"Si l'on désespère les gens, on fait d'eux des terroristes. Quand on n'a rien à perdre, on ose tout et nous n'avons rien à perdre".

Qui parle comme cela ? Un travailleur social payé par le Hamas à Gaza ? Des anciens talibans ? Les "insurgés" irakiens ? Non, il s'agit d'André Daguin, le "président de l'Union des métiers de l'industrie hôtelière", cité dans l'Expansion. Daguin hurle à la trahison parce que la présidence autrichienne a enterré la promesse de Chirac d'une baisse des taux de TVA appliqués à la restauration. Et que va faire notre nouveau terroriste ? plastiquer l'immeuble du guide Michelin, ou l'ambassade d'Autriche ? Pire : "Si les restaurateurs n'obtiennent pas le taux réduit, il ne faudra plus compter sur nous ni pour le social, ni pour la formation... plus rien". Plus rien que rien, ça va être difficile, à moins de développer le travail forcé...

La seule chose qu'on peut concéder à Daguin, c'est qu'en effet, c'est énervant de se faire mener en bateau par un politique ; cependant, on connaît le destin des promesses électorales, qui n'engagent que ceux qui les croient, etc, celle-ci étant juste vraiment trop concrète pour pouvoir être traitée comme si elle n'avait jamais été faite. Mais a part ça, il faut dire merci à l'Europe.

Merci à l'Europe d'éviter de claquer 3 milliards d'euros pour une mesure injuste et inefficace, merci à l'Europe de ne pas contribuer à payer l'option GPS de la mercos de Daguin, merci à l'Europe de ne pas permettre aux restaurateurs qui tournent bien d'augmenter indûment leurs marges sur le dos de l'Etat, des consommateurs et plus encore des salariés du secteur (bien utiles comme prétexte mais faudrait pas non plus qu'ils réclament vraiment du blé), et merci à l'Europe de ne pas creuser encore un peu plus le déficit budgétaire qu'un certain gouvernement s'engage pourtant à réduire (comme chaque année).

C'est donc la conclusion, on l'espère, d'un jeu de billard à trois bandes où Jacquot promet n'importe quoi pour plaire à sa base tout en espérant très fort que l'Union Européenne sera celle qui apportera la mauvaise nouvelle (pour les restaurateurs, ou pour les crétins qui s'imaginent que les prix à la carte pourraient baisser...) et la bonne nouvelle (pour les finances publiques). Encore une fois, l'Europe a bon dos, et les souverainistes habituels auront beau jeu d'hurler contre la bureaucratie.

Mais il faut aussi faire le constat de la limitation imbécile de la puissance européenne ; si heureusement des mesures coûteuses et inutiles (sauf pour les concessionnaires auto) sont torpillées, il est quand même frustrant de voir que l'harmonisation ne va pas plus loin que cela, que certains pays ont effectivement des taux réduits dans la restauration (!), que par ailleurs l'Irlande continue à faire du dumping fiscal sur l'IS, et que la moitié du budget subventionne une agriculture intensive qui produit de la merde en détruisant la terre.