Bleus remporter le mondial, d'ailleurs tout le monde (quel consensus !) a lâché nos grognards fatigués, plutôt que d'être encore plus déçu par la suite. Non, d'autres miracles, plus classiques, comme le triomphe des petits contre les gros, des pauvres contre les riches, du football amateur à tresses contre la machine marketing nike (à tresses).

Ainsi de l'engoument pour Ribéry, qui ne vient pas que de sa jeunesse, ou de son style accrocheur, mais de cette évidente posture du petit : pas grand, prolo, sympa, nature, adpoté par le grand Zidane, le tout mis en scène avec de multiples reportages dans la cité qui l'a vu grandir, tant l'histoire semble avoir été écrite pour les médias. Soutenir Ribéry, l'autre consensus, c'est vraiment le goût du petit, le dernier David du moment.

Mais cette référence évidente vaut surtout pour ce qu'elle ne dit pas, car combien y a-t-il de vainqueurs à fronde ? Le sentiment de justice triomphe d'autant plus qu'il le fait rarement, et qu'en général les lois de l'économie sportive sont respectées : les gros ou les riches finissent toujours par presque tout gagner. Mais, dans le foot ou dans la vie, le système se reproduit d'autant mieux qu'il y a un peu de jeu dans le déterminisme, et l'arbre du petit Trinitien ou Ribéry qui cache la forêt du foot façon FIFA lui rend bien service.

Critiquer le foot ?

J'ai un problème avec le consensus ; par reflexe, systématiquement, j'essaye d'aller contre le choix de la foule, que ce soit un truc trop à la mode ou la candidate du PS que les médias veulent nous imposer. Ce n'est pas refléchi et souvent peu défendable, une méfiance spontanée, comme un reste de misanthropie. Naturellement, aujourd'hui, cela s'applique au foot, et je sens mes pulsions anti repartir de plus belle.

Pourtant c'est tomber dans le piège ; râler contre le foot, soutenir ostensiblement l'équipe adverse, c'est faire le jeu de l'obsession collective, c'est se retrouver dans le rôle du curé qui "ne pense qu'à ça" au prétexte de vouloir préserver ses ouailles du pêché.

D'autant qu'il n'y a pas de position confortable, hormis l'indifférence qui sied à tout. Rejoindre les critiques du foot, c'est risquer comme eux de manquer leur but ; car soit ils ironisent sur l'absurdité du jeu ("22 gars qui courent derrière un ballon"), et feignent de ne pas voir qu'une telle critique s'applique à peu près à tout, soit ils jouent de la connerie des supporters pour rejeter l'ensemble dans un manifestation de bêtise chauvine ; cela revient en quelque sorte à critiquer le féminisme au prétexte qu'il existe quelque part des lesbiennes radicales qui veulent assassiner les hommes. Enfin, les dénonciations du patriotisme m'énervent tant elles semblent toutes faites du même moule de bons sentiments matinés de reste d'internationalisme.

Mais de l'autre côté, qui voudrait jouer les prosélytes du foot ? Incapables de se contenter d'un bon moment de regression entre amis et du rêve d'une victoire (ce soir bien improbable), ils s'évertuent depuis toujours à traduire le plaisir du sport dans un langage qui lui est étranger. Il y a toujours eu une passion pour le foot et toujours des gens pour nous expliquer le foot dans le langage de la pensée, comme s'il fallait absolument l'anoblir, et toujours avec des arguments spécieux. C'est quand même énervant de lire dans le cahier spécial de Libé, fait avec les précieuses ridicules de So foot, une énorme citation de Raffarin qui dit en gros "le foot, c'est de l'art" et utilise le mot "tangente" pour dire "approche". Ce langage ampoulé, à la fois compliqué et imprécis, se retrouve mille fois dans les louanges des intellos du ballon.

Ce travestissement est d'autant plus énervant que le langage du foot, lui, contamine l'expression de la pensée. Il n'y a plus la moindre émission politique qui ne repose sur la mise en scène d'une course entre poulains, ou sur l'analyse de la stratégie des candidats, côté vestiaire et confidences (vous croyez que Ségolène a bien fait de taper sur les 35 heures ?). Et le français de référence n'est plus celui de l'intello de France cul ou du pédagogisme ronflant de l'ORTF, mais bien la parole de l'athlète, frustre mais sincère : personnellement je préfère ceux qui se taisent et qui jouent régulièrement, mais c'est une denrée rare en France.

Spécial parole du peuple

Bon, ce blog se délite, je n'ai pas le temps de m'en occuper sérieusement, mais puisque certains veulent commenter, je vais la jouer à l'américaine : allez-y ! Parlez du foot, du bac philo, de Ségolène, de la nullité des journalistes politiques, débattez, insultez vous, à l'ancienne.

Obsessions immobilières

Je croise l'autre jour une connaissance dans le métro, vous savez le genre de rencontre où on n'est pas sûr de se reconnaître, où l'on ne sait comment avouer qu'on a oublié le prénom depuis belle lurette (enfin là je m'en souvenais), et si en se quittant l'on doit demander l'adresse e-mail à laquelle on écrira jamais. Bref, la rencontre fortuite, super classique. Invariablement, quand la discussion part, c'est une affaire de bilan : quel taf, combien de mômes, ce genre de choses. Sauf que les choses deviennent plus précises au moment de la question rituelle "t'habites où ?", car mon ancien camarade me demande direct "locataire ou propriétaire" ?

Il ne suffit pas de constater, avec tous les "analystes", que le pays tout entier a le moral en berne depuis qu'il perd au foot ; il faudrait aussi comprendre combien la petite propriété privée est devenue l'alpha et l'oméga de toute une génération. Non seulement les villes crèvent à force de se remplir d'agences, mais il n'est plus possible d'avoir une conversation qui ne tourne pas à un moment ou à un autre sur l'immobilier ; qu'il s'agisse de comparer les prix de l'ancien à Paris ou d'anticiper le krach qui arrangera tout le monde, sauf que les taux, etc., partout se propage cette panique, acheter maintenant sinon il sera trop tard, à un point qu'il est presque agréable de ne pas pouvoir du tout "acheter" (le verbe s'utilise tout seul désormais, et tout le monde comprend) pour se garder de ce genre d'angoisses.

Cela ne suffit pas pour avoir l'esprit serein, car on se retrouve alors entre locataires frustrés, réduits à l'état de mineurs juridiques, puisque obligés de devoir demander la signature de leurs parents retraités pour avoir le droit de se loger hors HLM. Et l'idée même de déménagement devient improbable, à moins d'accepter d'avance de se faire racketter par un agent véreux ou un proprio soucieux de remplacer sa vieille mercos.

Enfin bien sûr les nouveaux propriétaires ne sont qu'au début d'un cycle éternel de travaux imposés par la copropriété, au point d'avoir des sueurs froides en ouvrant leur courier, dans la crainte de l'annonce d'un nouveau ravalement de la cour intérieure.

Personne n'est responsable de ce ruée collective vers la pierre, et comme pour un travail pénible mais nécessaire, il est aussi facile de la dénoncer que difficile d'y échapper. Mais quand une société toute entière est obsédée par le besoin de trouver une tanière (et un boulot), puis de décorer les quelques centimètres arrachés à prix d'or en se payant la même déco officielle estampillée Ikéa, il n'est pas étonnant qu'elle en devienne un peu médiocre et qu'elle se sente manquer d'envergure.

Tribunaux islamiques

Personne ne peut véritablement se réjouir de la victoire des barbus hardcore en Somalie. Il n'empêche, les Américains me font rire quand ils ne voient dans la prise de Mogadiscio que le risque d'un nouveau sanctuaire pour les quaedistes ; la ficelle est un peu grosse. Certes, comme le mollah Hommard en son temps, les ultras pourraient bien abriter des jihadistes recyclés en attente de nouveaux terrains de jeu, mais c'est vraiment voir le problème par le petit bout de la lorgnette, et c'est encore manquer d'imagination que de continuer à acheter des mercenaires en espérant qu'ils puissent tenir le terrain.

Cet épisode est à lui seul une leçon de science politique ; dans son nom même, qui nous change des appelations crypto-marxistes de la plupart des mouvements du vingtième siècle, "l'union des tribunaux islamique" répond de la manière la plus simple aux deux prérequis de la construction d'un état : l'ordre et la légitimité. C'est le grand retour de Saint Louis, le système dynastique à part : religion et croisades d'un côté, justice rendue sous le chêne de l'autre. Et je ne serais pas étonné que ces milices religieuses disposent d'un soutien de la population, lassée de cette guerre civile larvée : quel meilleur moyen de construire un consensus, et de reposer les bases d'une société, que de s'appuyer sur la loi divine ?

C'est autre chose que les références floues à la justice qui parsèment les discours politiques parce qu'elles ne coutent rien (n'est ce pas ségo ?), et ce ne sont pas les gredins armés corrompus par les occidentaux qui pourront y faire quelque chose. Ni les mercenaires, ni même les bases d'un état jetées artificiellement, comme en Irak ou en Afghanistan. Le retour des talibans n'a jamais été aussi probable, et ce n'est pas la mort d'un Zarkaoui qui fera oublier combien fragiles sont les forces de police en Irak. Tout cela au grand malheur de ceux qui subiront l'ordre façon charia, en premier lieu les femmes, comme d'habitude.

Ce qui est triste, c'est que nous n'avons plus rien à proposer à ces pays en déroute... La seule solution, c'est de compter sur les fous de dieu pour restaurer l'ordre, et espérer que la population les balayera quand les structures seront vraiment stables. Autant ne pas être pressé.

Je ne suis pas une formule

Entendu hier soir, au hasard d'un retour du week end, l'émission de Macha Béranger sur Inter. Et appris par la même occasion que ce repère de la nuit (raisonnable, minuit-une heure) devait s'arrêter à la fin de la saison, après 29 ans d'antenne. C'était une émission triste, Macha était effondrée, et les auditeurs - parmi lesquels Alain Delon, "intermittent du spectacle" - se relayaient pour la soutenir. On imaginait que l'annonce avait été brutale, comme le laisse suggérer l'hypocrite commentaire du directeur général, Frédéric Schlesinger : "Elle aura marqué l'histoire de cette antenne". Il y a des hommages dont on se passerait bien.

Je n'aime pas tellement la radio, ce qui explique sans doute que je n'étais pas particulièrement fan de cette émission, que je n'entendais qu'à l'occasion de rares sorties en voiture ; et mes motivations pour rester à l'écoute de ces confessions n'étaient pas exemptes de voyeurisme. Il n'empêche, la tristesse d'hier soir était communicable, et ce n'était pas seulement de la nostalgie, tant les témoignages de l'aide que Macha apportait à sa troupe de fidèles étaient éloquents.

Je n'ai pas besoin de beauoup d'effort pour deviner ce qui a pu motiver la direction de Radio France ; cela devait faire des années qu'ils revaient de dégager cette émission totémique, témoin d'une époque révolue, qui ne devait pas donner grande satisfaction en termes d'audience. "Il faut changer certaine formules", dixit le DG. Je sens son plaisir une fois le feu vert obtenu, la jouissance de la table rase, la victoire de la modernité. Lui et ses sbires du marketing ont mis à bas l'un des derniers bastion, et la prochaine étape sera de sortir le jeu des mille francs, émission à laquelle "allo Macha" sera nécessairement comparée - comme le faisaient d'ailleurs les auditeurs hier soir.

On pourrait presque s'étonner que Macha ait survécu si longtemps. Dans un paysage radio dévasté par la connerie triomphale de la bande FM, la voix antédéluvienne, l'expression élégante, et l'empathie pour les auditeurs tranchaient trop avec les normes du temps. Les choses sont rentrées dans l'ordre, et aujourd'hui la fausse impertinence et la complicité fallacieuse, que l'on retourne pour mieux se foutre des ados fragiles qui prennent le risque d'appeler au standard, peuvent règner en maîtres.

Encore en week end !

Aujourd'hui je n'arrive plus à tenir le rythme d'un billet par jour, alors qu'au début je faisait même des posts spécial compilation pour occuper le week end ! Tiens ça vaut peut-être le coup de relire les vieilleries sélectionnées, , ou  ; et aussi d'aller faire un tour chez Brice, puisqu'il s'est réveillé, par exemple voir la morale ou la politique.

Démago power

Ca c'est un plan de com réussi ! Des mois entiers à faire courir le mystère, puis sans transition un discours choc, avec ce qu'il faut de mesures démagos qui s'échelonnent entre le gros bon sens irréalisable (couper les collèges en deux) et la pure provoc (les "systèmes d'encadrement à dimension militaire"). Evidemment les socialistes tombent directement dans le piège pourtant grossier qui leur était tendu, en se plaçant sur le terrain des principes (parfois avec humour, comme Cambadelis qui dit "ce n'est pas l'ordre juste, mais juste l'ordre") plutôt que de l'efficacité. D'autres, mieux encore, critiquent la stratégie qui consiste à chasser sur le terrain sarkozien, aidant ainsi le staff de Royal à la positionner comme l'alter-égo du petit Napoléon de Neuilly.

Certes, il n'y a que ceux qui ne se feront jamais élire qui peuvent se permettre de condamner la démagogie. Mais tout de même, c'est bien la fin de la politique autrement ; femme ou pas femme, dialogue, écoute ou pas, on est revenu à la course à l'échalotte électorale, le catalogue de mesures merdiques qui ne sert qu'à calmer l'angoisse diffuse de la population, travaillée par une insécurité plus ou moins forte et surtout lassée des provocations systématiques d'adolescents en rupture de ban. Si la repression n'est jamais très utile, elle permet au moins d'assouvir un désir de vengeance quand ces petits cons nous font trop chier : c'est exactement la fonction des mesurettes Ségolène.

En tout cas nous sommes encore condamnés à errer entre les deux écueils de notre politique en fin de course, d'une part les déclarations de bonnes intentions du programme du PS qui à force de ne fâcher personne ne contient plus rien de tangible, et de l'autre les recettes de bonne femme readymade façon Royal. Cette inertie est complètement desespérante.


C'est encore une fois Brice qui en parle le mieux.