Oublier la banlieue
Par Guillermo, le mardi 28 février 2006 :: Politique
Il y a des dépêches AFP qui réjouissent le blogueur en manque de temps ou d'inspiration ; celle-ci en est une : La France assurera une forte présence pour le 400e anniversaire de Québec :
M. Raffarin a effectué une visite au Canada et au Québec, destinée notamment à préparer la participation française aux festivités du 400e anniversaire de la ville de Québec, fondée en 1608 par Samuel de Champlain. (...)
Soulignant que l'image de la France a souffert ces derniers temps, notamment en raison de la perception à l'étranger de la crise des banlieues, le sénateur de la Vienne, a fait valoir que "l'image de la France dans le monde, doit redevenir une priorité pour la France". "Tous les grands événements internationaux doivent être l'occasion d'exprimer les idées et les réussites françaises", a-t-il dit.
Aller célébrer l'anniversaire d'une ville que l'on a ensuite faiblement abandonné aux anglais (amis Québécois, corrigez-moi si je me trompe) et la ramener 4 siècles après pour tenter de faire oublier le mépris sourd que nous entretenons, ou au moins avons longtemps entretenu, envers nos cousins américains, passe encore. Idem quant au fait que le Québec devienne la nouvelle traversée du désert pour les premiers ministres carbonisés par le cumulard Chirac.
Mais que cet évènement serve de tribune pour "exprimer les idées et les réussites françaises", venant d'un expert en la matière, ça me fait bien rire. Je ne parviens pas à trouver d'évènement plus à même de faire oublier la crise des banlieues (d'ailleurs déjà parfaitement oubliée en France, puisque plus rien n'est fait pour le 93) que la célébration de l'anniversaire de Québec ; je vois déjà les journalistes anglo-saxons, perfides comme à leur habitude, retranscrire poliment les grands moulinets gaulliens d'un Raffarin, d'un Villepin ou d'un Chirac, assortis des habituelles leçons de morale politique, ou de l'exemple de la "colonisation positive" du St Laurent, tandis qu'ils rappelleront combien ils faisaient moins les fiers quand les bagnoles brûlaient.
Raffarin n'a jamais cessé d'être ridicule, et il le prouve encore. Mais on ne devrait pas le laisser récupérer les restes de sympathie que les Québécois éprouvent pour nous pour tenter de laver l'honneur blessé de la France ; l'anniversaire de Québec mérite vraiment mieux que ça.
