Libération journal de merde (parfois)
Par Guillermo, le jeudi 30 juin 2005 :: Media
Après ma vague défense de Libé, j’allais répondre à ceux qui disent que ce journal vaut « le poids du papier » ou est « comme TF1 » ; ils exagèrent, trouvais-je – mais finalement pas tant que ça, car je viens de lire le dossier sur la pollution des deux-roues.
En gros, nous avons quatre articles qui cherchent à articuler une problématique ô combien complexe : les deux roues polluent encore beaucoup (10 fois plus que les bagnoles, rapporté au trafic – rien que ça), mais les nouvelles mobs sont catalysées, et comme le parc se renouvelle vite, l’avenir de la dépollution passera par le scooter. Evidemment l’artifice rhétorique (certes on pollue, mais moins qu’avant…) est un peu gros, mais pourquoi pas.
Et là arrive l’éditorial de Jean-Michel Thénard, élégamment intitulé "Cul des vaches". Edito qu’il faut lire et relire. Incroyable. Jamais vu une telle mauvaise foi, sauf bien sûr quand libé s’est engagé à corps perdu pour le oui : comme aujourd’hui, on lisait un dossier assez équilibré, puis un éditorial à charge, un véritable passage en force, au cas où le lecteur aurait voulu user de sa liberté d’interprétation. Et donc les scooters :
L'Ademe ne s'y arrête pas qui a le nez rivé sur le pot d'échappement... Comme si l'on décidait de la politique de l'élevage en mesurant le méthane au cul des vaches ! Le pire, c'est que de telles études sont lues par les autorités politiques et prises parfois pour argent comptant. Par exemple, par ceux qui ont décrété à Paris que le deux-roues est l'adversaire (…) Comprenne qui pourra, surtout quand les usagers des pétrolettes sont souvent les plus jeunes ou les pauvres.
L’Ademe c’est l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie ; scandaleusement, elle regarde quels transports sont polluants, et dit lesquels ; et parfois (le pire) c’est que ces études sont lues par les autorités publiques ! N’importe quoi, elles feraient mieux de lire Libé pour décider de ce qui est bon pour Paris ou pour la France.
Et le reste est à l’avenant, on dirait une complainte de chauffeur de taxi, ou les arguments des possesseurs de 4x4. Tout y passe, comparaisons foireuses (l’agriculture !), arguments démagogiques (le scooter c’est le recours des pauvres, comme la bagnole celui des banlieusards), poujadisme anti-recherche ou anti-politiques publiques au profit d'une défense du gros bon sens (le titre est éloquent), bref la rhétorique fangeuse du café du commerce. Donc quand certains disent ici, Libé, journal de merde, je dois leur concéder qu’ils ont parfois raison.