A propos
radical chic

Oublier la banlieue

Il y a des dépêches AFP qui réjouissent le blogueur en manque de temps ou d'inspiration ; celle-ci en est une : La France assurera une forte présence pour le 400e anniversaire de Québec :

M. Raffarin a effectué une visite au Canada et au Québec, destinée notamment à préparer la participation française aux festivités du 400e anniversaire de la ville de Québec, fondée en 1608 par Samuel de Champlain. (...)

Soulignant que l'image de la France a souffert ces derniers temps, notamment en raison de la perception à l'étranger de la crise des banlieues, le sénateur de la Vienne, a fait valoir que "l'image de la France dans le monde, doit redevenir une priorité pour la France". "Tous les grands événements internationaux doivent être l'occasion d'exprimer les idées et les réussites françaises", a-t-il dit.

Aller célébrer l'anniversaire d'une ville que l'on a ensuite faiblement abandonné aux anglais (amis Québécois, corrigez-moi si je me trompe) et la ramener 4 siècles après pour tenter de faire oublier le mépris sourd que nous entretenons, ou au moins avons longtemps entretenu, envers nos cousins américains, passe encore. Idem quant au fait que le Québec devienne la nouvelle traversée du désert pour les premiers ministres carbonisés par le cumulard Chirac.

Mais que cet évènement serve de tribune pour "exprimer les idées et les réussites françaises", venant d'un expert en la matière, ça me fait bien rire. Je ne parviens pas à trouver d'évènement plus à même de faire oublier la crise des banlieues (d'ailleurs déjà parfaitement oubliée en France, puisque plus rien n'est fait pour le 93) que la célébration de l'anniversaire de Québec ; je vois déjà les journalistes anglo-saxons, perfides comme à leur habitude, retranscrire poliment les grands moulinets gaulliens d'un Raffarin, d'un Villepin ou d'un Chirac, assortis des habituelles leçons de morale politique, ou de l'exemple de la "colonisation positive" du St Laurent, tandis qu'ils rappelleront combien ils faisaient moins les fiers quand les bagnoles brûlaient.

Raffarin n'a jamais cessé d'être ridicule, et il le prouve encore. Mais on ne devrait pas le laisser récupérer les restes de sympathie que les Québécois éprouvent pour nous pour tenter de laver l'honneur blessé de la France ; l'anniversaire de Québec mérite vraiment mieux que ça.

Petite pause

Décidemment ce n'est pas le meilleur moment pour faire du blog : je reviens dans les jours qui viennent, ou dès que j'ai reglé mes problèmes d'internet domestique (rallonge pour ADSL : RJ11 ou RJ45 ?) En attendant, vous pouvez écrire des conneries dans les commentaires, je ne censurerai pas.

H5N1 (suite)

Oui, potentiellement, cela pourrait être un carnage, mais bon, ce n'est pas encore l'heure, et à moins de travailler dans une exploitation de poulets ou à l'OMS, je ne vois pas qui peut vraiment se sentir concerné. Ce ne sont pas les commentaires sur le dernier billet qui vont me faire changer d'avis : cette psychose est vraiment de trop, surtout aujourd'hui, alors que seules quelques bestioles sont mortes. Mais nous n'avons pas tellement moyen non plus d'échapper au tir de barrage médiatique anxiogène dont l'unique fonction semble de dénombrer les oiseaux morts comme l'automne dernier on comptait les caisses qui brûlaient, et de faire durer la panique aussi longtemps qu'elle sera rentable en terme d'audience.

Puisque tout le monde en parle : le plus comique, c'est d'entendre les gens qui passent leur temps à cloper et à conduire bourrés, en attendant que le portable vissé à l'oreille ne leur grille le cerveau (et je sais de quoi je parle), dire qu'ils ne mangent plus de poulet. C'est, toute proportion gardée, comme les voyageurs qui flippent en avion mais sont tout contents, une fois arrivés, de monter dans un taxi du tiers monde, une bagnole pourrie conduite dans une circulation d'enfer par quelqu'un de suffisamment croyant pour ne plus craindre la mort.

Hélas, les choses avancent toujours par deux, au rythme débile de la fausse contradiction, et le pendant énervant de cette irrationalité est le discours lénifiant des experts qui veulent, eux, nous rassurer. L'épidémie de la mauvaise communication est peut-être plus nocive encore que le virus, et je ne peux pas m'empêcher d'entendre dans les injonctions au calme le calque de ce discours pédagogique façon 29 mai 2005 qui, à force de se mettre à niveau du "peuple" pour lui faire entendre raison, donne toujours l'impression qu'on nous parle comme à des singes.


Sur l'autre sujet médiatique du jour, allez lire l'excellent billet de Hugues, qui hormis un titre peut-être mal trouvé, résume bien cette situation de paranoïa où tout le monde cherche à doser scientifiquement le degré d'antisémitisme du crime : est-ce que c'est juste de la bêtise de croire que juif = thune, est ce que c'est de l'antisémitisme, "par amalgame", "primaire", ou "secondaire" ? Voilà des vraies questions.

Marcelle en forme

Outre les subtilités tactiques de ce jeu-là (le curling), ses horaires de diffusion, dans le mitan siesteux d'un après-midi ou le gras de la matinée, découragent volontiers les patentés guignols préposés aux commentaires ; ainsi nous épargnent-ils leur concert de jappements au drapeau (national) et à la flamme (olympique), leurs vannes à deux balles et leurs graveleux dessous. Sur la piste glacée ainsi balayée des pollutions sonores et marchandes, les gestes du lanceur et les trajectoires du granit se décomposent avec profit dans un ralenti qui semble garant d'une intelligence. Sur le chemin de la «maison», les pierres vont comme des idées dont de vigoureuses personnes, fouettant-frottant la piste, accélèrent ou infléchissent le cours pour les faire entrer dans la fluidité d'une raison où l'actualité se repose dans une harmonie allégorique.

Franchement je n'aime pas toujours le style trop travaillé de Pierre Marcelle, ni ses opinions un rien archéo (il en faut bien un à libé), mais ce texte sur le curling est parfait.

Tiens

Pourquoi ne pas lire l'article du prophète de la fin de l'histoire sur les intellectuels bushistes, dans le New York Times Magazine ? Je l'ai pas vraiment lu jusqu'au bout, mais ça m'a l'air intéressant, notamment :

The way the cold war ended shaped the thinking of supporters of the Iraq war (...) in two ways. First, it seems to have created an expectation that all totalitarian regimes were hollow at the core and would crumble with a small push from outside. The model for this was Romania under the Ceausescus: once the wicked witch was dead, the munchkins would rise up and start singing joyously about their liberation. (...)

This overoptimism about postwar transitions to democracy helps explain the Bush administration's incomprehensible failure to plan adequately for the insurgency that subsequently emerged in Iraq. The war's supporters seemed to think that democracy was a kind of default condition to which societies reverted once the heavy lifting of coercive regime change occurred, rather than a long-term process of institution-building and reform.

Et bien sûr, pour nous autres socialistes, certaines évidences sont bonnes à rappeler :

A major theme running through James Q. Wilson's extensive writings on crime was the idea that you could not lower crime rates by trying to solve deep underlying problems like poverty and racism; effective policies needed to focus on shorter-term measures that went after symptoms of social distress (like subway graffiti or panhandling) rather than root causes.

Sans commentaire.

L'homme russe n'existe pas

Pas le temps de poster, mais en attendant certains liront avec profit ce magnifique papier de Loraine Millot, qu'on a connue mieux inspirée, sur la "fête de l'homme" en Russie. Ce thème pourtant intéressant (ex- "fête du Cadeau rouge", développement de l'image virile dans ce pays un peu autoritaire, etc.) est à peine développé, au profit d'une analyse sociologique de grande qualité :

Un des paradoxes de la Russie, relève Artemi Troitski, est que l'homme continue à y jouer un rôle très dominant, "dans la plus pure tradition asiatique", alors qu'il offre le plus souvent "un spectacle minable de lui-même": "L'homme russe typique, relève ce fin connaisseur, c'est encore et toujours l'ivrogne qui passe son temps avec ses copains, affalé devant la télé, ou occupé à sauter toutes les femmes qui se présentent. L'alternative moderne étant l'homme d'affaires obsédé par son travail et son club de fitness ; je ne sais pas ce qui est le pire."

Le trait marquant de l'homme russe ? "L'infantilisme !", répond du tac au tac Tatiana, elle-même fille et épouse de militaire, et mère d'un jeune conscrit. "Il rentre le soir à la maison, s'installe dans le canapé et attend qu'on s'occupe de lui. Aujourd'hui que ma mère est malade, il ne viendrait pas à l'idée de mon père de faire la cuisine pour elle". (...)

Pour être juste, il faut dire que le rôle de l'homme russe est aussi lourd de contraintes : quand il sort avec une femme, il doit systématiquement payer toutes les additions, aider la dame à enfiler son manteau, courir pour lui ouvrir la porte de la voiture et voler aussi de travail en travail pour assurer la subsistance du couple.

Voila, cela fera un fil de commentaires ouvert pour ceux qui détestent libé et qui ont besoin d'une preuve de la dérive marieclairienne du quotidien.


Et dans le même numéro : Exclusif : c'est reparti entre Ken et Barbie (via Embruns). Décidément.

H5N1

H5N1. Le chiffre de la bête, le code du virus. Rien que ces deux lettres et deux chiffres suffisent à faire peur. Certes, il faut creuser pour comprendre d'ou vient ce nom (merci Wikipedia), mais après tout cela n'a pas d'importance, puisque les sigles finissent toujours par ne plus signifier qu'eux-mêmes.

La vraie fonction de "H5N1" est de renouveler "grippe aviaire", ce truc qu'on nous promet depuis deux ans et qui, à force de ne pas se matérialiser, finissait par perdre son caractère d'épouvantail. "Grippe aviaire" n'a pas la précision clinique du code, ne sonne pas de façon aussi menaçante, le mot grippe lui-même banalise l'affaire, une simple épidémie, pas une pandémie ou, mieux, une épizootie, tout au plus un prétexte pour sécher l'école, rien de sérieux en sorte.

Mais quand le code du virus barre la une du Monde daté d'aujourd'hui, il permet en 4 signes de résumer toute l'affaire, y compris dans ses aspects un rien grotesques (sauvons la filière avicole !), et de sonner l'alarme. Comme toujours, le rabâchage journalistique joue sa crédibilité à coup de termes techniques, et "la première victime du H5N1" (en titre de dépêche, modifiée depuis) sonne décidément mieux que "canard mort de la grippe aviaire". Une fois le mot prononcé, il ne nous reste plus qu'à attendre, bien calé dans notre fauteuil, le développement inéluctable du fléau, tellement annoncé d'avance qu'il semblera peut-être un peu longuet.

Et comme à chaque fois, nous trouverons des gens pour prononcer le code d'un air entendu, d'un air de pro, profitant de l'autorité magique du terme pour mieux annoncer qu'ils ne mangeront plus de poulet.

Spare me, baby (ou les règles du commentaire)

Jusqu'ici je n'osais pas, sauf pour les saloperies racistes, mais depuis quelques jours j'ai craqué. Tant pis pour ma réputation, désormais je censure les commentaires qui me font chier, qui sont hors sujet, qui se répondent bêtement les uns les autres.

Parce que parmi les lecteurs qui passent ici, bien peu d'entre eux laissent des commentaires ; mais certains ont la déplorable habitude de commenter toutes les notes, et d'autre encore d'écrire trop longuement. Et mes amis qui lisent ce site me disent presque tous qu'ils ne lisent plus ces commentaires, et qu'ils ne se sentent plus concernés, comme si une certaine fidélité commençait à se tourner contre d'autres lecteurs moins habitués. Bref, entre les lecteurs discrets et les bavards impénitents, il fallait trouver le juste milieu.

Avant cela j'ai pensé à d'autres choses ; faire comme le capitaine, un billet sans billet, juste animé par des commentaires, en signe de protestation silencieuse. Ou faire comme Grosse Fatigue me le conseille et carrément laisser tomber les commentaires, qui orientent trop la lecture des billets ... Mais j'aime bien avoir un retour ou des discussions sur ce que j'écris, voire changer d'avis au fil des conseils (ce qui arrive rarement, certes).

Donc je ne vais pas me prononcer en absolu, peut-être que je ferais des billets avec comm' fermés, ou même une catégorie spéciale sans commentaires, ou encore des open threads à la Daily Kos ; mais en attendant, je vais continuer à éditer les commentaires qui ne me plaisent pas.

Donc, quelques précisions :

  • Je n'hésiterai jamais à recentrer le débat, pour éviter de tomber dans le systématisme politique style je colle des images du WTC ou de la commune sous un billet qui parle de Lolita Pille, ou encore une discussion façon terminale sur l'idée de liberté, le truc dont on ne se sort plus et dont tout le monde se branle.
  • Je m'attaquerai plutôt aux commentateurs réguliers, ou plutôt aux mauvaises habitudes régulières. Donc c'est pas la peine de crier au deux poids deux mesures si je ne supprime pas le comm' du voisin.

  • Pas trop de bavardages : j'en ai marre des tartines, surtout quand il s'agit de se faire plaisir en jouant au prix Goncourt ou de faire des clins d'oeil à son pote qui vient d'écrire le commentaire précédent ; je les couperai sans ménagement. Et s'il faut absolument être long, autant utiliser des paragraphes ou même des numéros, que l'on puisse suivre.

  • Enfin quand j'en aurais envie, je réécrirais certains commentaires, juste pour emmerder leur auteur - mais les modifications seront visibles. Par contre je corrige pas l'orthographe, même si parfois ces confusions infinitifs / participes me font mal aux dents.

Tout cela est très subjectif, mais je crois que dans l'ensemble ce site en deviendra plus agréable à lire. Les autres peuvent crier au fascisme si ils veulent.

Presse libre

On apprend au détour d'un article du Monde que Métro est une "journal mondial", et que ses équipes rédactionnelles ont adopté une position globale sur les caricatures : ne pas les publier. Et ils s'en vantent. Mais ils ont aussi, fort courageusement, repris tous ensemble un papier de l'éditorialiste danois rappelant "les principes de la liberté de la presse et les spécificités de la situation au Danemark" et, élément essentiel, "relaté parmi les premiers la chronologie de ces événements".

Contrairement à ce qu'affirme sa directrice générale ("Metro est un journal neutre, qui n'a pas d'orientation politique ou religieuse"), je crois plutôt que Métro n'est pas un journal. Métro est aussi engagé, et aussi concerné par la liberté d'expression, que le catalogue de la Redoute. En affaires, la règle naturelle est de ne facher personne, et notre catalogue n'y échappe pas.

Pourquoi risquer d'attirer les foudres de certains lecteurs, d'effrayer les annonceurs, quand l'objectif unique est de publier un contenu lissé et soi-disant informatif, un contenu où les rapports dénonçant l'état des prisons jouxtent les réponses hypocrites des ministres, un contenu dont l'objectivité correspond à cette règle du CSA qui se contente de compter le temps d'antenne des partis.

Il n'y a pas de mal à gagner de l'argent, même si cela participe à couler la presse payante, mais il faudrait que les choses soient claires : il faut appeler un chat un chat, un journal un journal, et un catalogue un catalogue. Le Monde ne se grandit pas en oubliant cette distinction de base, et s'il ne se prive jamais de pourrir ses confrères, je le trouve bien gentil à propos de Métro.

J'vous jure c'est pas vrai

Que c'est dur d'être ministre. Certes c'est facile de jouer les pères la morale dans l'affaire d'Outreau, puisque maintenant tout le monde sait qui sont les gentils et les méchants, mais quand on se ramasse un rapport qui répète, sous le sceau du Conseil de l'Europe, que la situation des prisons en France est indigne, c'est "injuste", répond le Clément. C'est vraiment dégueulasse, quoi.

Cette façon de se cacher en larmoyant pour ne pas assumer ses torts est vraiment très française. On a l'impression que Clément répond à Gil-Robles de la même façon qu'il répondrait à un député PS à l'Assemblée, genre vous cherchez la polémique politicienne, les français veulent des actes, votre gouvernement n'a rien fait quand vous étiez aux commandes, gna gna. Et Clément aurait tort de se priver, puisque son droit de réponse à peine argumenté, qui réduit le débat à un problème de places de prison, se voit accorder autant d'espace média que le travail autrement plus sérieux du commissaire. Heureusement que ce dernier lui renvoie la balle.

Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. De la même manière, on a appris via une expertise interne (attention source comique) de l'Educ Nat que le lycée d'Etampes dans lequel s'était faite poignarder une enseignante n'était pas violent, et que l'administration sur place n'avait commis aucune faute en essayant d'enterrer les problèmes, comme, entre autres, les menaces de mort proférées. Bien sûr, la presse avait repris ce rapport bien opportun sans jamais souligner son caractère partial ; les faits, rien que les faits...

Et aujourd'hui encore il y a une polémique sur d'éventuelles tortures policières, mais Sarkozy, tout en promettant la transparence, se permet de dire qu'il n'y croit pas. Ce n'est pas notre genre de torturer des suspects en France, surtout pas s'ils sont supposés terroristes ou réputés arabes, d'ailleurs la France n'a jamais été condamnée pour des faits de torture policière par la CEDH, c'est bien connu.

Au fond, le problème est d'abord celui de la presse, qui se contente de publier diligemment les démentis des ministres concernés, et réserve tout son pouvoir de critique à des affaires essentielles comme celle du Clémenceau, tellement marrante avec son petit côté boulevard et cette façon d'illustrer en passant le fameux déclin français. Mais pour le reste, le summum du courage consiste à poser la question qui fache avant de s'écraser devant les réponses outrées des politiques ; il a suffi à Chirac d'inventer un mot ou de faire pschitt pour qu'on ne lui parle plus de ses affaires.

L'anticonsumérisme en de bonnes mains

Je l'avoue, j'adore l'affiche de Hell dans le métro ; ce portrait décapité subtilement trash attire vraiment l'oeil et dégage quelque chose de plaisant. Bien sûr, le film sera à l'image du livre, une bouze ultra-racoleuse beigbeder-style qui se repère au bout de trois pages, mais ça me donne presque envie de faire chauffer ma carte illimitée (et de le regretter immédiatement après Edit : je viens de voir la bande annonce, il n'y a aucun risque que j'y aille).

Et comme le marketing via le blog, c'est l'avenir, même confondu avec le chat (?), Sara Forestier nous livre le message du film :

Le film n'est pas juste l'histoire "d'une pauvre petite fille riche qui envoie péter le monde", le film nous dépeint un mini-monde qui est en fait le rêve qu'on nous vend, ce que la société nous vend tous les jours comme un "paradis", comme le bonheur à atteindre (avoir une belle baraque, des grosses voitures, b*iser des bonnes meufs, être habillés en marque de luxe...) Et ce rêve que la société nous vend, est vendu à tout le monde. Je connais des mecs qui n'ont pas une thune, et qui vont mettre 150 euros dans une paire de nike. Pour être quelqu'un. Pour être il faut avoir? C'est un sujet très actuel.

Ahhh. Voilà de la thématique. Franchement j'adore cette approche dans le style de notre dandy favori, déjà discutée il y a quelques temps. Evidemment, c'est en allant au bout de la consommation que la superficialité des plaisirs qu'elle apporte éclatera au grand jour, et rassurera prolos et petits bourgeois sur l'inanité de leurs rêves de thune ; c'est sûrement pour cela qu'ils arrêteront, lors des déjeuners à la cantine, de spéculer sur ce qu'ils auraient fait avec l'euromillion, s'ils seraient allés le dire à la télé pour faire baver leurs potes, ou si bien sûr ils auraient choisi la discrétion, les nouveaux riches y'a rien de pire. L'argent ne fait pas le bonheur, on le sait, on le répète, et la cinglante Lolita Pille, en nous montrant (avec force second degré) l'envers du décor de la pétasse de luxe, travaille à faire de nous des mollah stoïciens.

Bizarrement, je crois plutôt que les gens iront voir ce film pour rêver devant la débauche de la classe de loisir ; et je crois que le film donnera surtout envie de niquer des pouffes, de s'habiller chez Prada et de rouler en voiture de sport, pas de relire le manuel d'Epictète. Je ne dois pas être sensible au message de retenue implicite, ou alors je suis trop corrompu, mais je voudrais bien qu'on arrête cette façon naïve de "dénoncer en montrant", comme tous ces films qui protestent contre la violence en poussant toujours plus loin les tortures filmées à l'écran. Si vraiment le but est dénoncer le rêve de la société publicitaire, et donc de promouvoir le plaisir de l'abstention, pourquoi ne pas montrer un berger alter content avec ses chèvres ?

Spécial Saint Valentin

Il semble que pour les wahabbites fous, fêter la Saint-Valentin soit presque pire que de dessiner le Prophète avec une bombe sur la tête (AFP) :

Il y a cinq ans, le grand mufti d'Arabie saoudite, cheikh Abdelaziz Al-Cheikh, avait qualifié la Saint-Valentin de "fête chrétienne païenne". Dans une fatwa, il avait averti: "aucun musulman qui croit en Dieu ou au jour du jugement dernier ne doit célébrer" cette fête.

Puisque l'heure est à la réconciliation, et comme il ne faut pas en rajouter côté choc des civilisations, je vais pour une fois aller dans le sens des barbus. Car, en bannissant ces manifestations païennes répugnantes, ils montrent qu'il y aussi quelque bon côté dans le rigorisme obligatoire.

En effet, je voudrais bien qu'en France le gouvernement balance la police "de la promotion de la vertu et de la prévention du vice" contre ceux qui tripotent des bonbons en forme de coeur, et contre ces restaurants devenus infréquentables tant ils sont remplis de petits couples dégustant de la merde vendue deux fois plus chère pour cause d'éclairage romantique.

Je voudrais bien avoir une bonne police politique, donc, pour en finir avec les idolâtres du marché qui pourrissent l'idée même d'amour, à force d'en faire un objet de consommation badigeonné de rose, un rituel obligatoire qui oblige certains à acheter des fleurs sous peine d'excommunication du lit, et en général un prétexte pour transformer le kitsch cucul le plus abject en quelque chose de "sympa" et revendiqué comme tel.

Mais, que j'arrête de rêver, est-ce que cela serait vraiment efficace ? Hélas, chez nos amis saoudiens, l'excitation de l'interdit fait paradoxalement de l'achat de nounours roses un acte politique, et c'est du dernier rebelle que d'aller se promener avec une femme sans être marié ce jour-là. En faisant interdire ces manifestations répugnantes par un pouvoir que tout le monde déteste, les imams ne font que d'en renforcer le charme. Et bien sûr, la répression s'abat toujours plus hypocritement sur ceux qui ne peuvent pas racheter leurs pêchés, c'est-à-dire corrompre les flics.

Dommage donc que l'usage du "monopole de la violence légitime" ne soit pas une solution valable. Il va falloir trouver autre chose.

Encore les barbares

Frappé pour un regard de travers, roué de coups pour un mot de trop, voire tué pour une cigarette refusée : les actes de violence gratuite explosent en France. Ils expliquent en partie la progression galopante des agressions que les forces de l'ordre peinent à endiguer. Ce sombre constat est dressé par l'Observatoire national de la délinquance (OND) qui a dévoilé hier son premier rapport.

C'est dans le Fig du jour.

L'affaire dénote une inquiétante dégradation des rapports humains dans notre société. Si l'on n'y prend garde, le respect et le dialogue, valeurs fondatrices d'une nation civilisée, seront bientôt piétinés par la vulgarité et l'intolérance. La démocratie ne se reconnaît pas dans l'insulte et le coup de poing.

Selon les statistiques de l'OND publiées hier, les violences physiques dites «non crapuleuses» ont augmenté de près de 10% l'année dernière. L'agresseur attaque pour un oui ou pour un non : un regard de travers, une tête qui ne lui revient pas, un besoin de défoulement...

L'acte est le plus souvent gratuit, sans mobile apparent, pas même celui du vol.


Et c'est l'édito du même jour, sobrement intitulé Régression barbare

Dommage que les armes de poing ne soient pas en vente libre ! Le problème, c'est qu'à bien lire les différents communiqués (le monde, libé) comme celui précité du Fig, on voit bien que les violences dites "gratuites", c'est à dire non directement motivées par le vol, augmentent. Mais on n'en sait pas plus : il n'y a que des chiffres dans le rapport (merci à d.), et sinon aucun détail, pas de témoignages de terrain, même pas ceux des flics. Et ce ne sont pas les journalistes du Figaro qui ont fait directement l'expérience de la sauvagerie qu'ils dénoncent, et qui se sont fait cogner rue du Louvre pour un regard de travers.

Je veux bien croire que la rue puisse être violente, et que les racailles ne sont pas qu'une invention de Sarko. Mais ce compte rendu pue le papy Voise. On passe tranquillement d'un chiffre, sans la moindre précaution (hausse des déclarations ?) au compte rendu apocalyptique de la barbarie urbaine, illustré dans le même édito par un trio d'affaires tout à fait comparables : l'assassinat d'Epinay (le photographe de réverbères), la prof poignardée à Etampes et le western du Nice-Marseilles. Jump to conclusion, dit-on en anglais. Bel exemple.

Au passage, on en oublirait presque que les vols et les cambriolages baissent, le genre d'information que le gouvernement aurait pourtant été prompt à mettre en avant à une autre époque. Mais là, ce n'est pas suffisant, on approche des élections, et ça n'a pas trop mal marché la dernière fois, non ? Et au passage, on s'offre un petit débat sur le "fichage ethnique" des délinquants...

Le modèle (du sport) français

C'est bien la règle du sport français : les victoires ne viennent que lorsqu'on ne s'y attend pas ! Ainsi un demi-inconnu, dont le nom dit peut-être quelque chose à ceux qui suivent le ski, mais sûrement pas à un quelqu'un qui ignorait la tenue des JO d'hiver deux jours avant leur démarrage, rafle la plus chic des médailles. Bravo.

Et je suis bien étonné de lire dans libé que le skieur avait crânement annoncé sa victoire, car aucun journaliste (pas même de ceux qui pratiquent l'imputation) ne nous y avait préparé. Et c'est tant mieux ; combien de fois enfant j'ai vu avec tristesse s'effondrer nos rêves de victoire au moment où le buzz montait, quand tout le monde commençait vraiement à y croire, à la façon d'un Henri Leconte en finale de Roland-Garros 1988 (heureusement, il était de toute façon trop chiraquien pour être vraiment aimé d'un social-traitre comme moi, même enfant).

Cette règle du sport vaut aussi, et largement, en politique. Ainsi je m'inquiète de moins en moins de la victoire annoncée d'Iznogoud. Je ne sais pas comment il finira par se faire battre, si cela viendra de la gauche (hum) ou d'un renfort objectif du borgne, mais cela semble trop attendu pour pouvoir vraiment avoir lieu. Il y a ce parfum indéniable de Balladur dans l'air, il finira par craquer sous la pression. Idem pour notre amie Royal, poussée à mort par les sbires hollandais, qui seraient parait-il prêts à vendre leurs troupes à Jospin en cas d'échec de la candidate ; cela sent la bulle médiatique à plein nez.

Par contre, dans le même esprit, je ne voudrais pas voir de sondages pronostiquant la victoire de Villepin (déjà qu'ils sont truqués), cela serait bon signe pour Sarkozy. Heureusement on en est encore loin, malgré cette course en tête des médias qui ne pourra durer qu'un temps, et retombera comme sa mèche permanentée.

Alors qui sera l'outsider ? Le candidat unique de la gauche antilibérale ?


Commentaires modérés a priori dégagés si j'en ai envie, ça commençait à devenir illisible ce squat de blog.

La plainte de principe

Après les menaces du MRAP contre France-Soir, il parait que les associations du CFCM vont porter plainte contre Charlie Hebdo. Seul petit détail, "la procédure (...) devrait être engagée la semaine prochaine mais son fondement juridique n'est pas encore connu."

Voila du bon. Pour ne pas se faire rattraper par sa base, le CFCM va en justice, mais cherche encore le bon prétexte ! Et lors de l'échec de la tentative de censurer par avance la sortie de Charlie, le vice de forme revoyait d'ailleurs à un lapsus intéressant : "le CFCM, suivi des autres organisations, avait tout bonnement omis de communiquer ses griefs à toutes les parties au procès, dont le ministère public".

La notion de blasphème pouvant difficilement être avancée devant un tribunal, et comme on l'a récemment vu avec l'humoriste antisémite, ou avec Houellebecq, il est permis de critiquer une religion en tant que telle, j'imagine que c'est sur la base du racisme, ou plus exactement de "l'incitation à la haine raciale" (mais attention je suis pas juriste) que la plainte sera déposée. Il s'agira de prouver que le Prophète au turban à mèche assimile tous les musulmans à des terroristes, et que cela constitue une provocation raciste.

Les hésitations juridiques du CFCM sont révélatrices. Parce que de quoi parle-t-on au juste, des caricatures elles-mêmes, ou de la publication des caricatures ? Evidemment, de la publication, de l'affirmation de la liberté de la presse que d'aucuns jugent à géométrie variable. Cette thèse est par ailleurs un rien affaiblie depuis qu'on connaît l'histoire de la première publication passée inaperçue dans un papier égyptien (là dessus et pour le reste, voir le très bon billet de Laurent sur Embruns). Alors, attaquer Charlie sur le contenu des dessins, publiés en tout petit et accompagnés de commentaires clairs, c'est vraiment faire preuve de mauvaise foi. A partir du moment où l'évènement consiste à prouver qu'on ne recule pas devant le diktat des intégristes et de leurs copains qui les instrumentalisent, peut-on encore regarder le dessin en tant que tel ?

Enfin, la polémique sur le sens du dessin au turban a été assez largement écartée ; tout le monde sait bien que tous les musulmans ne sont pas des terroristes, mais aussi que les dénonciations de la récupération de l'Islam par des terroristes sont bien timides. Quand un journaliste jordanien se demande "qu'est ce qui porte plus préjudice à l'islam, ces caricatures ou bien les images d'un preneur d'otage qui égorge sa victime devant les caméras, ou encore un kamikaze qui se fait exploser au milieu d'un mariage à Amman?", il a le courage de passer pour un traitre pour faire avancer le débat. Et l'interprétation de Val, qui dit que ce dessin dénonce plus qu'il pratique l'amalgame, n'est nulle part prise au sérieux.

Bien entendu, toutes les voies légales et les protestations publiques ("pour le respect des religions et de la déontologie journalistique", n'est ce pas) ont droit de cité dans ce débat. Mais là, on attaquera vraisemblablement sur l'amalgame raciste, assez discutable, parce qu'on ne peut pas attaquer sur le blasphème. Ainsi c'est vraiment une plainte pour la plainte, sans motif précis, un baroud d'honneur, dans lequel le côté spectaculaire de l'action judiciaire prend le pas sur le débat lui-même.


J'ai été un peu excessif, comme souvent, en disant que tout avait été dit. L'article de Henri Tincq résume très bien les contradictions de l'Islam politique :

La disproportion prise par cette affaire de caricatures du prophète Mahomet traduit l'extrême fébrilité de sociétés muselées où, après la phase nationaliste et socialiste, la religion, avec toute sa force explosive, sert d'identité de substitution. L'islam est devenu le premier élément cristallisateur de la solidarité face à l'oppression politique, aux guerres, à la misère sociale, à la stigmatisation. Dans ce contexte, seuls les oulémas, les savants, les juristes pourraient trancher des questions comme celles posées par le droit à la caricature, par le statut de l'image figurative en islam, par le blasphème et sa punition et par toutes celles qui sont liées à l'intégration de la religion musulmane dans les sociétés sécularisées d'Occident.

Mais qui dira assez la misère de la réflexion théologique aujourd'hui en islam ? Les "docteurs de la Loi" se terrent et se taisent. Autrefois tout-puissants dans l'interprétation des textes, ils ont été domestiqués par les pouvoirs politiques en place et ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. (...)


Cela n'a rien à voir, je connais mal la Belgique, mais les arguments avancés comme ce combat me semblent justes : Refusons la liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux/Beaufays

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