A propos
radical chic

Et pendant le week-end...

...On peut toujours aller lire ce billet hilarant de Phersu sur les landmark decisions de la Cour suprême ; quelques extraits :

* Miranda v. Arizona (1966) décide que les films policiers américains devront tout le temps mettre une banalité sur le droit de ne pas répondre en cas de Mise à la Question dans les scènes d'arrestation, pour faire plus "couleur locale". Ils décident aussi que tous les Buddy Cop Movies auront deux policiers de type complètement opposé (un brun, un blond), que le chef du Commissariat sera noir, que les policiers devront manger des Donuts et que l'ancien partenaire aura été tué à une semaine de la retraite.

* Kramer v. Kramer (1979) : La Cour décide que la plupart des pères divorcés tenteront vainement d'acheter l'affection de leurs enfants par un potlatch de jouets avec la maman et en les emmenant dans des fast foods le week-end.

* Roper v. Simmons (2005) : La Cour décide (à 5-4) qu'un mineur est un mineur. La décision déchire les Blogs conservateurs, qui considèrent que les mineurs sont plus faits pour s'asseoir sur des chaises électriques.


On réfléchit avec Villepin à l'approche Ahmadinejad (merci le copypaste) de la légitimité : quand on est le chef d'un régime de merde qui frustre toute la jeunesse, élu parce que les autres sont corrompus, et parait-il complètement incompétent, autant fuir en avant et détourner l'attention sur un problème qui n'a rien à voir avec les intérêts de son pays ; les fous iraniens veulent détruire Israà«l, je conseille à Villepin de s'en prendre (un peu plus finement) aux USA, ça ne mange pas de pain et ça rassemble. Ah bon il l'a déjà fait ?


On pense consensuel avec Borloo, qui nous prévient : "n'opposons pas rupture et continuité". Je lui décerne d'avance la palme de la langue de bois communicante pour 2005, à moins que les grands professionnels du fig, qui ont mis cette citation en exergue, ne soient eux-mêmes victimes de petitephrasite.


On s'énerve gentiment contre Mona Chollet, et avant tout parce qu'on aime beaucoup ses textes réefléchis, mais son article sur la perception de la femme en Orient et en Occident (qui est une note de lecture sur un livre que je n'ai pas lu) me semble pour une fois complètement partial ; citer Kant le puceau ou deux trois "amis journalistes" pour en déduire que la femme idéale en Occident, celle qui trotte dans la tête de tous les mecs, est une cruche car seul compte son corps, et que cela s'oppose à la femme fantasmatique orientale, intelligente et fine, qui joue aux échec avec le sultan dans le h*rem, c'est vraiment une lecture discutable. J'y reviendrai.


Au passage, on emmerde bien fort les trouducs de Symantec et leur logiciel de filtrage de merde pour puritains nauséabonds, et on se demande quels sont les pervers qui se touchent en compilant la liste des mots interdits, liste qui me force à écrire "h*rem" !!!!


On regrette que les cyclistes aient une mauvaise image auprès des automobilistes, ce qui nous rappelle un vieux post de melfrid sur son blog aujourd'hui endormi ; ce qui est bien résumé ici d'une manière crypto-bourdivine plaisante (via Rezo):

Si le cycliste renvoie une image de désordre corporel, d’agitation, l’automobiliste, au contraire, maîtrise son image sociale -celle de la décence-, celle qui fait norme. Rien d’étonnant, après tout, que le peuple des automobilistes ressente instinctivement de la méfiance pour ce personnage furtif qui s’est glissé dans les murs, qui est à ranger dans la catégorie de l’enfant, du primitif et du prolétaire, autrement dit, des groupes sociaux qu’il faut éduquer ou contenir. (...)
Pourtant, ces immigrés invités dans la république de la bagnole se multiplient ; ils font beaucoup d’ enfants ; seraient-ils dotés comme les sorcières, les juifs et les nègres d’une hyper-sexualité ?


On se demande pourquoi le Bon Marché montre toujours les mêmes pubs dans le métro, en ce moment c'est leur période de demi-soldes, et c'est encore la même affiche. Bien sûr, la plus typique est celle pour la grande épicerie, avec ce mannequin anorexique (pléonasme) au regard de caniche (ok Mona, un point) qui porte un gâteau design, et la phrase culte surréaliste "de quoi parlerez-vous au dessert, littérature, design ou chocolat ?" Est ce qu'ils ont un budget limité au BM, ou alors préfèrent-ils assurer un peu de stabilité dans ce monde de la rotation publicitaire, en se calquant sur les pubs de banque pour djeuns au cinéma qui ne changent que tous les deux ans ?


On pense au livre de Tom Wolfe : pourquoi, mais pourquoi, est-il à ce point obsédé par les confrontations viriles et les scènes d'humiliation (le "h word") ? Au point que son livre peut presque se lire comme "la revanche des nerds"...


Et comme d'hab, on relit la production radical chic écoulée, franchement plus sérieuse (plus chiante ?) ces derniers temps. Les sujets de fond c'est sympa mais là ça commence à me gaver gentiment. Par exemple, la catégorie "grouik" s'arrête en août (avant ce billet) et la catégorie "gadgets" en avril !

On trouvera donc, pour se distraire, des avis autorisés sur les bourgeoises (spéciale dédicace à J.), sur le baptème, sur le tuning (qui a gonflé mes stats google), sur W, sur les croissants ordinaires, sur la grève, sur les faux scandales, et sur l'art contemporain (I & II)... et puis aussi la première compil du week end et celle d'avant les vacances ; c'est quand même bien prétentieux de se faire sa petite pléiade tout seul, mais bon.

Tribunal populaire

Remarquable article de Schneidermann ce matin, à propos de Fogiel, et inspiré par l'analyse de la télévision de Guillebaud (d'ailleurs à lui seul il illustre la différence entre blogs et vrais médias, ce qu'il écrit dans libé est toujours meilleur que ce qu'il met sur son site) :

Jugements de valeurs subliminaux, engouements sans cause et lynchages sans lendemain : en quelques pages, Guillebaud dresse le portrait du clergé et des rites de cette religion implacable. Deux chapitres essentiels en composent le catéchisme. Sur le plan économique, un éloge en toute bonne conscience du libéralisme, auquel aucune autre doctrine ne peut être sérieusement opposée. (...)

Au chapitre des moeurs, Guillebaud pointe une identique intolérance d'un «politiquement correct qui revendique son appartenance à la gauche et au camp du progrès». Le mariage homosexuel, par exemple. Le système, assure Guillebaud, y est globalement favorable, sans que personne sache exactement pourquoi. (...) La tolérance, c'est bien. La fraternité, c'est mieux. Le succès, c'est encore mieux, et l'échec, méprisable. Alors, si l'on est tolérant, fraternel, et que l'on casse la baraque (l'abbé Pierre, par exemple) : respect !

Voilà pour le fond ; et pour la forme, caricature, parce qu'il faut bien se marrer après avoir bossé toute la journée, fausse impertinence puisque tout se termine dans un éloge au marché, direct (payé par la pub) ou indirect (puisque consommer c'est bien), et donc cette fausse morale, assénée, qui fabrique déja son retournement en terme de cynisme. Et comment protester contre un étalage imbécile d'idéologie antiraciste ou propédé - comme on ne pouvait rien dire lors du tsunamithon, notre belle générosité invalidant d'avance toute critique ? Peut-on expliquer que cela dessert, in fine, la défenses des minorités ou des homos, que cette chape de bonne pensée jamais discutée pourra être remplacée, quand le marché le décidera, ou quand la télévision de niche façon Fox News arrivera en France, par une chape tout aussi assénée de pensée réactionnaire, ce à quoi on a d'ailleurs droit quand on traite de sujets économiques ?

La télé de merde, c'est un peu comme la loi antiterroriste de Sarkozy, ce sont des instruments dangereux au service de causes qui semblent justes, et qui servent de cache-sexe pour détourner la critique ; personne ne veut se faire exploser par des arriérés barbus qui ont appris le Coran par coeur sans en comprendre une ligne, mais si notre gentil gouvernement de centre droit se fait remplacer par un populisme à tendance autoritaire, on va regretter toutes ces petites mesures de surveillance, qui tout à coup ne concerneront plus seulement les délinquants et les intégristes (et qui d'ailleurs servaient surtout à fliquer les clandestins). De même à l'écran, une fois la morale Fogielienne démodée, il sera facile de vendre toutes les saloperies réactionnaires comme on défend les idées "humanistes" aujourd'hui.

Electeurs inconséquents

Alain Duhamel se plaint de la multiplication des candidats à la présidentielle ; les mêmes causes produisant les mêmes effets, il craint un nouveau 21 avril. Duhamel voudrait que les petits candidats qui se présentent sans n'avoir aucune chance de l'emporter, pour la gloire ou parce que c'est un moyen raisonnable d'exister dans la politique française, ne se présentent pas, et que l'on reste entre gens sérieux. Il ne propose pas de trafiquer les règles, genre 5000 signatures au lieu de 500, mais c'est tout comme.

Pas un instant il n'a l'idée que c'est autant le rassemblement autour de Le Pen que la dispersion des autres votes qui a provoqué le 21 avril, évènement totalement symbolique devenu chantage au vote utile ; et surtout, pas un instant l'idée que les électeurs sont responsables ou qu'ils doivent le devenir. Car le problème n'est pas que le choix proposé est trop large, mais que les gens votent mal.

Ils ne votent pas mal parce qu'ils ont tort de soutenir des causes perdues (le parti des travailleurs par exemple) ou des idées sales, mais parce qu'ils instrumentalisent leur propre vote en oubliant sa finalité première : chacun devrait voter, en toute conscience, pour que le candidat à qui il apporte sa voix soit élu, et non parce que, considérant que les autres voteront pour lui, il peut se permettre, individuellement, d'attendre le second tour pour passer aux choses sérieuses. Peu d'électeurs lepenistes voudraient voir leur chef à la tête du pays ; ceux-là prennent des risques, car ils ne mesurent pas la catastrophe que donnerait un règne frontiste, mais pas autant que les rigolos qui votent à l'extrême droite pour protester contre l'inefficacité des politiques publiques ou parce qu'ils se sentent oubliés des partis de gouvernement.

A l'inverse, les gens qui ont voté Mamère, donc pour un parti de gouvernement, même aux effectifs réduits, peuvent parfaitement vouloir une politique écologiste ; leur reprocher comme après le 21 avril d'avoir "dispersé" leurs voix est idiot, tout comme il est idiot d'appeler à "voter utile", ce qui revient à intégrer dans son propre vote les anticipations du vote des autres. Ce n'est qu'une fois que tout le monde votera pour un choix assumé, un choix qui pourra se défendre de façon argumenté, qu'on parlera convenablement de vote utile.

Cela ne nous empêchera pas de nous taper trois cent mille appels à "voter utile" et à se souvenir des putains de leçons du 21 avril, provenant de journalistes comme Duhamel qui réduisent leur commentaires à un compte-rendu sportif, uniquement préoccupé des petites tactiques et coups de pute qui rythment le jeu des ambitions. Faisons de cette élection un barnum, mais tentons de culpabiliser les électeurs, histoire de leur donner encore plus envie de voter dans tous les sens, plutôt que de leur faire confiance pour une fois. De toute façon la fonction présidentielle a été tellement traînée dans la boue par notre ami Chirac qu'il n'est pas interdit de penser qu'elle n'existe plus, que l'élection d'un tribun n'y changerait pas grand chose et que seul compte le mécanisme verrouillé des législatives.

Art contemporain (suite)

Via une réfutation en règle, je découvre un article assez réjouissant d'à‰ric Troncy ("critique d'art, directeur de la revue d'art contemporain FROG") publié dans le Monde :

De même qu'au tournant du XXe siècle l'art abstrait fut qualifié de n'importe quoi et d'intellectualisme, la télé-réalité dut, à l'approche du XXIe siècle, endosser les reproches simultanés de convoquer des dispositifs outrancièrement simplistes (...) et d'être en vérité scénarisés (...). Mêmes arguments, même violence, pour une dénégation de légitimité qui indique, au passage, une même ampleur dans la révolution stylistique (...)

Or, sans, naturellement, prétendre au statut d'oeuvre d'art, la télé-réalité exprime, enfin, à la télévision, et sans la travestir dans sa forme, une somme conséquente des expériences de l'art d'avant-garde ­ - celui qui, "réalitiste", a fait de la création et de l'exploration de cet espace annexe à la réalité la RealitY, à la fois son principal projet et son meilleur instrument.

Cela faisait longtemps que je ne m'étais exposé à ce degré extrême de pipo ("ce qui se joue dans l'espace de la RealitY n'est ni vrai ni faux, mais simplement "réalitiste"") où la machine à concept tourne à plein régime, tout ça pour recycler la bonne vieille mise en abyme : "le "réalitisme", c'est adjoindre à la réalité son double reformulé par les stratégies de la télévision, lui autorisant la satiété du spectacle." Le tout est étayé par des prouesses artistiques ("Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Marianne Faithfull réunies à Cinecitta pour une fausse émission de télé-réalité inspirée du "Bachelor", où une quinzaine de jeunes gens tentent de les séduire") dûment labellisées : cette oeuvre est "présentée à la Fondation Prada de Milan (Italie), puis à la dernière Biennale de Venise", telle autre "au Dia Centre pour les arts de New York". Attention, nous dit Troncy, je parle sous contrôle, je balance de la référence légitime.

Cet essai a moitié bidon appelait donc une réponse dans le même journal, et c'est Damien le Guay ("philosophe et critique littéraire") qui s'y colle. Tout en rappelant, était-ce utile, que la télé-réalité c'est de la merde, il répond avec pertinence au terrorisme (!) intellectuel de Troncy, que ce soient ses tentatives de légitimation ("en voulant anoblir la télé-réalité, l'art devient complice du processus imaginaire de marchandisation promu par cette même télé-réalité") ou son grossier chantage à l'avant-garde ("Ceux qui feraient oeuvre de "dénégation de légitimité" exerceraient sur la télé-réalité une "violence". Il importe donc de se taire sous peine d'être rejeté dans l'enfer des ronchons passéistes et autres rétrogrades arriérés").

Ce que je note avec plaisir, c'est que du point de vue le plus autorisé de l'art contemporain (sauf erreur de ma part), provient une justification de la pire crasse culturelle, et une justification qui ne semble pas se limiter à l'habituel jeu de distinction ("je suis cool donc si je dis que c'est cool, ça le deviendra"). Non seulement le caractère marchand, comme le note Le Guay, est totalement ignoré, mais le mécanisme de crétinisation consubstantiel au dispositif de ces programmes, tellement évident, y compris pour ses spectateurs habituels, qu'on perd presque son temps à le rappeler, irait de pair avec une certaine valeur artistique ; comment résister à la tentation du retournement, et trouver là la preuve pure et simple, au delà du galimatias rigolo de Mr FROG, de la médiocrité de l'art actuel ?

Nouvel esprit du service public

Rezo lie une enquête très intéressante, en trois volets, du journal Fakir sur l'évolution - disons carrément la marchandisation - de la Poste (un, deux, trois et quatre). Contrairement aux rodomontades idéologiques qui consistent surtout à répeter le plus de fois possible la mantra "service public", ce travail de terrain très bien documenté (nombreux interview, lecture de la presse interne, étude des grilles d'évaluation des postiers...) donne des faits concrets et permet de mesurer ce que c'est que "l'ouverture à la concurrence". Certains trouveront cela normal, personnellement ce mélange des genre me dérange assez ; le débat est ouvert.

Au delà du cas de la Poste, cette enquête illustre une évolution assez fondamentale des services publics comme des entreprises, où plus rien n'est laissé au hasard ; une sorte de capitalisme millimetré, un taylorisme des services, où chaque situation est analysée, décomposée et fait l'objet d'un plan d'action. Pour l'illustrer, un extrait du deuxième article où les guichetiers s'expriment :

« Parfois, au bureau, un animateur fait de l'accompagnement. Il nous montre comment appliquer les consignes sur la vente, ou il nous flique pour voir si on n'oublie pas de proposer des produits supplémentaires. (...) Si tu écoutes ta hiérarchie, quand quelqu'un vient pour un retrait d'argent, tu dois lui proposer des enveloppes, des pré-timbrés etc., même si tu sais qu'il a pas de pognon. Tous les après-midi, on s'est tapés le chef d'établissement derrière le dos, il mettait ses petits bâtons à chaque fois qu'on faisait une vente à valeur ajoutée, ma collègue et moi. Quand on ne proposait pas plus, il intervenait pour vendre tel truc plus cher, c'est toujours plus, plus. » (...) « Le logiciel PILOTE enregistre nos ventes heure par heure pour les PVA (produits à valeur ajoutée). Notre Chef affiche les résultats à l'arrière du guichet. (...) »

Crotch, it's open

A chaque fois je me demande si les pubs pour les régions et autres paysages français qui fleurissent avant chaque période de vacances dans le métro ont vraiment un impact sur le tourisme local, à défaut de justifier et la hausse des impôts locaux, et l'impossibilité de payer le RMI depuis qu'il a été décentralisé. En attendant, leur multiplication pose problème, car toutes ces images de campagnes verdoyantes, de rivières et d'étangs, et de plages trop parfaites pour ne pas être le produit d'un logiciel de retouche, finissent par se confondre. Ainsi de l'Aisne, département français improbable situé quelque part en haut à droite, et certainement en manque de visibilité, mais qui n'a à offrir aux cadres parisiens stressés que les mêmes paysages que la moitié du pays. Coin inconnu, concurrence sévère et différentiation délicate, voilà l'équation marketing classique à laquelle a dû répondre l'agence de pub du conseil général ; et comment sortir de ce dilemme sans recourir à l'arme magique de la pub, l'anglais ?

Certes, l'usage horripilant de l'anglais-yaourt a fini par devenir naturel dans certaines situations, comme par exemple la communication des multinationales ; je m'étais énervé contre l'imbécile flying blue, mais cet anglicisation du vénérable fréquence plus, lui-même grammaticalement incorrect, était surtout le produit d'une imitation servile et du choix de la facilité. Par contre, lire des slogans / astuces pour un département de campagne, et pas n'importe quelles astuces : "fish aisne chips" et "aisne' joy" par exemple, le tout coiffé de la baseline "Aisne, it's open", pour illustrer les mêmes paysages fréquenté par les personnages à l'expressivité hyperréaliste typique de l'affichage actuel - où une joie n'est une vraie joie que si elle fait s'ouvrir le visage en deux - voilà qui est osé. Et pourquoi l'anglais ? Parce qu'on va tous se mettre à l'anglais, dans l'Aisne, du moins c'est ce qu'annoce l'argumentaire de la campagne : "les habitants auront appris ces petites phrases de base et pourront communiquer avec les touristes. Et c’est sur ce petit effort demandé aux habitants que la communication va se construire." Ne manque que les sanctions pour ceux qui refuseront de saluer les touristes d'un solide good morning passé à l'accent du terroir.

Et le pire c'est que ce recours à l'anglais est peut-être efficace, puisque dans ce concours de connerie le nom en question ressort et se mémorise nettement plus facilement ; encore une fois l'efficacité triomphe de la laideur, ce qui n'est pas incohérent avec le but avoué : "Acquérir de la notoriété aujourd’hui…. pour profiter demain des retombées en termes d’image de l’ouverture du Center Parcs".


Une pensée émue pour l'internaute gabonais qui recherche dans google "les mauvaises manières des pauvres".

Politique d'immigration

Je vois bien que Nicole Caligaris n'a pas tort dans son billet, même si son style trop grandiloquent, très "gauche morale", m'ennuie, et si la comparaison avec le nazisme est évidemment déplacée (je ne rentre même pas dans cette polémique). Planqués derrière notre forteresse, a repousser des migrants en devenirs ("des "candidats" tellement c'est bel et bien un concours, un brave petit concours de bonne bourgeoisie", écrit-elle justement), chaque jour plus nombreux, le gouvernement qui va au bout de sa logique intenable "d'immigration zéro" ne peut que pratiquer des politiques inhumaines.

Un premier choix de politique, à l'américaine, consiste à laisser cyniquement les étrangers s'échouer dans la mediterrannée ou s'embrocher sur des grillages, enfin à tout faire pour que la violence physique du passage les décourage - et tant pis s'ils meurent. C'est ce que montrait Chantal Ackerman dans son docu sur la frontière US-Mexique : en ne laissant plus que le désert comme point d'entrée, on condamne les clandestins à se perdre, et on régule ainsi le flux sans complètement fermer les vannes.

Un second choix de politique est celui des "rafles" ; je me demande toujours si le terme n'est pas trop fort, mais je ne voudrais pour rien au monde être à la place de ces gamins africains qu'on vient chercher dans les écoles pour les renvoyer de force au "pays". Individuellement, ils ne sont coupables de rien, sauf de ne pas avoir de papiers. C'est tout le drame de cette situation où le nombre fait problème ; un immigré, cent, mille immigrés, cela n'est rien ; des centaines de milliers, c'est une autre affaire - un problème politique, qui appelle une réponse, régulariser, faire comme s'il ne se passait rien, ou expulser les plus faciles à trouver, dans les écoles.

Chose affreuse : le compromis actuel, qui ne dit pas son nom, tient presque debout : il consiste à pénaliser les passages, à faire vivre les clandestins dans la peur, et de facto à les accepter pour peu qu'ils aient tenu la distance.

Alors faut-il régulariser ? Je ne vois pas d'autres possibilités. Je ne crois pas trop à la théorie de l'appel d'air : si les africains crèvent contre les barbelés des enclaves espagnoles, c'est parce qu'elles sont physiquement plus accessibles, pas parce que Zapatero a régularisé 700 000 clandestins ; de plus, est ce qu'on peut accepter de faire peser une épée de damoclès pendant des années sur un travailleur au prétexte qu'il n'est pas censé être là ? Enfin il reste le cas de ces parents d'enfants français, ni régularisables, ni expulsables : c'est proprement aberrant. Par contre, il ne faut pas oublier que le statut de clandestin est celui qui permet souvent d'accéder au travail : à la merci de l'employeur, souvent apporté par un réseau, exploité, etc., mais au travail ; en imaginant le pire, les "régularisés" se feraient dégager une fois leur statut officialisé, au profit de nouveaux sans-papier. Mais l'un dans l'autre, une régularisation est certainement tenable.

Et peut-on aller jusqu'à ouvrir les frontières - puisque toute forme de sélection ne pourra jamais épuiser les candidats au passage. Est ce raisonnable ? C'est la seule question, la régularisation n'étant qu'une manière pragmatique de décaler le problème. Certes la démographie européenne est essouflée, certes l'Europe vieillit, mais il me parait douteux que l'économie et la société puisse absorber des millions de migrants supplémentaires - à moins que la possibilité d'aller et de venir librement évite justement toute précipation et favorise aussi ce dont on ne parle jamais, les retours (d'ailleurs on attend toujours les hordes massées derrière le rideau de fer...)

Et derrière tout cela, il y a de notre part une peur fondamentale de la dilution. Ainsi les associations fréquentes entre immigration et insécurité, et la mantra de "l'intégration", sont une façon officielle de relayer une angoisse identitaire qui existe, et pas seulement chez des prolos xénophobes qui craigneraient pour leur emploi ou leur sécurité. Dans ce cas, la réponse type "l'Europe a besoin de jeunes" est trop simpliste, car elle ne prend pas en compte cette question identitaire évidente, qu'on ne peut balayer en criant au racisme. Que veut on ? Relocaliser des communautés plus au nord, là où il y a du travail ? Peu d'intégration en perspective... et surtout la fin de l'Etat nation tel qu'on le connait. De toute façon, la question de l'immigration pose celle de notre pays et de notre culture ; en gros, qu'est ce qu'être français aujourd'hui, et quel destin veut-on pour les immigrés : qu'ils deviennent français au sens, heu, "culturel" du terme, c'est-à-dire (définition rapide) que la première langue de leurs mômes soit le français ? Qu'ils restent entre eux (le fameux communautarisme) et soient définis par leur identité de départ ? Qu'ils trouvent un équilibre entre les deux, tout en participant à une redéfinition de la culture française ?

La vraie solution, tout le monde le sait, consisterait à développer le sud ; reconnaissons qu'il ne faut pas être pressé. Mais en attendant qu'une organisation étale de l'espace mondial permette de mélanger sur un même lieu quelques très riches, une demi classe moyenne et des tonnes de pauvres, il va bien falloir trouver une solution, et je ne crois pour l'instant ni aux expulsions, ni à l'ouverture des frontières.

Elèves sous influence ?

La semaine dernière (je me l'étais gardé en stock, copie en commentaire) je lisais dans le fig cet extrait amusant d'un journal lycéen :

Article de lycéens de l'Isère sur le thème : «A quoi sert le terrorisme ?» Réponse : «Ils se révoltent contre l'agresseur, ça, c'est pas vraiment con. Qu'ont fait les résistants pendant l'Occupation de 39-45 ? (...) Le terrorisme apparaît quant un peuple souffre et qu'il n'y a plus d'autre solution que de se faire exploser la tronche.»

Voilà de quoi rebondir sur le thème de l'enseignement de l'histoire ; car si les lois ne peuvent exactement définir le contenu des programmes, les manuels scolaires, eux, le font concrètement. Or, d'après l'article du figaro, qui reprend la thèse d'un nouvel essai, cet extrait assez drôle serait une illustration de l'influence néfaste de manuels complètement biaisés, mettant nos chères têtes bondes (enfin à l'âge où ils fument du shit) "sous influence", en faisant du terrorisme international une sorte de réaction quasi-légitime à l'hégémonie américaine. Ainsi Magnard : "La forme extrême des poussées d'antiaméricanisme prend le nom de «guerre sainte» ou djihad lancé par Ben Laden."

Faut il en conclure que les profs sont d'incurables gauchistes, bouffés par l'idéologie et la haine de l'Amérique, comme semble le faire cet essai ? Ou plutôt qu'il n'est pas super facile "d'expliquer le terrorisme" ? Car dès que l'on quitte l'horreur concrète des attentats suicide, qu'est ce que l'on dit ?

La position que défend à demi-mot le Figaro, celle des intellectuels médiatiques, consiste surtout à se placer du point de vue moral absolu, "ahlala c'est vraiment dégueulasse de tuer des civils", quitte à en profiter d'ailleurs pour justifier n'importe quoi (Patriot Act, invasion de l'Irak ou soutien à Poutine). Ce sont les mêmes qui sont trop content de dénoncer la "barbarie" de l'islamisme pour en faire un miroir flatteur de notre civilisation des lumières, ce qui nous arrange bien en ces temps de doute. Cette condamnation absolue du terrorisme au nom de grands principes est presque naturelle, mais venant d'une classe intellectuelle ou politique largement discréditée, elle engendre aussi une sorte de discours retourné, comme si le tabou officiel donnait l'ordre de le mettre en question officieusement, et favorise une approche "justificative" du terrorisme.

De l'autre côté, il faudrait avant tout comprendre le terrorisme plutôt que de le condamner directement - souci pragmatique indiscutable, car la position absolue ne nous avance guère. Mais on ne rentre pas de manière innocente dans la logique jihadiste. C'est leur rendre un grand service que de rechercher une finalité logique à leurs crimes, et de donner une cohérence à un discours parfois élaboré par de fins politiques, mais aussi par des malades mentaux, au risque d'en faire des soldats des pauvres, façon David contre Goliath ; c'est bien ce qui est reproché aux manuels scolaires. Enfin, à l'extrême limite, on retombe sur les porcs qui expliquent que les américains ont bien cherché le 11 septembre, ou sur les fous qui prétendent que c'est la faute de la CIA ou du Mossad.

Bien entendu, l'opposition entre ces deux approches est un peu stérile, et il faudrait emprunter de l'une à l'autre, condamner absolument et chercher à comprendre vraiment. Mais faute de temps, dans le cadre de l'école, ou dans le discours médiatique, on en est réduit à une appréhension idéologique du terrorisme, selon que l'on choisisse de s'identifier aux civils américains ou anglais, ou que l'on préfère penser aux victimes civiles de la guerre en Irak (sans parler de l'embargo), par exemple.

Donc, à moins que ce bouquin soit le produit d'une lecture biaisée, mais à l'envers, la quête de sens se terminerait dans une lecture idéologique des faits. Mais n'était-ce pas inévitable ? Car il est bien difficile de penser les évenements actuels sans en quelque sorte "choisir son camp", puisque qu'à l'analyse doit aussi se substituer une proposition d'action : nous ne sommes pas en train de réfléchir sur la Saint Barthélémy.

Agréable démagogie

En général je suis attristé par la communication politique, surtout celle de l'opposition, timide, souvent pontifiante et assez peu percutante, mais là je trouve cela plutôt pas mal :

Pour Jean-Pierre Brard (app. PCF), en revanche, aucune clémence : "(Breton) est arrogant et méprisant." Et l'ancien instituteur de porter cette appréciation définitive : "S'il maîtrise le budget comme il manie la langue française, c'est-à-dire très mal, les comptes de la nation ne sont pas près de se redresser." Le député de Seine-Saint-Denis exhibe régulièrement, dans l'Hémicycle, l'agrandissement d'une photo parue dans Paris Match, où l'on voit M. Breton en tenue de gala, en compagnie du patron de LVMH, Bernard Arnault, lors du mariage mondain que ce dernier a récemment offert à sa fille au château d'Yquem. (in Le Monde)

C'est une bonne chose de renvoyer à la face de Breton sa maîtrise insuffisante du français ; l'argument valait autant - voire plus encore - pour Raffarin qui amenait la langue au niveau de l'expression d'un coureur cycliste. Et puis la formule est jolie, plus élégante que les habituelles petites phrases, et toute aussi claire. Reste à savoir quel a été son destin : simplement publiée dans le Monde, reprise par l'AFP, ou, miracle, télévisée ? Bien que la plupart des gens (et moi compris parfois) parlent plus mal que Breton, les français aiment bien ces postures défensives, teintées de chauvinisme langagier, façon Bernard Pivot, et venant d'un ancien stal instit.

Ensuite j'adore cette histoire de photo agrandie ; encore une fois, je me demande quel a été la portée médiatique de cet acte. Il y a certes une insinuation démagogique, genre grand bourgeois et deux cent familles qui nous spolient, mais c'est de bonne guerre de rappeler pour qui roule vraiment Breton, en une manière qui, jouant sur notre passion de l'égalité, peut frapper les esprits. Moi-même je n'aime pas voir un ministre plastronner en smoking lors d'un mariage mi-jet set mi-CAC 40, et sans même rentrer dans le constat habituel de l'inceste entre pouvoir économique et pouvoir politique.

Donc tout cela est bien démagogique, et ne fait pas avancer le débat ; mais pour une fois ça a l'air efficace...

Fuldagate : les blogs rencontrent l'internet réel

Est ce que les histoires de coeur de Sarkozy valent qu'on en parle ? La question appelle la réponse : bien sûr que non, bien sûr que c'est trivial, et même les tentatives d'analyse style les-politiques-qui-couchent-avec-des-journalistes et autres considérations profondes sur l'endogamie élitaire ne trompent personne. Nous sommes attirés par le people, et plus encore par ce genre de rumeur style "fait du prince", qui a de quoi exciter la curiosité au sortir d'une après-midi de torpeur intellectuelle au boulot. Et puis, il y a ce nouvel outil magique, et encore mystérieux pour beaucoup, qui permet d'alimenter les conversation de machine à café, préfacées de "je suis allé le chercher sur internet", façon de se métamorphoser en détective privé ou en flic des RG pour mieux frimer devant l'assistante comptable.

Ce que l'on constate surtout, c'est que les blogs qui tous ensemble criaient contre le père Clément et ses propos de gare (et je ne m'en suis pas privé), mais criaient dans le désert, ont tout à coup bénéficié du trafic de "l'internet réel", celui des recherches ordinaires comme "sexe" ou "skyblog de string" et autres termes leader des moteurs ; l'internet des portails façon lycos avec des bikinis, des bagnoles et des portraits de Britney, l'internet des comparatifs d'appareil numériques et des agences de voyages, l'internet de meetic et des cartes météo. Bref, cet internet qui est un gigantesque croisement entre NRJ et un centre commercial.

Fallait-il s'en étonner, les blogueurs sérieux ont constaté que les visiteurs ainsi apportés ne sont pas "qualifiés", si on peut dire, et ne restent qu'un instant, un peu comme les visiteurs de Grosse Fatigue en recherche de pornographie - quant les billets n'étaient pas écrits que pour gonfler les ventes, ce dont il convient d'ailleurs de s'excuser.

Pour le reste, on est encore bien loin d'une blogosphère "utile", comme aux Etats-Unis, qui mobiliserait la base et permettrait surtout de retravailler la propagande partisane. Pour l'instant, outre le naturel people, ces recherches sur Anne Fulda donnent surtout l'impression d'une citoyenneté un peu paranoïaque, qui clamerait "on nous cache tout on nous dit rien". Je ne suis pas au dessus du lot, j'ai fait mes petites recherches google comme tout le monde, j'ai fini par trouver la photo, je suis super content, j'ai l'impression d'être un vrai parisien.

Si on peut plus déconner !

Dans un récent dossier du cahier «Emploi» de Libération sur le harcèlement sexuel au travail (3 octobre 2005), la présidente de l’Association contre les violences faites aux femmes pointait à raison, parmi les obstacles rencontrés pour faire avancer la cause des victimes, «cette crainte chevillée à notre culture française: ne perdons pas notre pseudo-galanterie et notre gauloiserie dont nous sommes si fiers». Or, ce discours, on le trouvait justement, mais reformulé en termes «philosophiques», dans l’article voisin: un entretien avec le – donc – philosophe Patrice Maniglier, coauteur avec Marcela Iacub d’un Antimanuel d’éducation sexuelle (Bréal).
Pour ce monsieur, il n’y a pas lieu de faire du harcèlement sexuel un délit en tant que tel; à ses yeux, cela «crée autour du sexe un climat d’insécurité et de soupçon, même si aujourd’hui on n’appelle plus ça le «vice».» Il y voit une volonté de «purifier le lieu de travail de toute question libidinale». Il faut bien admettre que: «On veut purifier le lieu de travail de toute question libidinale», ça en impose tout de même plus que le sonore et traditionnel: «Si on peut même plus déconner!...»
Mona Chollet dans Périphérie (via Rezo).

F*ck

Depuis que des informaticiens ont ajouté un système de filtrage de contenu, je ne peux plus ouvrir les pages contenant le mot "f*ck" de mon bureau, et suis donc obligé, pour des raisons de praticité évidentes, de faire du bliping typographique. Tout cela vise à empêcher que ceux de mes collègues qui vont voir des sites de cul (suivez mon regard) choppent des virus au passage, mais, dommage collatéral, je me retrouve finalement à m'autocensurer, comme une ménagère ricaine se retient de jurer par peur que ses enfants l'entendent.

Cette obsession très américine de la profanity est étrange : on se souvient de cet essai de philo reviewé dans le Times, mais dont le titre (on bullshit) n'était pas publiable dans ce vénérable journal, ce qui donnait une impression de puerilité incroyable, comme si les journalistes avaient peur de se faire gronder pour l'utilisation d'un mot à peine grossier. La force de ce tabou, qui rappelle un peu ces croyants qui craignent d'écrire le nom de Dieu, est surprenante, surtout face à des mots aussi universels. Et tout cela est à chaque fois justifié par la peur de souiller les enfants innocents - et pourtant quel gamin américain, passé l'âge de 8 ans, ignore le mot f*ck ?

Paradoxalement, ce qui est caché est toujours absolument clair. Toutes les périphrases utilisées pour décrire les quelques mots grossiers que tout le monde utilise, four letter words, expletive, taboo slang, F-word, etc. sont à peu près transparentes, comme l'est la dissimulation bien symbolique d'une lettre, façon cache-sexe de pierre au Vatican. Il importe de savoir absolument, précisemment, quel est le mot tabou, sans aller jusqu'à le dire ou à l'entendre.

Donc, l'important n'est pas d'ignorer ce qui est de l'autre côté de la ligne, au contraire il faut connaître le mal, ne serait-ce que pour ensuite en préserver les enfants ; ce qui compte, c'est de maintenir la séparation. Anthropologiquement, et je n'y connais rien, cela ressemble à la distinction entre sacré et profane, ou alors cela renvoie, comme ce que tout le monde sait mais que tout le monde fait semblant d'ignorer, à la question de la sexualité.

Ce que l'on mesure mal ici, c'est que cette obsession qui nous apparaît bien exotique est centrale dans la société américaine, d'où ce business incroyable de films édités, ou de revues de censures (dont le site dont j'avais déja parlé) à côté desquels le fameux "chretien médias" de télérama apparait comme une association de débauchés. Bien sûr, cette euphémisation permanente est complètement inutile ; en renforçant la ligne de partage entre le permis et l'interdit, elle donne surtout du glamour à l'interdit, et fait toujours des puritains les plus gros pervers.

ARG !! Il revient !


Oui je fais un peu de jospinophobie primaire, mais rien qu'à voir sa tête en gros plan ça m'angoisse, j'ai l'impression que je vais me faire engueuler. Quelle idée aussi de faire un portrait d'aussi près et de lui octroyer l'intégralité de la couverture ? Est ce que faire peur aux enfants augmente les chances d'un retour de "l'austère" en 2007 ?

Diabolique ISF ?!?

Voilà le sommet de la démagogie journalistique enfoncé, mais dans sa version haut-de-gamme, qui consiste à lécher non pas les victimes de la pauvreté ou les petits blancs aigris, mais les cadres sup et autres classes aisées et instruites. Curieusement, les règles de cet art sont presques contraires à celles du populisme façon Iznogoud : il faut montrer qu'on se comprend, entre gens de bonne compagnie, et que l'on sait bien ce qui est bon pour la France mais ce que le peuple, rendu imbécile par la "vraie" démagogie, ignore.

Ainsi cet articulet "d'analyse" publié par le Monde :

L'impôt sur la fortune (ISF) est une machiavélique bombe à retardement, habilement déposée par la mitterrandie. Exonérant les propriétaires de tableaux de grands maîtres, d'écuries de course, de jets ou de yachts "logés" dans des sociétés commerciales, les biens professionnels, l'ISF épargne les milliardaires pendant qu'il accable les millionnaires : mieux vaut posséder 27 % de l'Oréal (15 milliards d'euros) que 2 ou 3 hectares de champs de patates sur l'île de Ré, devenus constructibles par la grâce d'une signature au bas d'un POS. (...)

La suite, dans la même logique, est la rengaine habituelle, un impôt sur les biens immobiliers et les maisons de vacances qui ne "rapportent rien" et qui, associé à l'IR, pourrait sucer l'ensemble des revenus. On a déja lu ça quelque part... Notons la façon dont est utilisé l'argument des très riches, non pour demander l'inclusion de leur patrimoine dans l'impôt (sachant qu'ils n'ont pas d'immobilier, les très riches, ils vivent sur leur yatchs, bien sûr) mais pour réclamer simplement la suppression de cette "bombe à retardement" mitterrandienne. Je ne sais pas qui est Claude Carpentier, mais s'il est journaliste, son point de vue contraste sévèrement avec celui que l'on trouve d'habitude au Monde. Pourquoi pas, mais ce genre de torchon "populiste" (à l'envers) devrait être marqué "opinion" et pas "analyse".

Signalons quand même que le même journal avait publié le 26 septembre un papier remarquable de Jean-Louis Andréani qui démontait l'histoire des paysans de l'Ile de Ré matraqués par l'impôt, ce mythe habilement fabriqué par une association de propriétaires immobiliers, association qui reprenait d'ailleurs la même rhétorique anti-gros riches. Ceux-ci disposaient pourtant non de trois hectares de patates devenus constructibles par enchantement (hum) mais "de plusieurs maisons et de terrains constructibles" ; quant aux paysans affamés : "les rétais qui ont vendu un lopin de terre constructible pour payer l'ISF sont, pour l'essentiel, de gros propriétaires redressés par le fisc sur plusieurs années (...) Certains se plaignent de payer l'ISF pour des terrains constructibles mais cultivés. Pourtant, aucun ne demande leur déclassement en terre agricole".

En tout cas, après cette accélération du fayotage antifiscaliste (Colombani s'est-il énervé en recevant la redevance en même temps que la taxe d'habitation de sa villa corse ?), on attend les concurrents au tournant, mais même le Figaro et le Point auront du mal à faire plus trash.

Loi scélérate ?

La polémique sur la loi "qui glorifie la colonisation française" (d'après El-Watan) est vraiment un bel exemple de République-boulevard. Tout y est ridicule du début jusqu'à la fin. Le texte lui-même, pour commencer, car il faut presque se pincer pour se rendre compte qu'en effet une loi a bien été votée le 23 février 2005 en l'honneur des "raptriés" (pieds noirs et harkis ?), et que celle-ci inclut bien en son article 4 :

Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.

N'importe quoi ; cette rédaction pompeuse, et cette façon de parler des anciens combattants comme si on sortait de 14-18, c'est vraiment le produit d'une autre époque ! Et bien sûr c'est techniquement, et officiellement, inapplicable, ce que Robien reconnait lui-même : "L'article 4 de la loi du 23 février 2005 n'implique aucune modification des programmes actuels d'histoire qui permettent d'aborder le thème de la présence française outre-mer dans tous ses aspects et tous ses éclairages" (dans libé). Hop, enterré. Reste que le texte est là, qu'il crée un précédent éventuellement gênant, et qu'il vaudrait mieux le dégager... Mais bon, y a-t-il vraiment de quoi en faire un fromage ?

Car tout cela sent la polémique faisandée, comme si chacun était content de retrouver son rôle, un gouvernement réac qui fait un geste en faveur des "rapatriés", et des profs à l'avant-garde des libertés, accompagnés des habituelles associations signataires de l'appel "les Historiens contre la loi", sans reconnaître qu'ils sont englués dans un combat complètement symbolique ; il faut se calmer, on est encore loin de l'histoire officielle ! Parler de "loi scélérate" et de "révisionnisme", où d'une "histoire officielle univoque comme c'est toujours le cas en Chine", comme le fait libé, c'est faire un procès manifestement surdimensionné par rapport à l'enjeu mesquin de cette loi. D'ailleurs ces prétentions démesurées tombent d'elles-même quand libé essaye péniblement de démontrer que les manuels actuels, justement critiques, ne pourraient plus écrire que la décolonisation de l'Algérie a été ratée ou que la torture c'est mal... Ce n'est pas crédible une seconde ! Donc on se calme et on boit frais...

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