A propos
radical chic

Spécial Guy Drut & Jean-Louis Debré

Allez, celle-là est trop bonne :

Le Monde, 26 mai :

Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, a estimé que Jacques Chirac avait eu "raison" d'amnistier Guy Drut, un geste dans "l'intérêt de la France"."Il est important que la France soit représentée au Comité olympique", a-t-il ajouté.

Le Monde, 30 mai :

Cette "décision n'est pas comprise", et son effet "ravageur" dans l'opinion est "plus dramatique que le CPE ou Clearstream pour le monde politique", a lâché le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré. "Cela donne une image détestable d'auto-lessiveuse", a ajouté M. Debré, en saluant néanmoins le "courage" de Jacques Chirac.

Idem :

Mardi matin, sur RTL, Jean-Louis Debré concède qu'il ne partageait pas le choix du président de la République : "Jacques Chirac savait ce qu'il faisait. Je lui ai dit que j'étais fondamentalement contre", lâche le président de l'Assemblée, avant d'ajouter : "Cette décision, je n'aurais pas eu le courage de la prendre. Jacques Chirac l'assume."

Bon, le retournement de veste n'est pas complet, ce vieux grognard de Debré ne pouvait pas désavouer totalement son président chéri, mais avouez que la ballade du week end en circonscription semble avoir du bon ! Tout à coup, représenter la France dans l'instance du népotisme international devient moins crucial, alors qu'apparaît en pleine lumière l'image déplorable de ce coup de pouce à un vieux pote.

On peut juste se demander pourquoi Debré, avec toute son expérience, n'a pas senti le scandale arriver, bien qu'il essaye maladroitement de le faire croire aujourd'hui. Et on peut aussi regretter qu'il n'y ait que le scandale qui l'intéresse, le scandale et l'image de son clan, tandis que la question morale soulevée par l'affaire ne semble pas se poser. C'est un travers de la politique contemporaine que de croire à un problème de communication quand le fond est totalement incommunicable...

Enfin, faire mieux que Clearstream, juste après, ce n'était pas à la portée de tout le monde. Bravo Chirac ! Toujours le mot pour rire.

Un an déjà

Cette tendance à remplir le vide médiatique à coup de commémorations d'anniversaires douteux commence à me les briser. Quand le pays n'est pas en train de protester d'une manière ou d'une autre contre ce régime déconnant, régime qu'il nous faut encore endurer un an (parce que nous le voulons bien), il faut bien que les médias s'occupent, et ils en remettent une couche. Ainsi chaque année nous célébrons l'anniversaire du "21 avril", ce qui donne, en fonction des moments, le souvenir que la bête vit encore, ou le regret d'avoir dû élire un président bananier.

Ce tic commémoratif n'est pas nouveau, mais il semble s'être systématisé ; il faut bien parler à une société sans histoire ni dessein collectif, sans compter que l'influence du traitement people se fait sentir. Aux dix ans après la mort de tel chanteur s'ajoutent donc les anniversaires, tonitruants (le 21 avril) ou discrets (les 25 ans de la victoire de Tonton). Au fond cela permet à la presse de se croire historienne, et de prendre le recul qu'elle invoque en permanence tout en s'adonnant à l'addiction du scoop : comme nous sommes clairvoyants, un an après !

Donc aujourd'hui, on reparle du référendum ; l'anniversaire du 29 mai, traité façon people, c'est le récit épique de la victoire du petit peuple contre les élites, ou au contraire la revanche des mêmes élites acariâtres, trop heureuses de nous montrer qu'il n'y a ni sursaut des peuples ni plan B. Et très bientôt (cela commence déjà), on va marquer l'an I du gouvernement Villepin : comme il était populaire, et comme il est bas aujourd'hui ! Et comme, avec le recul, la fameuse méthode villepinienne ne pouvait que braquer les français !

Je préférerais que l'on revienne sur les amours fatales entre Villepin et la presse, qu'on voit en perspective Le Monde le conchier aujourd'hui alors qu'il se félicitait de sa popularité à ses débuts : c'était autre chose quand il sortait de l'eau les cheveux au vent et qu'il parlait des cent jours pour faire rêver les vieux bonapartistes. La presse l'aimait alors, et voulait y croire, à ce sursaut du chiraquisme ! Et la manière brutale, sensible dès le début, était le signe d'un retour à la politique, de l'action et des réformes enfin possibles.

Si ces anniversaires étaient l'occasion de revenir sur nos lubies collectives, lubies le plus souvent fabriquées par les médias, on pourrait s'y intéresser. Mais (pardonnez la tonalité acrimed) la presse ne voit ce qui l'arrange quand elle rejoue la partition des destins, et elle refait toujours l'histoire du point de vue du vainqueur.

GuyDrutGate

Cette histoire me laisse sans voix, on se demande vraiment s'il ne fait pas exprès. Seule consolation, maintenant, on peut vraiment parler de république bananière.

Bon, je voulais reprendre les articles, les éditos enflammés, le très bon billet de Versac, bref j'allais en rajouter, relancer mon appel dans le vide àla démission de Chirac, mais finalement je crois qu'on ne peut plus lutter contre cette privatisation de la République, et que tant que les protestations en resteront là, il vaut mieux s'en amuser.

Du coup j'ai réveillé Brice.


Le sous-titre de l'un des articles de libé sur l'affaire, excellent (malgré lui ?) : "Pensant que le texte était destiné àsauver David Douillet, l'opposition n'a pas vu venir Guy Drut."

Saturation

"Il est plus facile de s'identifier à Hervé Vilard qu'àMontaigne parce qu'il est plus proche de nous, confirme Agathe, élève de première S."

Et l'article qui va avec : des profs de français qui font étudier des "oeuvres contemporaines" à leurs élèves, et donc plutôt l'histoire d'Hervé Vilard que les Confessions. C'est dans le fig, et tout y est, les pragmatiques qui préfèrent que les élèves lisent de la littérature populaire (de qualité, parait-il) plutôt que rien, et les puristes qui trouvent qu'on rabaisse le niveau des élèves.

A une époque même encore récente, j'aurais réagi assez brutalement : quoi, des bios de chanteurs au bac français ? Des profs qui donnent Marc Lévy (si si, c'est aussi dans l'article) à étudier ? Mais c'est n'importe quoi ! Et j'aurais hurlé contre l'espèce de flemme dégénérative qui semble toucher encore plus la nouvelle génération que la mienne, oubliant au passage à quel point j'avais du mal àlire certains ouvrages quand j'étais lycéen.

Mais désormais, je m'en fous. Je ne veux plus choisir entre les débiles légers qui "ne veulent pas se prendre la tête" et les mêmes, de vingt ans plus âgés, qui n'aiment pas plus la littérature mais s'indignent qu'on lui porte atteinte. Il y a quelque chose de foireux dans ce choix ; non seulement défendre la vraie culture aujourd'hui revient à prendre un double risque, de passer pour un snob ou pour un relou, mais il n'est même plus possible d'espérer communiquer le plaisir de l'art tant plus personne n'a la disponibilité pour s'y consacrer.

Il y a toutes ces oeuvres magnfiques qui s'encombrent de poussière, et pendant ce temps tout le monde glande sur internet, devant des séries télé, à écouter de la musique de merde, ou à se demander quelles fringues acheter demain et combien il restera de thune à la fin du mois. A force d'être tout le temps sollicité et distrait, il est impossible de trouver l'espace mental qui permet de se consacrer à quelque chose d'un peu difficile, par exemple un roman dont les premières pages sont chiantes ou un disque de classique qu'il faut écouter 20 fois avant de commencer à s'y retrouver ; et, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est tout aussi rare d'éprouver un choc esthétique en concert ou en lisant une première page.

Plus de sérénité, plus de disponibilité. A force d'être remplis de merde, non seulement nous tombons dans le fétichisme de la marchandise (n'est ce pas ?), mais nous sommes fermés à l'art, coupé de lui comme dans une bulle artificielle. Une fois ce constat fait, les profs du figaro qui font lire de la merde à leurs élèves ne sont plus qu'un épiphénomène, puisque même un prof passionné par Balzac et prêt à tous les efforts pour le faire aimer des élèves ne pourra au mieux que toucher un ou deux mômes, les plus rêveurs ou les plus décalés. C'est toujours ça, mais il faut avoir la foi pour s'y accrocher.

Le Monde Diplodocus

Avec le titre "Marketing idéologique à Grenoble", on pouvait deviner que le Diplo n'allait pas être tendre avec le nouveau courant àla mode, mais il faut reconnaître que ce monument de mauvaise foi dépasse toutes les espérances. C'est dire, on en viendrait presque à regretter la couverture pourrie de l'Obs, tant ce témoignage de la croûte intellectuelle archéo qui, à force de systématisme, en vient à étouffer toute intelligence, constitue une lecture salissante.

L'argument : derrière la bonne couverture médiatique du petit courant du Seuil, qui a pourtant rassemblé 8 000 personnes àGrenoble, se cache, évidement, un complot subtil que le Diplo met àjour. Etape 1, la dénonciation des nouveaux réactionnaires pour inaugurer la nouvelle collec' de la République des idées ; cette polémique calculée, orchestrée par d'ex-rocardiens, était bien trop bourgeoise pour être honnête. En effet, àl'étape 2, on comprend que le but était de désigner, ou même de fabriquer, un ennemi contre lequel se définir, afin de parvenir àbipolariser le champ intellectuel entre nouveaux penseurs, dits de gauche, et les nouveaux réacs décriés.

Cette manoeuvre ne trompe pas le Diplo ; si pendant une semaine le Monde et France Cul ont parlé de ce colloque, ce n'est pas parce que ses animateurs "peuvent le cas échéant, s'adosser à de vraies enquêtes sur les inégalités sociales", c'est pour "oblitérer l'existence" de "ceux (qu'une telle configuration) tient à l'écart". Car rendez vous compte :

Les « nouveaux intellos qui veulent changer la gauche » (titre de la couverture du Nouvel Observateur du 11 mai 2006) ne comptent ni beaucoup de femmes (zéro sur les onze visages sélectionnés), ni beaucoup d'écologistes, d'altermondialistes, de partisans de la décroissance, de militants du « non » au projet de Constitution européenne... (ce sont) de jeunes technocrates souvent proches de l'aile modérée du Parti socialiste.

Autant le dire tout de suite, ce sont des traitres, puisque leur légitimité ne provient pas des luttes héroïques, pardon des mouvements sociaux qui ont fait la fierté de la vraie gauche depuis le retrait du plan Juppé. On ne connaîtra pas leurs thèses, mais comme ils ne viennent pas de la rue, sont soutenus par les médias bourgeois, et ne proposent pas de supprimer le capitalisme, mais "cherchent à l'amender, à le rafistoler, à le protéger de ses tendances autodestructrices en invoquant pour y parvenir leurs recherches en sciences sociales", il devient évident qu'ils ne souhaitent qu'oblitérer la vraie critique sociale, la seule, la pure. Quelle honte, une science qui prouve que le marché n'est pas le mal incarné !

Au lieu d'une critique un peu sérieuse d'un courant qui, semble-t-il, produit des analyses solides (puisque même le diplo le reconnaît de mauvaise grâce), on a droit à une ridicule théorie du complot, assortie de la dénonciation pavlovienne de tout ceux qui n'ont pas fait allégeance au marxisme. On peut s'étonner de ce délire paranoïaque, qui permet de se placer au coeur des intentions "oblitératrice" d'une petite école. On peut ausi regretter qu'il ne vienne par à l'idée des néo-castristes qu'à force de placer la frontière là où ça les arrange, ils pratiquent exactement ce qu'ils dénoncent chez les autres : essayer de polariser le débat entre eux, les purs et parfaits nonistes, et les suppot de l'exploitation, à savoir le reste du monde.

Critiques narcissiques

A ce stade de l'article, on n'a encore rien dit du clou du Code : Audrey Tautou apprenant qu'elle est la descendante directe du Christ, donc de Dieu. On lui aurait annoncé que le room-service du Carlton ne fonctionne plus au-delà de 23 heures, que la boutique Dior a fermé pour travaux, elle n'aurait pas eu l'air plus dépitée. Hanks lui jette une couvrante sur les épaules et la dirige vers une cellule de soutien psychologique. (Libé, à propos de... vous devinez).

(Roth vient) de rencontrer quelques journalistes de radio et de presse écrite, dont Charles McGrath, du New York Times. Son portrait, admiratif, dans l'édition du 25 avril, était suivi, le lendemain, d'un article particulièrement fielleux et plutôt médiocre de la critique maison, Michiko Kakutani, connue pour détester les contemporains qui comptent - la France possède aussi de semblables personnages. Roth n'en conçoit ni étonnement ni colère. A peine un regard malicieux - probablement content d'avoir entendu qualifier ce travail de fielleux et médiocre. Et puis un grand rire. (Le Monde, à propos du dernier Roth)

Le spectre est large, et c'est un peu facile, je sais, mais je suis fatigué. Donc, devinette, quel est le point commun entre l'hilarante critique du DVC par Libé, et le récit de la rencontre "à New York" (wa wa wa) entre le grand Philip Roth et la célèbre "Jo. S." du Monde des livres ? C'est facile, la réponse est dans le titre : ce sont des critiques qui parlent autant d'eux que de ceux qu'ils lisent, voient ou rencontre.

Dans le cas de libé, c'était tentant d'ironiser à propos du nanar attendu, de tomber avec bonheur dans la démolition, et d'apporter encore un exemple de divorce entre la critique et le bon peuple ! Comme le dit un fan du film sur Allociné, où les adolescents incultes n'hésitent pas à parler de "très grand film", "n'ecoutez pas les critiques des journalistes (ils sont payés par le vatican ou quoi ?)" Bien vu. Evidemment, le texte en dit plus sur libé, avec son snobisme humoristique et sa culture de la vanne acérée qui ont bon an mal an remplacé toute vraie subversion politique, que sur le navet, sauf qu'on en connait désormais la fin.

Dans le cas du Monde, notez ce passage fielleux contre la confrère "fiellieuse", "critique maison" qui contrairement à Savigneau, "déteste les contemporains qui comptent" ; mais venant d'une fan de Sollers, de Houellebecq et d'autres écrivains "qui comptent", on se demande comment Roth devra le prendre, lui qui passe désormais, bien malgré lui j'imagine, pour le copain de Tyrannie. A la lire mettre en scène cette relation de connivence, on retrouve presque la tonalité racoleuse des titres de Public, "magnifique expérience romanesque", phrase interjetée sans verbe, valant bien "Magalie : j'ai enfin largué Ludo" : comme dans le cas précédent, l'éloge vaut presque dégradation.

Couvertures

Ce matin, dans le métro, une pub pour Public, qui reproduit simplement la couverture ; pas besoin de l'acheter et de se faire couillonner de quelques euros cette fois-ci, puisque tout est déjà dessus, et que l'effet alléchant qui devrait s'emparer de moi (Britney va-t-elle vraiment larguer son mec ?) ne fonctionne pas à plein. Bon j'avais déjà parlé de ce torchon, mais chaque nouveau numéro me fascine, et pour peu que je sois debout et pas loin de l'affreux carton pendouillant dans la rame, je ne peux pas regarder à côté.

Il y a dans la presse une l'espèce de continuum inévitable qui va du magazine bas de gamme aux tirages de prestige, et qui voit systématiquement la taille s'agrandir alors que la photo s'unifie et que le titre disparait ; d'un côté, Public, ou autres, douze images jetées en pêle-mêle, officielles ou façon photos volées, des titres avec toutes les typos et toutes les couleurs, des flèches comme dans un powerpoint de débutant, et bien sûr la fameuse tonalité "complice". De l'autre, rien, une belle photo, un titre en caractères classiques, une petite accroche et stop, aller plus loin serait vulgaire, vive le minimalisme bien pratique puisque toujours chic.

Même différence entre les images volées des stars à Cannes, entourées de gardes du corps et en train (généralement) de se baisser pour rentrer dans une limousine, et la belle une du cahier cinéma du Monde de ce soir, les deux almodovariennes en noir et blanc dans un flou trop soigné pour être tout à fait sincère. Ce grand écart dans le sens du goût, ou du plaisant (rien ne me dit que la lectrice de Public trouve la couverture jolie), parle mieux que tous les sondages du monde sur la coupure de classe qui semble s'aggraver, alors que chaque code culturel, vrai trash ou faux chic, se replie sur lui-même.

J'aurais pas dû acheter l'Obs

Il faut se souvenir de l'époque de Balladur ; déjà c'est une leçon encore vive pour les spécialistes des élections gagnées d'avance, et l'on peut encore se demander quelle lubie, quel aveuglement à pu conduire journalistes et sondagiers à accorder foi aux égarements du peuple, un instant séduit par ce goût de restauration et ces manières de contre-réforme : il y a des modes curieuses dont on s'étonne, des années après, non du mauvais goût, mais de ce que personne ne l'ait perçu comme tel.

A l'époque, donc, il y avait tout un champ médiatique de la "pensée unique" ; tout le monde gueulait contre elle, et ses promoteurs parmi les premiers, au point qu'il sortait tous les mois des essais politiques appelant à un retour immédiat au keynesianisme, souvent ornés d'un bandeau rouge "en finir avec la pensée unique" ou encore "des idées !". Et pourtant la pauvreté de la pensée était confondante, et ce ne sont pas les derniers feux d'un Bourdieu en mode vulgarisateur qui pouvaient y changer grand chose.

En cette nouvelle fin de règne, la "pensée unique" s'appelle aujourd'hui "néolibéralisme", et tout le monde s'érige contre, au moins en parole. Et pour sortir de cette confrontation étouffante entre les amoureux des facteurs en zone rurale et ceux qui rêvent de moderniser la France à coup d'espaces commerciaux, il est toujours tentant d'aller voir ailleurs s'il n'y a pas, justement, d'autres idées. De quoi surfer entre le centre et la gauche morale, par exemple.

Et c'est comme ça que je me suis fait avoir par le Nouvel Obs. Evidemment, diront les amoureux d'Acrimed et du Diplo, qui savent combien les hebdomadaires français sont pathétiques (et je passe l'essai de la Porsche où le journaliste raconte comment, étudiant chevelu en mai 68, il s'est fait prendre en stop par un richard décadent en 911 : tout le devenir du gauchisme est compris dans cette anecdote). Mais bon, la couve était alléchante, avec toute la bande de la République des idées dont tout le monde me parle en ce moment. Et j'ai perdu 3 euros.

Comme toujours, au lieu d'avoir un vrai article, ou quelque chose à lire, on a l'impression de parcourir une disserte de bac blanc écrite dans le quart d'heure précédant la fin de l'exam ; le champ balayé est très large, tout est mentionné, mais rien n'est vraiment écrit, comme si le plan détaillé suffisait. C'est encore tolérable quand on lit, au sortir de la sieste d'été, l'article annuel sur la psychanalyse, les secrets des francs maçons ou la sexualité des Français ; c'est pathétique quand le papier parle du renouveau des idées de gauche, et qu'au lieu d'un vrai travail intellectuel, le gros mot, on se coltine un pauvre résumé de la généalogie de cette "nouvelle génération" esquissée à grands traits caricaturaux, avant d'être expédiée dans des fiches de 20 lignes.

Du coup, avec cette presse veule, les bouquins à jaquette rouge ont encore de beaux jours en librairie.

Qui est le traitre ?

Si, pour exister politiquement, il faut aujourd'hui trahir ses amis politiques, alors vraiment la politique est tombée bien bas.

C'est du Debré, et comme souvent, il faut le relire pour le croire. Alors que la période barbouzarde bat son plein, et qu'elle ne constitue finalement que la dernière étape d'une longue série de crises allant toutes dans le même sens, le pourrissement conjoint de Chirac et des institutions de la Vème, Debré s'indigne. Alors que finalement c'est la notion même de politique qui devient synonyme de saloperie, au point qu'il est impossible d'en parler sans affronter cynisme et défiance de la part de presque tout le monde, Debré, lui, trouve que "la politique est tombée bien bas" parce que Bayrou vote la censure de ce "gouvernement".

S'il y a un signe que "la politique est tombée bien bas", c'est bien celui-là, trouver normal que des députés godillots renouvellent les yeux fermés leur confiance à ce système en faillite, histoire d'avoir une chance de sauver leur poste et leurs grasses indemnités, et s'indigner quand l'UDF fait ce que tous devraient faire en refusant (symboliquement) de continuer avec ce pouvoir décati.

S'il y a un autre signe qui va dans le même sens, c'est que tous les journalistes politiques, au lieu de voir l'évidence de cette motion de censure, sont tout fiers de penser à trois coups d'avance les stratégies cachées des hommes politiques : ils nous apprennent, oh surprise, qu'ils sont ambitieux, et comme Debré, renvoient Bayrou à l'échéance présidentielle. Pour aller plus loin, ils racontent que la droite explose, ou se suicide, et s'en réjouissent presque : leur fonds de commerce réside dans l'étalement au grand jour de ces petites querelles de merde, tout en s'indignant que la France vote de plus en plus FN.

Personne n'est naïf, et chacun voit où est l'intérêt de Bayrou, mais qui se rend compte que pour une fois il s'agit aussi de sauver ce qui reste d'honneur dans notre système, plutôt que de se contenter une fois encore de fermer les yeux, en se rassurant à bon compte par le souvenir des crasses mitterrandiennes ou gaullistes, qui marquent toujours les fins de règnes ?

Debré, démission !

Ecrans

Finalement le nouveau supplément de libé n'est pas mal, et ne se limite pas qu'à un concept marketing à la con style "convergence", à un Entrevue pour bobos, ou aux quelques pages pourries illustrées de gadgets. Certes, ces numéros pilotes sont toujours trop riches et trop bien conçus pour être tout à fait honnêtes, et on jugera sur la durée.

En attendant je suis bien content d'y lire un papier de Dominique Quessada sur les pubs 118. J'en avais parlé, comme à peu près tout le monde, dégoûté par cette déferlante débile et violente, mais Quessada va plus loin ; pour lui, la mort du 12 symbolise la mainmise du privé sur un totem du service public (même s'il était devenu ringard et cher) - et la répétition aberrante, quand chaque campagne se comporte comme si elle était unique ("les renseignements, maintenant, c'est le 118-ta mère"), traduit la volonté de se placer pour chacune en nouveau monopole.

En extrapolant à partir d'un coup (le village du Cantal, Douze, rebaptisé 118 quelque chose), cela donne une réflexion intéressante sur la pub :

La publicité conçoit la société toute entière comme un média, une surface d'inscription de ses messages (...) Pour cela, le discours publicitaire dissout les frontières, entre l'espace public et l'espace privé notamment. Il entre ainsi en concurrence avec le discours politique comme seul discours apte à rendre compte du collectif. Dans l'exemple que vous citez, c'est littéral : on prend le panneau d'un village qui porte le nom du service ancien mis à la poubelle (le collectif, le public, et derrière, le politique) et on le remplace par le nouveau nom-numéro (le privé, l'efficace, et derrière la communication comme nouveau mode de régulation) (...) Derrière cette mise en scène, on démontre l'efficacité du discours publicitaire à prendre en charge la gestion du collectif. A la place du politique qui incarne l'ordre ancien, dépassé et poussiéreux.

C'est très juste, et cette analyse pourrait s'appliquer à d'autre forme de discours : quelle est la légitimité du discours scolaire devant le discours publicitaire, comment peut-on encore capter l'attention par des propos construits quand la référence du nouvel espace public (qui est l'espace privé) rivalise de séduction et de détournement pour ne surtout pas aller au fond ? Et quant à la prétention d'efficacité qui sous-tend toute les privatisations, jusqu'à l'absurde comme dans ce cas, elle n'est jamais autant démontrée que symbolisée, l'ancien contre le nouveau, le ringard contre le rapide, etc.

Pour raisonner tout à fait justement, il faudrait aussi analyser les représentations un peu fantasmatiques du service public dans la psychée de gauche ; peut-être que sous la déferlante du langage de l'efficacité et de la vitesse, les défenseurs du public n'ont pas d'autre choix que de rentrer dans une défense symbolique qui finit elle aussi par faire fi de la réalité du terrain...

Croissance

Madame, Monsieur,

Les évolutions des deux entreprises Gaz de France et EDF (EDF et Gaz de France) les conduisent à séparer vos factures de gaz et d'électricité (d'électricité et de gaz). C'est pourquoi vous recevez ci-joint votre facture de gaz (d'électricité) ; votre facture d'électricité (de gaz) vous est adressée parallèlement par EDF (GDF).

Hop, deux factures au lieu d'une, deux chèques différents, deux fois plus de papier et de courrier pour la poste. Bien sûr, les deux lettres sont adressées par la même agence, "EDF Gaz de France distribution", et, je l'espère, le relevé sera effectué par le même préposé. Enfin pour l'instant, car à terme, n'en doutons pas, "les évolutions des deux entreprises" les conduiront à avoir chacune son réseau de releveurs, pour des visites deux fois plus rapides avec deux fois plus de temps de déplacement ou de kilomètres parcourus. De jolies non-synergies en perspective.

Ce n'est pas tant la privatisation qui me dérange que cette volonté très corporate d'exister en son nom propre, avec sa jolie marque bien à soi et son joli logo qui va avec, qu'il serait absolument impossible de laisser co-exister sur le même document, vous imaginez la confusion des petits actionnaires d'EDF ou du groupe qui rachetera bientôt GDF. Partout les boites essayent de grossir pour faire des économies, mais quand on est sur des marchés captifs, autant la jouer perso, histoire d'imposer à ses clients les inconvénients du monopole, et ceux du capitalisme.


Les affaires de Chirac semblent stagner ce week-end, alors que le PS, pour des raisons de stratégie électoraliste, tient à se désolidariser de l'initiative de six de ses députés contre Chirac ; hélas il n'échappe à personne que ce sont ces mêmes raisons qui conduisent la politique française à la faillite, ces petits calculs mesquins ayant un rôle tout aussi morbide que les barbouzeries métastatiques du gaullisme en stade terminal.

Pendant ce temps, comme le signale le Dr Demembrator, il existe une initiative similaire et aboutie de l'autre côté de l'Atlantique, ITMFA (pour Impeach the Motherfucker Already, variation sur le célèbre DTMFA), avec le côté ludique de nos cousins en plus (quels grands enfants, vraiment) et, pourtant, des idées de logo assez similaires. Cela ne sert à rien, disent déjà les cyniques. Ils ont raison, autant se tuer tout de suite.

Taper le blaireau au portefeuille

C'est mesuré par l'IFOP, dans un de ces sondages dont on se demande s'ils servent plus à connaître une niche marketing que les opinions de certains "citoyens" automobilistes : 40% des conducteurs de 4 x 4 sont "très inquiets et très préoccupés par la protection de l'environnement", contre 60% des Français en général. 20 points de moins, bravo. Et encore on sent que les tabous ne sont pas entièrement levés, car cela fait toujours beaucoup de gens pris en contradiction flagrante, super préoccupés et super pollueurs.

Cela montre une chose, très clairement : que la morale, au moins dans ce cas, ne sert à rien ; culpabiliser ceux qui polluent un peu plus que les autres, c'est une perte de temps, qui conduit naturellement à ce que les porcs assument, et changent de préocuppation. Les enjeux derrière l'achat de ce genre de bagnoles sont bien trop importants pour être perturbés par une mauvaise conscience écolo, et le stigmate est facile à retourner. Il est d'ailleurs inutile de rentrer dans des discussions avec les possesseurs de grosses voitures, qui essayent toujours d'expliquer qu'ils ne polluent pas plus, avant de conclure que les critiques sont jaloux. Quant aux "mesures" annoncées par le gouvernenement, une taxe ridicule sur les cartes grises qui augmente le coût d'achat de l'épaisseur du trait, juste assez pour énerver les bagnoleux, ou les jolies étiquettes de couleur réservées elles-aussi aux voitures neuves : toutes deux sont évidemment risibles.

La seule chose qui compte, face au plaisir d'être plus haut que les autres et d'avoir un plus gros cul (la caisse étant, en cette instance, l'inverse du téléphone portable), ou de passer pour plus riche qu'on ne l'est, c'est l'argent. Ce gouvernement sans pouvoir n'a jamais eu le courage d'instaurer une pénalité à l'achat (le fameux bonus-malus) un peu substantielle, mais je n'oublie pas non plus que c'est le PS qui a supprimé la vignette, le seul impot proportionnel, avec la consommation d'essence, sur la voiture. Pourtant, une vignette basée sur l'émission de polluants aurait pas mal d'avantages ; déjà elle réduirait à néant les mauvaises excuses des gros culs qui se plaignent en permanence de la stigmatisation jalouse, puisque tous les pollueurs, en coupé sport ou en pneus neiges, seraient logés à la même enseigne.

Mais surtout il s'agirait d'une mesure à la fois symbolique et utile, facile à mettre en place si l'on exonère les voitures "normales". Utile parce qu'elle serait réellement dissuasive (et plus encore si l'on sponsorisait les voitures propres), et symbolique, comme une sorte d'ISF de la caisse, un retour des lois somptuaires, qui paradoxalement rendrait presque service aux gros riches en rendant à nouveau inabordable le plaisir de conduire une tire qui suce trop.


Tout cela est un rien trivial, je sais. Je n'oublie pas ma nouvelle cause perdue, la démission de Chirac ; je note que cela semble faire des progrès, aussi bien chez Birenbaum qui a mis en place une sorte de compte à rebours de l'éxécutif, que chez les éditorialistes : comme le dit l'infatigable Antoine de Gaudemar dans libé :

On a du mal à imaginer comment, dans une telle atmosphère de pourrissement, (Chirac) peut terminer son mandat, au cours duquel il n'a cessé d'aggraver le malentendu inhérent à sa réélection (...) A tel point que la proposition d'élections anticipées, inaudible il y a quelques semaines, prend de la consistance, même si elle a peu de chances d'aboutir tant elle dérange les états-majors des partis pris dans leurs propres intrigues de pouvoir.

Ca avance, mais les éditos ne pèseront pas grand chose face à la coupe du monde. Il faut agir. Si quelqu'un est graphiste, ça serait sympa de faire un petit bagde "Chirac démission !" pour décorer les blogs ; je suis nul en photoshop.

Chirac démission !

Je sais, je me répète, mais combien de temps allons nous devoir rester là, cyniques et passifs, à attendre les nouveaux développements de l'affaire du jour, dont le tarissement probable ne parviendra pas à faire oublier la faillite du système Chirac ? Les appels à la démission en provenance de personnalités comme Kouchner, Blanc, (parait-il) Boutin ou maintenant une timide tentative du PS, ne suffiront jamais, pas plus que le consensus des éditorialistes qui ne se font pas prier pour tirer sur l'ambulance - au point que la cote des deux naufragés de l'exécutif remonte déjà. Mystère des sondages.

Or aujourd'hui tout le monde se demande si Sarko va devenir premier ministre. On s'en fout ! Que ferait-il pendant un an, en pleine campagne électorale, sinon se demander à quel moment exactement il devra quitter son poste pour maximiser son image de rupture ? Le fait que cette hypothèse grotesque soit simplement évoquée en dit long sur le pourrissement de nos pratiques institutionnelles comme du degré zéro de journalisme de cour en place aujourd'hui.

Mais bon : on ne fera rien de plus. Pas de pétition, pas de manif. Je vais bien essayer d'en pondre une (de pétition) et de la faire tourner, mais à ce niveau d'influence c'est à peu près certainement destiné à la faillite, alors que c'est bien l'unique solution pour démarrer un hypothétique mouvement. Quant aux manifs, à moins d'aller rejoindre les avants gardes (pour en parler de façon positive) de la contestation anarcho-précaire, je n'imagine pas les gens sacrifier un samedi après midi pour dire, simplement, que Chirac ça suffit, sentiment pourtant largement partagé si l'on en croit les sondages ou les discussions de comptoir.

Donc, après avoir maté la révolution orange (dans ses différentes déclinaisons) et le Népal dans la rue, à quand le putsch citoyen ? Qui irait défiler pour la démission immédiate de Chirac ?

Humour de blonde

Vu sur la couv du Fig d'hier, une insertion de pub pour une BD intitulée "les blondes", avec un dessin humoristique. Que je vous raconte :
- Femme brune, l'air concerné, lisant un journal concerné (le fig), à voix haute : "il y a 61 ans... l'armistice... 8 mai"
- Pouffe blonde en minijupe et string apparent : "oui mais quoi ?"
Et l'accroche : "les blondes, elles sont plus fortes en blagues qu'en Histoire".
On peut encore la refaire, tellement elle est bonne (un certain Guillaume est d'ailleurs crédité discrètement pour l'astuce avec un joli thx + smiley du plus bel effet) : "8 mai " / "oui mais quoi". Mort de rire.

Bien sûr, ce qui m'énerve, ce n'est pas la nullité de la blague, d'ailleurs improbable (qui prononce "huit" comme "oui" ?), ni l'espèce de bêtise machiste déjà dénoncée 300 fois ; c'est plutôt de voir à l'oeuvre cette tentative de mise à distance de la connerie, à travers le personnage caricatural de la blonde, et la transformation d'une culture minimale en air de triomphe. Ce dont on rigole, c'est bien de cette cruchasse qui ne connait même pas la date du 8 mai, ou le mot armistice, mais typiquement on en rit parce qu'en général on ne connaît que ça.

En effet, la dénonciation, lourde de second degré, de l'inculture et de la superficialité, toutes deux incarnées dans le personnage de "la blonde", n'est pas prise comme telle ; on ne rit pas à travers elle de la bêtise généralisée de l'époque, on se rassure plutôt à bon compte. Pourtant, si la connerie est bien présente dans ce dessin idiot, elle l'est plus sûrement dans l'air soucieux et concerné de "la brune", marque de l'idiotie pontifiante qui prend un air grave à l'évocation de l'histoire (pardon, l'Histoire, avec un H) mais sans jamais aller plus loin, à la façon d'un présentateur de JT paré de sa grimace de curé soucieux quand il annonce les 30 secondes d'actualités internationales. Comme les images de guerre, le but n'est absolument pas la compréhension du monde, mais la hiérarchie des normes, ce rappel qu'il y a des choses tristes mais dont on peut se foutre totalement tant qu'on en reconnaît, pour mieux l'oublier, l'importance et le caractère "sérieux".

Ainsi le nouveau masque de la connerie n'est pas dans l'inculture crasse, qui a au moins le mérite de se reconnaître ignorante, il est dans la fausse culture qui prétend savoir, dans la culture d'almanach dont se repaissent les mongoliens qui ont gardé de l'école quelques souvenirs de dates sans rien ne comprendre de plus, les mêmes qui se vantent de savoir dire comment on doit appeler les habitants de n'importe quel bled paumé à nom composé, et en fin de compte les mêmes qui se gaussent de l'équivalence Racine - couscous, en se gonflant de fierté à l'évocation du grand écrivain, génie français dont ils n'ont pas lu et ne liront jamais la moindre pièce, quelques extraits tiré du dictionnaire des citations mis à part.

Ca va être très dur

Alors que le pays s’enfonce dans une crise politique sans précédent, Ségolène Royal incarne aujourd’hui une espérance de changement. Bien au-delà des seuls militants et électeurs socialistes.

Ordre juste, sécurité durable, égalité réelle, efficacité économique, démocratie participative, morale des comportements politiques… Ségolène Royal cristallise un désir d’avenir.

Non, ce n'est pas un pastiche, c'est le début de la newsletter - numéro 4 - de Désir d'avenir. Le programme politique au pipotron, quoique "ordre juste et sécurité durable" donne mieux que "justice sécuritaire et ordre durable". Notez aussi l'alternance rythmée faite de mots LQR vides de sens, des mauvais slogans de pub d'une autre époque.

Bref, cette adhésion à 20 euros va me mettre devant des choix déplaisants : Fabius ou Royal ? Dinosaure oligarque ou ménagère de moins de 50 ans ? Programme d'arrière garde ou pipo communicationnel ? Charybde ou Scylla ?

Parce qu'on le veut bien

J'ai déjà parlé de l'Affaire, et je m'amuse de voir chaque jour le Monde travailler à la dévillepinisation ; on sent que ce journal, qui avait pourtant viré sa cuti "investigation" avec le départ de Plenel, voudrait bien avoir son Watergate à lui tout seul. Quelle joie de pouvoir laisser filer les pièces du dossier une à une, même si, comme le note Versac, l'ensemble en devient incompréhensible pour le commun des mortels.

Donc chaque jour le titre du Monde est plus rigolo ; mardi c'était (de mémoire) "Villepin refuse de démissionner" et cet après midi c'est "Chirac espère sauver son premier ministre". A ce rythme, on lira bientôt on lira quelque chose comme "Villepin recule encore devant une démission inévitable". Et je n'ose pas lire ce qu'il y a derrière cette phrase angoissante, qui n'est pas une invention : "à l'Elysée, le retour de Juppé est attendu avec impatience". De plus en plus fort.

Le problème, c'est que demander la peau du fusible carbonisé Villepin (comme son prédécesseur), par presse interposée de surcroît, ne nous mènera pas loin ; écrire des tribunes outrées comme Duhamel dans libé ne changera pas grand chose non plus :

Quel est le pays où jamais un Conseil des ministres ne débat de rien, où les séminaires gouvernementaux sont des jeux de rôle, où le président de la République se dispense d'expliquer sa politique à ses concitoyens, où il est à la fois l'arbitre suprême et l'acteur principal, où le gouvernement n'est réellement responsable que devant l'homme de l'Elysée (...)

Tout à fait d'accord avec Alain ; et demain, on prend les mêmes et on recommence ?

Je ne vois pas comment les médias peuvent croire qu'ils vont destabiliser le pouvoir alors qu'ils n'ont finalement qu'un impact sur les sondages de popularité, et éventuellement sur le score du FN. Ce n'est pas une raison pour qu'ils la ferment, au contraire, mais rien de cette dernière histoire ne pourra atteindre l'exécutif barricadé en attendant que passe l'orage. Idem pour les appels, masqués ou non, à la démission de Chirac : pourquoi se priver quand les mots sont gratuits ?

Je ne supporte plus de voir que tout le monde, au delà des protestations de principe, se prépare à passer une année électorale pourrie histoire que le vieux aille au bout de son mandat. C'est à nous, au peuple, de reprendre le pouvoir qu'on a confié à ce margoulin. Je ne sais pas qui aura la force de construire un mouvement anti-Chirac avec pétition et manifestations de rue, mais cela me parait urgent de s'y mettre, plutôt que de rejoindre la cohorte des râleurs de principe et des désabusés de la politique dans un classique "tous pourris".

Des volontaires pour lancer une pétition pour des élections anticipées ?

Evo Power

Rien de tel qu'un week-end à La Havane entre Fidel Castro et Hugo Chavez pour en finir avec les hésitations.

Très juste, le fig. Hop, le gaz naturel, nationalisé et les champs de production occupés par l'armée, histoire de construire un rapport de force favorable avec les compagnies pétrolières étrangères avant d'entamer de nouvelles négociations. Notons que si libé publie un interview "fan de", le fig lui même, pourtant peu suspect d'amours castristes, note qu'"en privé, certains dirigeants des compagnies étrangères reconnaissent que cette équité a trop longtemps été absente des contrats boliviens".

Si quelques journalistes de marché rappellent quand même que les compagnies sont utiles pour investir, ou qu'un tel mouvement risque d'effrayer les autres entreprises étrangères, on attend toujours une défense en bonne forme du capitalisme naturel : où sont les couplets sur la spoliation ? Où peut-on lire la défense de Lula et de Zapatero, hommes de gauche mais ici surtout soucieux de préserver les intérêts de leurs compagnies d'exploitation ? Où est simplement la défense de la propriété privée ? Rien.

Il n'y a rien parce que la mainmise sur les ressources naturelles boliviennes (certes, à une époque où les revenus tirés n'étaient pas aussi massifs) constituait un scandale indéfendable ; mais il a fallu la manière forte et l'armée pour qu'enfin le peuple bolivien puisse poser ses conditions - en espérant que ce soit bien le peuple qui en tire bénéfice... Jusqu'ici, on se doute que les élites chassées du pouvoir par les mouvements populaires ont, à leur manière, bien profité de la manne des hydrocarbures, et n'étaient pas pressées de mieux négocier.

Certes, c'est la rareté du gaz qui confère du pouvoir au nouveau président bolivien, ou à son copain Chavez ; le modèle n'est pas tellement réplicable pour les cultivateurs de canne à sucre des caraïbes soviétiques, ou pour ceux qui font pousser le café qu'ils vendent moins cher que son prix de production. Mais je pense que ce principe de souverainté sur les biens publics pourrait s'appliquer ailleurs : qui était là pour reprocher à Messier de se servir de la rente sur la flotte afin de financer des acquisitions à dix fois le prix sur le marché américain, le tout pour assouvir ses rêves de starlette ? Qui se souvient que les compagnies pharmaceutiques prospèrent sur la sécu ou les assurances pour rembourser leurs dépenses de marketing (les congrès au soleil des médecins) et servir leurs dividendes massifs ?

Evo Morales nous rappelle simplement que la force prime toujours sur le droit ; c'est un exercice risqué, comme l'a vu Mugabe qui, en expropriant les fermiers blancs, a acceléré la ruine du Zimbabwe, mais c'est une voie qu'il faudrait toujours explorer.

Vie de merde (fatigué)

C'est souvent quand on est fatigué que la vraie mesure de notre affliction nous apparaît sans fard ; et c'est dans ces moments que j'en viens à vraiment haïr le système économique qui d'ordinaire me nourrit, et plutôt pas mal par rapport à d'autres. Il y a un moment où l'enthousiasme manque dans la course à la thune et aux plus belles fringues et aux chaussures italiennes cousues main, au point qu'il apparaît incompréhensible d'être capable, le reste du temps, de rêver en permanance à cela et aux autres désirs qui nous traversent, d'un appart plus grand à des vacances plus lointaines ; cela quand, encore heureux, nos rêves ne portent que sur des choses matérielles, et que la tentation d'instrumentaliser les autres comme signe de sa réussite ou de sa position ne se fait pas trop forte.

C'est aussi maintenant, à travers la fatigue, que se révèle la pleine absurdité de la vie moderne ; bosser dans des cages climatisées, polluer sur le périph ou s'entasser dans un wagon à bestiaux, n'avoir que deux heures de lucidité le soir avant de tomber de fatigue, et ainsi de suite, et c'est un privilège, encore, celui de la frange petite bourgeoise de la population. Le pire, c'est que la plupart des gens se font cette reflexion en permanence, et la gardent pour eux par peur de pourrir la vie des autres, qui paraissent toujours plus enjoués, et contents de leur sort. Et ne me parlez pas de la banalité flagrante de ce constat, ou des réponses imbéciles qui s'imaginent que c'était différent "avant", mieux ou moins bien, paysans heureux proches de la nature ou serfs exploités dans la fange, la vérité est dans l'oeil de celui qui regarde.

Seul inconvénient : ne rien pouvoir y faire. Je ne crois pas à l'exil campagnard, ni aux contrées lointaines, qui ne font que changer le cadre du décor, ou ressemblent trop à ces solutions individuelles de petits malins qui se construisent leur pré carré loin des autres, ou contre eux. Je ne crois plus à une politique qui viendrait remettre le système à l'endroit, ni aux petites mesures d'accompagnement que mon nouveau parti ne manquera pas de proposer. Seul maigre espoir, retrouver un peu d'élan collectif, histoire de nous distraire, et d'avoir un horizon commun ; il ne faut pas être pressé.

En réponse à ce petit spleen, les éloges de la vraie vie, l'amour, les potes, l'alcool, tout ça, sonnent encore un peu creux, comme si ces choses s'usaient à force d'être convoquées comme des bouées, ou comme si le "système" lui-même finissait par nous priver de toute sensibilité. Restent les remèdes physiques, se coucher et repartir de plus belle le lendemain. Ca marche super bien, mais pour combien de temps ?

Bousculer les retraités du PS

Il faut être motivé pour vérifier soi-même si "le PS vu de près ça ressemble à une buvette pleine de retraités (ou quasi retraités) bien hargneux, bien fiers d'eux (ouaw t'as vu je suis sous-secrétaire de section!), avec des idées que tu connais déjà par coeur si tu regarde le JT", comme le dit Pedro. Je le dis tout de suite, je suis sûr qu'il a raison, j'ai déjà entendu les récits dégoûtés d'amis pleins d'enthousiasme post-21 avril qui se sont retrouvés marginalisés dans un marigot de crabes accrochés à leurs responsabilités lilliputiennes.

Il se trouve que c'est justement pour ça que j'y vais ; pas pour vérifier si la section PS de mon quartier est bien gauche caviar comme je l'aime, et s'ils méprisent les nouveaux adhérents qui en plus ne payent pas 1% de leur salaire pour avoir droit au sauciflard, et au droit de répandre la parole hollandaise sur des tracts trop courts dans des marchés que plus personne ne fréquente. D'ailleurs c'est du boulot, rendons au moins cela aux militants en poste, ils donnent du temps pour la cause.

J'y vais parce que, comme le dit un de mes potes qui s'y connaît, "si tu ne t'occupes pas de politique, la politique s'occupe de toi", une phrase à la tonalité trotskarde que j'aime bien. J'y vais parce que pour une fois il n'est pas nécessaire d'aller se traîner devant des anciens préoccupés de verrouiller leur petite section pour avoir l'immense privilège de s'enrôler pour l'un des éléphants. J'y vais parce que le meilleur service à rendre à ces militants historiques et à ceux qui disent que le PS se limite à ses luttes intestines, est bien d'en rester à l'écart, en crachant sur ce parti, de toute façon pas assez antilibéral et pas du tout à gauche, etc.

Peut-être que je n'aurais que le choix de voter entre la candidate des médias et les candidats des apparatchiks, mais c'est déjà quelque chose : malgré les luttes internes, le parti s'est finalement ouvert et a pris le risque d'être dérangé dans son ronronnement par des néophytes. C'est la seule voie possible, l'ouverture plutôt que la mort par étouffement.

Il ne faut pas grand monde pour faire exploser le PS et le transformer en un vrai parti de militants, qui voteront au-delà des consignes des responsables de sections. Combien d'adhérents à 20 euros pour détourner la machine, pour la rendre au peuple de gauche ? 50 000 peut-être, 50 000 et le choix du programme et du candidat ne sera pas laissé aux tractations internes, ni aux calculs savants de positionnement à coups de sondages d'opinion.

Tant qu'à faire, j'engage tout le monde à faire comme moi ; pas forcément au PS, bien sûr, chez les Verts, à la LCR, à l'UDF pour nos amis de droite, n'importe où, mais là où il ne faut pas laisser la politique aux professionnels du grenouillage et du tripatouillage idéologique.