A propos
radical chic

Nuit du 4 août (bis)

J’avais promis de ne plus en parler, mais j’ai lu ça :

C'est également le référendum qui enregistre le non le plus élevé de l'histoire de la Ve République : le précédent record appartenait au référendum du 27 avril 1969 sur la réforme du Sénat, où le non avait obtenu 52,4 % des suffrages avec les conséquences que l'on sait.

Et forcément ça me fait réagir ; je regrette juste que le type du Monde qui a écrit ce papier, dont je refuse par principe de lire la suite, ne soit pas allé plus loin dans sa démarche statistico-comparative (« le premier référendum où la proportion de femmes veuves de militaires mobilisées pour le « oui » dépasse le taux moyen d'abstention »), puisqu’à le lire, un « non » égale un non, le signe de la populace pas contente ; peuple idiot, apeuré, xénophobe, assassiné par les éditorialistes qui lui reconnaissent juste quelques circonstances atténuantes (« le niveau – insupportable – du chômage » dixit Colombani ; j'aime assez la petite précision entre tirets, histoire qu'il n'y ait pas d'ambiguité sur la capacité d'empathie du patron du Monde).

En tout cas, même si on a perdu, la soirée d’hier avait le charme des bonnes nuits électorales à la télé, qui laissent toujours espérer qu’un changement va enfin se produire ; on sentait même une certaine jubilation révolutionnaire, très nuit du 4 août, portée paradoxalement par un Philippe de Villiers aux anges.

Etait-ce le réglage défaillant de la télé de l’hôtel qui donnait aux perdants du oui, tous très France d’en haut dans leurs costards de corporate bankers, leur teint ultrabronzé ? Sur ce critère, le roi d’entre tous était bien notre Président, orange vif, les traits creusés-liftés et, en accord avec son débit de zombie, le reflet du prompteur dans la fenêtre donnant sur les jardins de l’Elysée. Seul Hollande avait l’air blafard et hirsute du mec qui s’est pris une vraie claque, lui qui était l’un des seuls à jouer sa peau dans ce scrutin.

Comme quoi, indéniablement, le désordre, ça a du charme.

Je clone mon chat

Et j’aime ça (nous dit le new york times). Pour 32 000 dollars, vous pouvez cloner votre chat – et bientôt les chiens, mais ce n’est pas encore au point. Les acheteurs, qui s’endettent « comme pour acheter une voiture », disent-ils, sont prêts à se ruiner pour récupérer l’exact réplique de leur chat bien-aimé, livré avec une garantie de bonne santé de un an, et une « absolute money-back guarantee » de ressemblance physique. à‡a ne plait pas à tout le monde, pour des raisons évidentes, d’ou la naissance d’associations comme Californians Against Pet Cloning (ça ne s’invente pas) « a group that supports legislation to ban the sale of genetically modified and cloned animals in California. »

Bon ce truc doit être complètement marginal, mais il y a quand même quelque chose qui traduit une société troublée ; ce n’est pas tant que les gens dépensent des fortunes pour des animaux qui me dérange (ça ou une voiture de luxe… on a bien raison de taxer les revenus !), ou que la science tripote le vivant, mais plutôt ce besoin de récupérer exactement la même bête. Les gens cités dans l’interview disent avoir essayé de se lier à d’autres animaux, mais ils n’ont pas pu le remplacer… Au lieu de lâcher 32 000 dollars en 10 ans à un psy qui les guérira de leur fixette sur une bête donnée, ou les initiera au travail de deuil, ils préfèrent faire une photocopie ; évidemment ça ne sera pas exactement le même chat, mais comme il ne parlera pas, ça sera dur de vérifier.

La dépêche la plus bête du monde

Rien que le titre : "L'euro au plus bas depuis sept mois, plombé par un possible "non" français"

La devise européenne est fragilisée par l'imminence du référendum français sur la Constitution européenne, organisé dimanche, dont les sondages indiquent avec persistance qu'il devrait être négatif. (...)
L'euro a aussi pâti d'informations de presse selon lesquelles Nicolas Sarkozy, le président du parti majoritaire français UMP, aurait tenu des propos pessimistes sur le référendum de dimanche.

Ce qui me rend fou, ce n'est pas cette participation au catastrophisme anti-non (alors que le CAC40 est en pleine bourre) mais ce retournement complet du sens économique. Le journaliste de l'AFP qui a pondu ces imbécilités est tellement pavlovien que pour lui, quand ça monte, c'est bon, et quand ça baisse, c'est la merde. Que l'euro soit à des niveaux complètement insoutenables pour l'industrie européenne, que les Etats Unis fassent du dumping monétaire et que la Chine en profite à mort, tout cela échappe à notre gratte-papier, plus sûrement inquiet de voir le prix potentiel de ses vacances aux States augmenter de quelques pourcents, voire (horreur) de payer plus cher l'essence de son 4x4.

Le pire c'est qu'en plus l'influence du scrutin sur la monnaie unique est certainement un pur fantasme ; la seule chose que font les analystes cités, c'est de coller la courbe des sondages à celle du taux euro-dollar, ce qui constitue un outil d'analyse absolument performant ; être payé à dire des conneries plutôt que rien, voilà qui fait de l'analyse financière une sorte de blogging de luxe !


Encore plus con peut être : "avoir la fraîch'attitude". Ca va me rendre violent...

Saturation

C’est la première fois que ça me fait ça pendant une campagne, mais je n’en peux plus de ce putain de référendum ; les arguments des deux bords, ressassés jusqu’à la nausée, n’ont absolument plus aucune prise, et malgré tout, le compte à rebours aidant, chacun tire ses dernières cartouches. Immanquablement, avec la dégradation des débats, lire un argument pro-oui donne envie de voter non, et inversement. Je plains les indécis de devoir choisir au milieu de ce bordel surréaliste.

Je vais finir par me désintéresser de la politique, comme tous les autres avant moi. Coincé dans ce choix débile, entre défendre mordicus une construction européenne gangrenée par la bureaucratie, sous le prétexte d’améliorer quelques vagues mécanismes institutionnels, ou rejeter tout en bloc, rêver de protectionnisme et d'emploi à vie tout en se gavant de gadgets chinois, j’ai vraiment envie de m’abstenir. Bah, je vais voter oui, par conviction molle, parce que je ne veux pas me laisser prendre aux jolis discours antilibéraux qui ne règleront jamais rien, et parce que je n’ai plus tellement de sympathie pour l’extrême gauche (à force de m’être embourgeoisé ?)

Je pense déjà au grand vide de l’après-29 mai, aux analyses courues d’avance (Chirac le serial loser qui l’a bien cherché, la fracture entre le peuple et les élites, la peur des délocalisations, gna gna gna), aux règlements de compte, aux spéculation sur le remplaçant de Raffarin (comme si cela pouvait changer quelque chose !), bref à tous les discours qui, évidemment, souligneront notre impuissance à faire autre chose que de parler dans le vide pour nous rassurer.

Le diable est dans les protocoles

Pendant que la campagne s’affole, que les ouiouistes redoublent de menaces et hurlent à la fin du monde, que les nonistes évitent surtout de parler de l’après-29 mai, par superstition et parce qu’il ne faut pas briser le rêve de l'union sacrée contestataire tout de suite, pendant que Sarkozy, qui était sorti de son huître avec la remontée du oui, retourne se planquer pour apparaître en recours (au point de laisser courir des rumeurs parisiennes pour excuser ses absences), bref pendant que l’échéance approche, je me suis dit qu’il fallait commencer à regarder le texte – texte qui, je ne l’apprends que maintenant, n’a pas été entièrement rédigé par Giscard et ses boys, ce que le camp du oui devrait claironer plutôt que de laisser Chirac retourner tout foutre en l’air à la télé.

Le texte donc, mais pas la partie I, qui m’a l’air plutôt pas mal, pas la partie II, un ramassis de bonnes intentions, pas la méchante partie III libérale qui n’aurait jamais dû être là, pas la suite… mais les annexes. Ne rigolez pas, c’est vachement instructif les annexes et surtout les « Protocoles annexés au traité établissant une Constitution pour l'Europe » ; voilà au moins de la construction européenne concrète, proche des gens. C’est là, nous disent les « hautes parties contractantes », que l’Irlande garde le droit d’interdire l’avortement (protocole 31), là que sont précisés les contraintes du pacte de stabilité (protocole 10), là qu'il est écrit que France Télévision, ZDF ou la RAI pourront continuer à émettre (protocole 27), etc.

Mais c’est surtout là que l’on trouve les vraies dispositions qui comptent, comme le protocole 26 par exemple :

Nonobstant les dispositions de la Constitution, le Danemark peut maintenir sa législation en vigueur en matière d'acquisition de résidences secondaires.

Nous voilà rassurés, et prêts pour la lecture de quelques extraits du long protocole 9 sur les nouveaux entrants de l’Est ; par exemple les « dispositions relatives à la restructuration de l'industrie sidérurgique tchèque » (page 20) :

L'usine de Vysoké Pece Ostrava (VPO) doit être incorporée dans le cadre organisationnel de Novà¡ Hut moyennant l'acquisition de tous les droits de propriété dans cette usine. (…) Novà¡ Hut doit évoluer et s'orienter vers la commercialisation plutôt que vers la production, et la gestion de l'entreprise doit être améliorée afin de devenir plus efficace et plus transparente au niveau des coûts ; Novà¡ Hut doit revoir sa gamme de produits et se tourner vers des marchés à plus haute valeur ajoutée.

Autant dire, et cela a dû affoler les ouvriers tchèques, que la stratégie ultralibérale (« plus efficace » !) de l’usine de Vysoké Pece Ostrava est complètement gravée dans le marbre !! A ce niveau là, le jeune type qui a demandé à Chirac si le tri sélectif n’était pas dans le TCE ne posait pas une question complètement incongrue.

Le plan B de l'huma

J'avais lu ça distraitement la semaine dernière, je pensais que ça allait faire débat, mais non, personne n'a rien dit. Alors j'en reparle, parce que je n'ai pas cessé d'y penser, au catalogue des idées de l'après-non venant du PCF et de leurs potes.
Quelques extraits, par exemple des mesures immédiates :

Une directive de protection contre les licenciements collectifs sera adoptée. L’obligation sera affirmée de négocier, sur des propositions alternatives, avec les représentantes et représentants des travailleurs qui disposeront d’un droit de veto suspensif.

Véto suspensif, ça me plait ; et surtout, les mesures à long terme :

Une réduction simultanée du temps de travail sera envisagée dans tous les pays de l’Union.

Le service public ou d’intérêt général sera reconnu dans les institutions de l’Union et échappera aux règles de la concurrence. (...) L’Union aura obligation de créer de tels services, pour répondre aux besoins sociaux (...)

Le droit à un revenu qui permette de vivre deviendra effectif pour toutes et tous. (...)

Dans toutes les grandes entreprises, les droits et les pouvoirs des salariés et de leurs organisations seront étendus.

Bien sûr, toutes ces "propositions" dont je ne cite évidemment que les plus caricaturales, ne sont pas à jeter ; on y trouve les critiques fondées sur la BCE qui ne sert qu'à lutter contre l'inflation, l'absence d'ambition économique et industrielle en Europe, la prime donnée à l'abaissement des barrières sans qu'on sache trop à quoi cela sert.

Pour le reste, ce texte est complètement irréaliste. J'ai beaucoup réflechi, après avoir lu Mona Chollet, à ce qualificatif de "réalisme", qui sert souvent à enterrer nos belles idées et à promouvoir une logique strictement comptable ou un abandon collectif de nos systèmes de solidarité. Mais croire qu'au non de principes à la con, totalement arbitraires, auto-justifiés par leur générosité proclamée (qui est pour les licenciements?), on puisse arriver à quelque chose d'efficace sans se poser la question, au hasard, du financement, est carrément aberrant.

Encore mieux, croire que tout le monde en Europe veut voir chez soi nos fleurons français, les 35 heures, EDF et le RMI, c'est faire preuve d'un singulier franco-centrisme et d'une négation complète de l'autonomie des peuples qui n'ont pas fait ces choix politiques. Ca me donne envie de répondre, à l'anglaise, "gardez votre modèle social français et son chômage de masse" !

Ce genre de délire fait du non l'allié objectif (comme on dit) de l'ultralibéralisme, puisque à force de refuser la moindre concession tant que les 110 propositions du Mitterrand de 1981 ne sont pas appliquées au monde entier, on laisse le champ libre à l'Europe moins-disante.

Cannes mon amour

N'en jetez plus ! Déja les Césars ont snobé les grosses daubes populaires pour récompenser l'esquive, par ailleurs un très bon film, mais maintenant c'est Cannes qui honore, une fois de plus, les films intellos-intimistes-socialistes, ceux qui ne plaisent pas au grand public ! Comme j'ai la mauvaise habitude de commenter les choses que je n'ai pas vues, j'espère simplement que ce Dardenne-là sera au niveau de la Promesse plutôt que du poussif Rosetta. Mais ce qui me réjouit d'avance, c'est le tombereau de haine populiste qui ne manquera pas de s'accumuler dans les forums...



Certes, magie de la sélection, à part peut-être Lemming et Sin City, le cinéma populaire n'était pas des masses représenté, ce qui évite par avance bien des déceptions (comment ça, ils ont osé mettre SWIII hors compétition?). Cela n'empechera pas, j'en suis sûr, quelques sorties démago, et le débat sans fin entre cinéma/plaisir et cinéma/oeuvre d'art, avec les mêmes arguments de mauvaise foi des deux côtés. Tellement prévisible, mais tellement agréable !

Au taf le samedi (post destructuré)

Salarié discipliné, au travail le samedi, bravo. Putain j'aurais pu faire des courses et m'acheter des fringues en plus, des chemises trop chères qui rendent mon teinturier heureux (je vais pas les repasser moi-même non plus), mais non il faut se retrouver au bureau, coincé avec un autre type au milieu des locaux vides. C'est l'exact inversion des heures volées que l'on passe sur internet, puisque là je me vole mon weekend pour finir des rapports de merde que personne ne lira jusqu'au bout.



Au boulot le samedi je suis comme un vrai patron, sauf que travailler un jour de plus ou de moins ne va pas me rendre plus riche.

Au boulot le samedi je suis un vrai jeune cadre, je vais pouvoir me plaindre partout autour de moi que j'en fais vraiment trop, histoire de bien faire comprendre à tout le monde que si je reste tard ou que je passe le week end ici, c'est que j'ai à faire, que j'ai de l'importance, que j'existe putain ! Tout ça après avoir passé des heures à glander.


Pas besoin de réfléchir plus avant sur la croissance économique et le bonheur, ce sont deux choses différentes. Non seulement le monde marchandisé est plutôt laid, mais en plus il n'amène nulle part, à part peut-être au happy slapping, évolution naturelle du portable vidéo-singe (on s'amuse comme on peut). Merde je devrais travailler au lieu de lire Jean Sur, je vais encore avoir envie de voter non...


Les tortionaires de Fakir me font rire : regardez comment ils tourmentent la pauvre dame en charge de l'explication téléphonique du TCE ! Les gauchistes respectent les travailleurs, mais pas les ennemis de classe ! Cela dit, créer un dispositif d'information sur un truc incompréhensible, c'était un vrai défi.

Petites phrases dans la face

Chirac risque de se prendre le non en pleine gueule, comme une nouvelle dissolution ratée, mais en jouant le terroriste martyr il a au moins réussi à diviser les socialistes, qui passent désormais le plus clair de leur temps à se foutre sur la gueule à coup de petites phrases assassines. Comme la politique c’est plutôt chiant, et que la en plus il est difficile d’écarter la technicité du sujet, même en le dramatisant dans tous les sens, les piques que s’échangent nos amis politiciens permettent de suivre la campagne de loin, comme un match de foot, ce que les journalistes pratiquent avec joie. Mais ne gâchons pas notre plaisir, j’avoue que j’ai particulièrement aimé celle-là, de Fabius à Jospin : « Plusieurs anciens responsables politiques se sont exprimés récemment, comme Lionel Jospin, Valéry Giscard d'Estaing ou Simone Veil, c'est toujours intéressant » ; Fabius c’est moins drôle, le seul reproche que tout le monde lui fait, c’est de la jouer perso, ce qui venant des hommes les plus carriéristes du monde est quand même un peu gonflé.

Il y a quand même un problème dans ce travers à simplifier les enjeux politiques en une lutte de types pour le pouvoir à coup de vacheries, avec des haines hyper longues que personne ne peut expliquer en guise de motivation profonde des acteurs. On connaît Chirac et Sarkozy, le tout soutenu par une rumeur grandguignolesque de coucherie, et on découvre – enfin je découvre, paraît que ça dure depuis 20 ans – la haine entre Fabius et Jospin. Ces histoires fascinent, puisque personne parmi les gens ordinaires ne s’embarrasse de ce genre de sentiments, à moins de devoir subir un patron ou un voisin paranoïaque. Elles alimentent la littérature de gare politique, où des vagues conseillers se mettent en scène dans les arcanes du pouvoir, en train de recueillir les petites phrases et les coups de pute qui, à les lire, expliqueraient presque la totalité des choix politiques en France.

Du coup, soit on suit la politique comme une affaire de personnes, ce qui revient finalement à lire Voici ou Gala, la honte en moins, soit on se décourage du débat, dans lequel les problèmes de fond ne sont approchés que de façon caricaturale, avec des choix manichéens pré-machés et dramatisés comme si notre vie en dépendait (« pour ou contre le voile ? » attention c’est la République toute entière qui est en jeu, pire qu’en 14-18). Last but not least, un éditorialiste arrive et s’étonne de la désaffection des élites !

On nous prend pour des singes (encore)

Ca devient une habitude ; à chaque fois que le blogging intense me redonne un peu de foi dans le débat politique, débat que libé d'hier célèbrait d'ailleurs avec une emphase bizarre (super les familles se déchirent sur le TCE, comme si les journalistes étaient contents de vivre une nouvelle affaire dreyfus), je me prends deux trois trucs en pleine gueule qui me donnent envie de changer d'avis dans tous les sens.

Jusqu'ici le truc qui m'énervait le plus était le ton cérémonieux et empesé des partisans du non, de la part de la star Etienne Chouard ou du nouveau venu Thibaud de la Hosseraye, qui commence très fort : "A 15 jours de l'échéance électorale du 29 mai, je crois de mon devoir de citoyen d’apporter au débat public quelques éléments tirés de mon expérience personnelle". Mon devoir de citoyen à l'assaut du débat public, même Socrate à Athènes l'aurait jouée plus discrète, pas étonnant que Schneidermann & co en viennent à douter de l'existence de ce gars, tant il parait cloné. Autant dire que je me refuse à lire le texte, je n'aime pas qu'on me prenne pour un môme mais je ne tiens pas non plus à me sentir coincé dans un banquet radical façon 1920. Tant qu'à faire une digression, je préfère nettement les non-arguments de mauvaise foi d'Embruns, au moins ça calme le débat ; et quitte à donner la parole au non, je suis toujours troublé par ce bon Lordon qui n'a pas perdu son style de chaire, au point qu'on doit se retenir pour ne pas le citer !

Mais ce qui m'a achevé ce matin, pour une fois, venait du camp du oui ; un tract débile, ou alors dangereusement parodique, envoyé par un de mes potes strauss-kahnien (parlons-en des mauvaises fréquentations) qui commence comme ça :

"Alors qu’on vient de célébrer la fin de la guerre dans toute l’Europe, voilà que la construction européenne est à la croisée des chemins. Pour la première fois des peuples ont décidé de joindre leur Force pacifiquement et de lier leurs Destins. C’est pourquoi, pour nous, voter oui, c’est choisir le bon coté de la force".

Le reste est à l’avenant... Autant dire qu'avec ce genre d’argumentaire on atteint le summum de l’approche débilitante dont certains ont vraiment abusé. Lire un tract avec photo de Dark Vador ("un avenir abandonné à l’Empire improbable des droites dures") et qui se conclut avec un "par le oui, l’europe sociale passe" façon Yoda me donne vraiment envie de voter non. Peut-être que c’est - subtilement - fait exprès ? Faut croire, puisque j'apprends chez Bix que des ouiouistes verts ou roses avaient prévu de le distribuer mercredi, sans doute aux files de gamins coincés dans les queues les plus longues de la galaxie pour voir le fameux nanard. S'ils se prennent des coups, ils l'auront cherché - et Libé sera content d'en parler sur le thème du retour en grâce de la politique.

Flying blue ou l'anglais yaourt

Je n'ai jamais été fan du nom « fréquence plus », à la sonorité technicienne et bêtement publicitaire, enrobé par ce « plus » qui traduit le positivisme de principe de la logorrhée corporate. Mais imaginez ma surprise quand j'ai reçu ma nouvelle carte « flying blue », carrément. Peut-être fallait-il changer le nom du programme de fidélité d'Air France pour intégrer KLM, mais ce qui me hérisse, c'est le recours systématique à l'anglais alors que le dos de la carte (qui reste propriété de machin, etc.) est rédigé en français, comme tous les dépliants publicitaires qui accompagnent l'envoi. Flying Blue, ça ne veut rien dire et en même temps c'est plus ou moins compréhensible par tous, c'est de l'anglais yaourt, de l'anglais pour l'anglais en quelque sorte. C'est une pétition de principe, aujourd'hui une entreprise un peu sérieuse ne peut communiquer que dans cette langue sous peine d'être ridicule ; avoir un nom en français, ou alors franco-hollandais, ça aurait eu une autre gueule, mais j'imagine qu'ils ne l'ont même pas envisagé, le français ça ne marche que pour les parfums, et encore.

Ce n'est pas un exemple isolé, les pages de pubs sont ponctuées de baselines globalisés, qui auraient parfaitement pu être traduites mais qui auraient perdu par la même ce petit glamour cosmopolite et actif qui fait le charme de la langue des aéroports. Encore pire, chacune de ces pubs est hypocritement traduite en caractères 4 dans le coin en bas à droite, puisque les gogols qui ont voté la loi Toubon n'ont pas pensé, comme au Québec, à imposer la même composition aux deux langues. Flying Blue / Voler Bleu, ça aurait directement condamné le recours pavlovien à l'anglais et demandé un peu plus de taf aux types de l'agence de pub, qui ont certainement passé le reste de le temps à se demander comment appeler la carte de base ; « gris » ça faisait un peu pauvre, alors maintenant on a « ivory » (plus chic que « white » ?), et ensuite le code international amex, silver gold platinium, histoire de ne pas déparer le portefeuille des élites nomades (merde ma carte gold AF ne colle pas avec ma platine amex, va falloir que je retourne à Tokyo).

Le retour de la trilogie des beaufs

Pour ceux qui n'auraient pas été absolument déprimés par les deux derniers star wars, qui mêlaient un scénario pitoyable à une réalisation digitale léchée et complètement dépourvue d'atmosphère, le numéro 3 sort enfin. Ouf, on va comprendre comment le gentil devient méchant, j'avoue que cette question me taraudait à mort, et il parait qu'à sa place on aurait fait pareil, nous dit libé.

Il y a aura encore des crétins qui vont faire la queue pendant des heures pour être les "premiers" à voir ce film, et des télés trop contentes d'aller planter leur caméras pour filmer les excités de la file d'attente ... quel intérêt de s'infliger ce genre de souffrance puisque l'expérience sera à chaque fois la même ? Etre avec les autres ? Pouvoir se déguiser en dark machin ? Je n'ai rien contre la régression, surtout dans ces modalités inoffensives, mais il y a quelque chose de la pollution à voir tous les médias se pencher complaisamment sur ce genre de "phénomène", fabricant à coup sur le succès qu'ils prétendent expliquer (on connaît la chanson).

Quant au film, qui sera sûrement une bouse, et très loin des deux premiers opus historiques (mais j'irais peut-être le voir, plutôt que de me faire incendier parce que je parle de ce que je ne connais pas...), il entre parait-il en résonance avec la problématique guerrière de l'Amérique bushiste, comme les premiers (sortis en 79 mais bon) avec la guerre du Vietnam. Ce qui nous vaut ce communiqué de presse profond :

Le propos de Lucas, depuis le départ, est de s’interroger sur la manière dont une démocratie peut se transformer en dictature. Selon lui, quels que soient les pays concernés, la chose se passe toujours de la même façon, avec le même procédé. A chaque fois les mêmes problèmes, les mêmes menaces extérieures mènent à un contrôle plus fort.

Bravo Georges, il fallait s'en rendre compte ; comme quoi, on peut être un cinéaste talentueux et faire de la philosophie politique pour les singes ; ça me rappelle les interprétations crypto-platoniciennes du fameux matrix reloaded, encore un nanard encensé pour sa soi-disant profondeur.

Pendant le week-end...

Alors que je fais du sport sous la pluie (ayez une pensée pour moi), et que je vais débloguer un peu pour ces quelques jours (dont un payé de ma poche pour permettre de repeindre les maisons de retraite tout en baissant la TVA des restaurateurs de la Côte d'Azur), je vous laisse avec une petite sélection retrospective des billets les plus polémiques - ou les plus commentés, qui sont aujourd'hui enfouis dans les profondeurs des archives (le temps passe vite) :

Au passage quelques articles qui n'ont pas suscité beaucoup de réaction, alors que, franchement, y'avait de quoi :

Voilà.

La question des élites

Forcément, ce référendum qui ne passe pas comme une lettre à la poste agite l'esprit de nos intellos et autres éditorialistes. Les échos, jamais en reste, nous résument l'affaire fissa, avec cette façon "je viens de me rendre compte qu'il y a un problème" qui fait tout le charme du papier :

"Les élites ont perdu une part de leur pouvoir d'entraînement, leur capacité à transcender les oppositions, leur aptitude à faire avancer le pays par leur vision de l'avenir." (in les echos mercredi 11 mai)

Vision de l'avenir, rien que ça. Toute l'interrogation sur les élites vient des élites elles-mêmes, qui n'hésitent pas à se remettre superficiellement en cause pour mieux réaffirmer leur nécessité. Comment peut-on faire avancer les choses sans une vision de l'avenir ? Comment peut-on se passer de notre corps pensant, de nos philosophes-rois ?

A chaque fois que ressort la tarte à la crème du décalage entre la France des gens normaux et celle des Parisiens pressés, on formule les mêmes voeux pieux d'une aristocratie mieux à l'écoute du peuple, et on entend derrière le même soupir de nostalgie, le regret d'un âge d'or où les Français, studieux et disciplinés, écoutaient religieusement la bonne parole de nos moralistes de la république. Ce que grosse fatigue décrit de façon plus illustrée, ou du moins plus sincère :

On demande aux Français leur avis, les voilà qui disent non, les pauvres cons. N'est-ce pas la preuve que ces gens-là doivent être gouvernés par une technostructure aristocratique qui sait très bien que le textile n'a pas d'avenir parce qu'il est, structurellement, non compétitif ? (...) FAITES CONFIANCE AUX SPà‰CIALISTES. Ils ne se trompent jamais. (GF)

Fondation Pinault, drame national

Il est arrivé une catastrophe en France et nous ne l’avons pas vu venir ; le choc, intense, a fait la une de l’ensemble des journaux, tous porteurs de cette unanimité dans la déception et la douleur. Ben oui, la collection de Pinault, la « fondation Pinault » comme on dit la Frick Collection, mais les Vermeer en moins, ne sera pas exposée en France. A en croire les éditorialistes et les les hommes politiques qui ont fait remonter leur clameur jusqu’à l’Assemblée, c’est un drame pour notre culture à tous qui vient de se nouer.

Je comprends un peu que les politiques soient énervés par la mesquinerie de l’homme Pinault, qui s'était enrichi par le bon vouloir de l’Etat via Executive Live, mais ne s'est pas gêné pour accuser « l’administration » d’avoir fait traîner la construction de son musée personnel, ou de lui avoir fait prendre le risque d'ouvrir son petit Guggenheim sur Seine au milieu des chantiers de construction (quelle horreur! quel manque de respect envers la Culture!).

Mais pousser des hauts cris parce que quelques dizaines de croûtes modernes, dont les copies presque conformes se trouvent dans tous les musées du monde, ne viendront pas servir de prétexte à la visite d’un centre commercial sur l’Ile Seguin, c’est manquer singulièrement de recul. On se demande de quoi souffre la culture en France ; de l’absence de musée ou de l’absence de visiteurs, à part les crétins en short qui visitent le Louvre à travers l’écran du caméscope ? De l’absence des trois tableaux contemporains et d’une bâtisse moderniste de plus, ou du fait que plus personne ne soit capable de lire un livre ou d’aller voir autre chose au cinéma que les Choristes ou Brice de Nice ?

Plaisir honteux n°2 : les stats

C’est le genre de vice dont j’ignorais l’existence avant de me doter d’un site web… En y repensant, une foule d’indices aurait pu me mettre sur la voie : un goût caché pour les chiffres, les évaluations, les notes, les budgets, bref toute une psychologie sadique-anale présente en arrière plan et qui ne demande qu’à se manifester, lors d’un tripatouillage de feuille excel ou, nouveau vice, quand je consulte les stats de ce blog.

Les stats (je précise pour ceux qui ne sont pas habitués) indiquent combien de gens viennent ici chaque jour, information raffinée par des dizaines de paramètres : d’où ils viennent, ce qu’ils cherchent, ce qu’ils voient, combien de temps ils lisent, et parfois (un peu) qui ils sont. C’est une information très redondante, rarement surprenante, mais totalement addictive ; il n’y a pas grand chose de plus décevant que de s’apercevoir que le compteur n’a pas été remis à jour depuis la veille, et qu’il n’y a pas d’autres informations fraîches que la liste des derniers visiteurs, que l’on peut relancer toutes les 5 minutes pour voir si quelqu’un de nouveau s’est pointé. Mal contrôlée, cela devient vite une activité régressive et bouffeuse de temps.

Bien sûr, ce n’est pas l’envie réprimée de se vautrer dans les chiffres, surtout pour quelqu’un de vaguement littéraire, qui explique tout à elle seule ; ce qui pousse à lire et relire ses stats, c’est un narcissisme bien compris, l’envie d’être lu et la crainte toujours présente d’une chute des fréquentations...

Et il faut avoir son propre site pour comprendre, comme grosse fatigue ou dieudeschats, que ces comptes rendus de visite sont aussi cruels pour l’ego ; la moitié des gens, au moins, viennent par hasard, pris dans les filets de google, parfois à la recherche d’informations qu’ils pourraient trouver ici (ceux qui veulent en savoir plus sur le dernier Begbeider apprendront que je ne l’ai pas lu et que je n’en pense pas moins), et le plus souvent pour mater des « filles de banlieue » ou des « racailles » sur les skyblogs, voir si « niquer » ou « ta gueule » conduisent sur des sites intéressants, ou enfin (numéro 1 ce mois-ci dans mes stats) trouver plus d’info sur la gélatine (alimentaire) ; c’est fou le nombre de gens qui se posent des questions à ce sujet, au point que j’en serais presque à effacer le billet mal écrit qui les conduit ici, et rarement ailleurs sur ce site, une fois qu’ils ont compris le coup des carcasses de bœuf dissoutes dans l’acide.

Le débat sans fin

Extrait d'un article pro-oui de libé, qui nous explique que le parlement sera renforcé :

"Si la politique menée par la Commission ne nous plaît pas, nous pourrons à juste titre sanctionner la majorité sortante aux élections européennes et élire une nouvelle majorité au Parlement (...) chacun pourrait peser, par son vote, sur les questions politiques qui lui sont chères"

Soit. Mais j'imagine déjà la réponse du "non de gauche" : "de toute façon la politique de l'union c'est la concurrence qui est gravée dans le marbre".

...et ainsi de suite jusqu'à la fin de temps. Comme le dit bien David Abiker :

Nous le savons : chaque étape de la construction européenne est le temps d’un chantage, d’une dramatisation façon marche ou crève qui répartit rituellement les rôles : d’un côté le syndicat du non, les agitateurs et les marginaux, de l’autre, les hommes d’Etat et les gens responsables. Les premiers nous paraissent exotiques, excités, dans l’opposition, irresponsables et donnent l’impression de gérer égoïstement un fonds de commerce démagogique. Les seconds, au contraire, ont rejoint l’euro-club fermé qu’on appelle le Rendez-vous de l’Histoire. On s’y ennuie à crever, on y consent des sacrifices mais on est du bon côté. Ceux qui font l’Europe ont choisi allemand première langue ; y’a pas de miracle.

Discours RATP en liberté

Les prises de parole des conducteurs de métro sont souvent intéressantes ; à part celles qui sont animées par le souci d’en dire le moins possible (« terminus » répété deux fois et rien d’autre), j’avoue que j’adore entendre le langage formaté RATP (« nous stationnons pour régulation / suite à voyageurs sur les voies »), un jargon technique assez affreux mais qui signe un univers différent du notre, avec ses règles cachées et ce côté fonctionnaire à la Pagnol que je ne peux pas m’empêcher de projeter sur ces uniformes verts, certainement à tort d'ailleurs. De toute façon, le discours du métro, marqué par sa brièveté, est souvent sérieux, à la différence de ce qui se passe dans les trains ou surtout dans les avions, où une fois sur deux les hôtesses sont mortes de rire quand elles prennent le micro, sans doute parce qu’elles doivent faire semblant de rattraper au vol des masques respiratoires dont l’inutilité est rendue encore plus criante par le fil qui pendouille et l’attitude grimaçante du stewart en face, plus préoccupé de déstabiliser sa camarade que de nous faire croire qu’un accident ne sera pas fatal.

Un discours sérieux donc, sauf qu’une fois, il y a longtemps, le conducteur du métro avait profité de l’annonce du terminus pour nous souhaiter une bonne soirée, nous dire qu’il s’arrêtait maintenant et qu’il était vraiment heureux de profiter de son week-end, le tout ponctué par une exclamation enfantine style « youpi ». Tout le wagon avait été surpris, et pour cause, en trente ans de métro, ça ne m’est arrivé qu’une fois. Mais quel plaisir quand on sort des messages officiels et des rôles de « pros » que les gens se donnent pour entrevoir une autre façade, un envers du décor qui n’est pas surprenant en lui-même, mais que l’on aime voir surgir comme on s’amuse de voir les coulisses derrière le rideau mal fermé d’une pièce amateur.

Peut-être que le formatage de la langue professionnelle est nécessaire pour apprécier ces paroles un peu plus désordonnées et libres. Mais pour continuer sur le thème RATP, je crains que cette entreprise qui communique de plus en plus, et parfois de façon parfaitement conne (confondant discours « ludique » et le fait de prendre les voyageurs pour des attardés), ne vienne à encadrer plus sévèrement la parole trop rare des machinistes à coups de stage de com ; on perdrait en même temps le charme du jargon technique et le chance infime d’un commentaire imprévu.

Plaisir honteux n°1 : Les bagnoles

Ca va en surprendre plus d’un ; comme Adrien/Bix l’écolo qui m’envoie ce défi vicieux, et qui reconnaît fréquenter le rayon gadgets de la Fnac, j’ai un vice caché bien consumériste : j’aime (bien) les voitures, ou les motos, ou tout ce qui roule avec un moteur (hormis les tondeuses à gazon, pas bien excitantes je trouve). Oui, moi qui hurle contre les 4x4 et tous les symboles de beauferie possibles, qui parle de maisons en paille et s’alarme d’une mentalité anti-écolo : je le confesse, j’aime les tutures. Bien sûr, cela remonte à l’enfance, comme tous les vices un peu régressifs ; je me souviens, à 10 ans, en vacances dans un bled, aller tous les jours à la maison de la presse feuilleter le numéro spécial « toutes les voitures du monde 1984/85 », que mes parents ont fini par m’acheter. C’était la grande époque de la R25, mystérieuse puisqu’on ne connaissait pas encore ses caractéristiques techniques (et encore moins qu’elle deviendrait le symbole du gouvernement PS).

Depuis cette phase fusionnelle, pendant laquelle j’étais incollable sur des trucs que je ne comprenais pas (l’empattement...), j’ai entretenu avec les bagnoles une relation souvent distante mais jamais complètement désintéressée. Certes il y a eu l’informatique, puis les filles, la culture et tout ça, mais j’ai toujours laissé traîner une oreille discrète quand les gens parlaient mécanique (un vrai moyen de contact trans-classes sociales), et j’ai souvent jeté un regard langoureux sur les pubs dans les magazines. Aujourd’hui, il m’arrive encore de lire la rubrique auto du monde ou celle des échos week-end, voire même, chez mon coiffeur pour homme (comme on ne lit Match ou le Fig mag que chez le dentiste…), feuilleter des magazines spécialisés et glisser, avec le sentiment de me salir les doigts, sur des articles qui protestent contre les radars… Du coup je reste au courant des détails techniques et des grandes polémiques genre essence contre diesel...

Bien sûr, en bon parisien, je n’ai pas de bagnole, et je dois me contenter d’engins de location, des tires des copains, ou de l'ex-voiture de mon père, une vieille R21 suffisamment pourrie pour en être attachante, que je n’hésitais pas à conduire trop vite, sachant que dans ce pays 160 km/h est devenu la nouvelle frontière de l’autoroute. Bien sûr, en bon bobo, je suis contre la voiture en ville, je suis pris de pitié pour tous ceux qui galèrent dans les embouteillages pour échapper au métro, et je n’hésite pas à leur reprocher la pollution qu’ils crachent. Pour moi la voiture est un instrument de week-end, un passe-temps sur papier, et une source d'interrogation sur ma psychée profonde et mes tendances hétérobeaufs.

L'écologie comme on l'aime

(je sens que je vais réserver le week-end aux thèmes positifs)

Libé du samedi, c'est l'édition la plus agréable de la semaine, avec la chronique "vox populi" de mathieu lindon, souvent assez marrante, le journal de la semaine (putain ces vies d'écrivains peinards, qu'est ce qu'elles me font envie !), et surtout la thématique XXIème siècle, qui plait à l'enfant caché qui est en moi (au passage, j'espère que Satchmo ne va pas me dire que libé est un journal ridicule et petit bourgeois).

Et cette semaine ça n'a pas manqué de me plaire, puisqu'il est question de ... maisons en paille. J'adore ces histoires d'archi un peu techniques, et plus encore cette écologie pratique, qui revient moins cher que les techniques classiques de construction, et permet pour une fois d'envoyer chier les emmerdeurs de l'industrie qui tentent toujours de faire de l'écologie un loisir de riches. En plus cela se fait avec des technologies de pointe :

"Si je veux expliquer qu'un système de ventilation nocturne peut permettre de se passer de climatisation, je ne dois surtout pas parler de simple ouverture des fenêtres la nuit, car cela a l'air idiot. On parle donc de «low-tech», de «free-cooling» ou de «night-cooling». Là, on nous applaudit..." dixit un consultant spécialisé.

Je vois déjà des maisons complètement écolos à la structure marrante remplacer progressivement les lotissements de merde standardisés qui pullulent partout ("nous sommes trop riches en France... Nous avons les moyens de faire moins bien, pour plus cher !", ibid). Je sens que c'est aussi le moyen de passer à une conception individuelle de l'écologie, partiellement appuyée sur des arguments de bon sens économique, et non plus seulement sur un discours de culpabilisation qui risque de provoquer un backlash à moyen terme.

Apporter la démocratie en Irak

On se demandait comment ça marchait, le coup de la grande leçon de démocratie et de liberté à nos amis irakiens perdus par des années de saddamisme ; c'est un soldat américain, futur objecteur de conscience, qui nous apprend (dans le NY Times) les techniques de base de l'armée US :

"Guys in my unit, particularly the younger guys, would drive by in their Humvee and shatter bottles over the heads of Iraqi civilians passing by. They'd keep a bunch of empty Coke bottles in the Humvee to break over people's heads."

On a beau se répéter que les "résistants" sont une bande de terroristes sunnites et radicalisés qui ne supportent pas de voir les chiites leur piquer le pouvoir (avec des élections en plus !), on comprend qu'ils aient encore de quoi trouver des supporters dans la population ! J'espère naïvement que toutes les unités ne se comportent pas comme ça...

Cela étant, c'est une anecdote qui nous fait rentrer dans la réalité de la guerre. Il ne suffit pas de voir les images d'attentats ou les soldats hyper harnachés se ballader dans Bagdad pour ressentir ce conflit (qui ne nous distrait plus) de façon intime. Le risque est justement de passer au delà de la réalité pour en arriver directement au jugement politique, et à une position presque partisane en faveur des irakiens "insurgents" ou des américains qui "libèrent" l'Irak. Cette vision grossière arrange tout le monde, puisqu'on peut projeter ce qu'on veut y voir, mais ne permet pas de comprendre ce qu'il se passe sur le terrain. Là, avec un témoignage, j'ai un angle de vue qui typiquement est introuvable à la télé ou à la radio. Conclusion : les images, c'est de la m... (mais non ce n'est pas un jugement excessif).

Constitution tion tion

C'est une chose de critiquer le capitalisme, c'en est une autre de basculer dans le slogan. J'ai déja dit ce que je pensais des tenants du oui. Mais ce qui m'insupporte chez les partisans du non, c'est leur propension à incarner la vérité, en particulier sur les questions d'ordre économique ; ce qu'ils disent est juste, puisqu'ils sont la voix du peuple qui souffre de la précarité et du chômage. Allez, un exemple au pif :

L’Europe sociale (que Hollande) nous promet est l’Europe libérale dont a toujours rêvé M Seillière, ce seul détail devrait suffire à douter des arguments enjoués du Parti Socialiste. Au PS, seuls MM Melenchon et Emmanuelli ont saisi le caractère ultralibéral de ce texte, qui n’est plus à démontrer.

La ficelle est grosse, mais elle doit bien marcher puisqu'elle sert souvent : l'épouvantail du Medef comme machine à disqualifier automatiquement. Et cette façon de lui donner du "Monsieur" dont on ne sait si elle reflète un égalitarisme obtu d'employé d'état-civil (Citoyen ! Ton nom et rien d'autre), à la façon du Monde Diplo qui évite systématiquement les diminutifs des prénoms des politiques cités ("M. Anthony Blair" ou "M. William J. Clinton"), ou s'il s'agit d'une ironie révolutionnaire, comme les tracts qui parlent du "baron Sellière", comme si le fait qu'il ait un titre de "noblesse" pouvait suffire à déchaîner les foules contre lui, à en faire l'essence éternelle des privilégiés ou l'incarnation du diable.

Quant au reste, c'est la connaissance transcendantale de la vérité : "caractère ultralibéral qui n'est plus à démontrer", point final. Encore une fois le terme "ultralibéral" dénonce tout et n'importe quoi ; comme l'écrit Biard dans Charlie, la constitution est aux tenant du non ce qu'étaient les 35 heures aux libéraux : la cause de tous nos maux. Je préfère laisser la conclusion à un autre :

Je signale à toute fin utile que si la Constitution ne mentionne pas que respirer est indispensable, ce n’est pas une raison pour s’arrêter. Ou pour continuer à le faire en clamant que l’on est un marxiste révolutionnaire, effectuant courageusement une Grève de la Mort pour lutter contre l’oppression.

Ce n'est pas moi qui le dit mais Chirac dans son faux blog... Extraordinaire ce blog, un vrai plaisir de lire les notes trop rares qui le parsèment.

Jean Pierre Ier, néo-martyr

Raffarin. Des fois j’y pense. Raf-fa-rin. Jean-Pierre. Notre Premier ministre. Pincez-moi si je rêve. Jean Pierre Ier, le roi nu du Poitou au trône vacillant. Tellement carbonisé qu’il en inaugure presque une nouvelle pratique de la Ve république. Rester ou partir, la question est dépassée, alors autant rester, baffe après baffe, échec après échec.

Il y a eu deux époques de l’anti-raffarinisme. La première, classique, consistait à se foutre de sa gueule, avec sa France d’en bas, ses phrases imbéciles, son passé de vendeur de café et son physique voûté travaillé façon Lino Ventura. La « rondeur ». Tout un programme, vendu comme une AOC de pinardiers véreux, un faux produit du terroir coupé à l'éthanol pour tirer 12 degrés.

Aujourd’hui on n’ose même plus s’attaquer à lui, tant il parvient à se mortifier tout seul, tant il en rajoute :ainsi sa dernière phrase du jour, la « décélération de l'augmentation du chômage ». N’importe quoi. Il se parodie lui-même. On entre dans l’air du post-raffarinisme, qui est une martyrologie ironique.

Raffarin martyr. Raffarin qui souffre pour nous, qui se sacrifie pour les réformes dont la France a besoin, Raffarin qui rachète ainsi nos pêchés par sa souffrance. Le nouveau bouc émissaire, le Christ de la droite : il ne manque que le charisme et les miracles, mais n’est-il pas touchant à chaque station de son calvaire, quand tout le monde lui file des coups, surtout ses « amis », et crie haro sur le baudet ?

En attendant, pincez-moi, je crois rêver, il est encore là, et je ne suis plus tellement sûr qu’il partira après le 29 mai.

Alain Gérard Slama à la dérive

Ah ce bon vieux Slama... Encore un prof tiens, mais de la race de ceux dont on déserte les amphis. En ce moment, il s'inquiète du devenir du capitalisme, qui n'a pas tellement bonne presse avec ces histoires de retraite Carrefour, de Smic roumain ou autre. Slama a remarqué que les gens se méfient excessivement de toute ces histoires de thune et - mon Dieu !- les socialos veulent en profiter pour pondre des lois restrictives !

La loi ne sert à rien pour Slama. Heureusement, il y a une solution : c'est le développement de l'autonomie, ou de l'autorégulation, dans la lignée de Montesquieu, tout ça. En gros, pas besoin de lois pour nous apprendre à vivre, laissons les gens se réguler tout seuls. Et là, ça devient comique, en deux actes :

Un colloque peut-être fondateur, organisé sur ce thème (de l'autorégulation) le 21 avril, à l'auditorium du Louvre par Jean-Pierre Teyssier, président du Bureau de vérification de la publicité, institution qui se présente comme un organe type d'autorégulation en raison de son pluralisme et de son indépendance, n'a pas conclu autrement.

Un colloque fondateur... par le BVP ! L'autorité autoinstituée qui laisse les femmes se faire transformer en putes sur les abribus au nom de la liberté d'expression (je suis rarement choqué par les pubs de lingerie, mais certaines ont poussé le niveau de racolage bien au delà des critères sarkoziens), et qui dans le même temps interdit à Amnesty de passer un spot TV où l'on voit la fameuse colonne de chars de Tien An Men bloquée par un homme seul, pour ne pas "porter atteinte à un gouvernement étranger" ; un vrai sens des priorités. Et la suite n'est pas en reste :

Les invités de ces assises, grands patrons, responsables politiques, professeurs et intellectuels, couvraient un spectre prometteur, allant de Jacques Attali à Guillaume Sarkozy en passant par Francis Mer et Luc Ferry. Pour qui croit au rôle de la raison dans l'histoire, c'est un signe d'espoir.

Un spectre prometteur... Francis Mer et Luc Ferry, incarnations de la RAISON DANS L'HISTOIRE ! Le cocktail devait vraiment être réussi pour que ce sentiment d'histoire en mouvement ait pu atteindre un penseur aussi exigeant !

Faux Vuitton, la répression s'organise

Je ne comprends pas les gens qui mettent une fortune dans un sac à main, alors qu'après tout il ne s'agit que d’un produit de grande série. Le sac Vuitton c’est la Nike du bourgeois, le signe de l’appartenance à la tribu, et puis cette grosse envie de montrer qu’on a les moyens comme le goût de la mode, on n'est pas n'importe qui, attention.

Là où cela se corse, c’est qu'il y a des faux ; il y a quelque chose de bien naturel de vouloir singer les riches sans pour autant se ruiner, même si ce besoin d’imitation est au fond complètement pitoyable. Mais comme les contrefaçons menacent, paraît-il, notre industrie, le gouvernement a pondu des lois d’exception pour décourager les revendeurs à la sauvette ou les touristes revenant de Turquie avec des faux polos Lacoste. Et ces lois sont défendues par les médias, jamais en retard d’une croisade bienveillante, surtout quand ça permet de parler de ce qui brille (« achetez authentique ou n’achetez pas du tout si vous n’avez pas les moyens », disait une journaliste de France 2 en conclusion d’un reportage sur les douanes, citée par Acrimed) .

Ces lois, qui du point de vue des industriels ne suffisent pas, sont un rien excessives, par exemple quand elles permettent de coller une énorme amende au type qui se ballade avec une casquette Vuitton... Encore mieux ; libé raconte que des flics, énervés par des artistes squatteurs, ont pris prétexte que l’une d’entre elle portait un faux Vuitton pour lui passer les menottes ! La manœuvre est grossière, mais, hélas, elle est sûrement fondée légalement. On vit dans un pays où on peut se retrouver au poste parce qu’on trimballe une contrefaçon d’un sac de merde. Une fois que tout sera breveté, on va se marrer quand il faudra passer devant un commissariat. « Madame excusez-moi mais Vuitton et le comité Colbert ont déposé le concept de sac à main, veuillez mettre vos affaires dans un sac en plastique sinon on sera obligés de vous arrêter ».

"Mariages et célébrations"

Une expérience aussi exotique qu’hallucinante, c’est la section hebdomadaire « wedding & celebrations » du New York Times, qui rappelle bien à propos que ce journal de référence international est aussi … une feuille locale. Evidemment comme c’est New York, les choses y sont parfois excessives ; un article récent décrivait le quotidien d’une livreuse spécialisée dans les transports fragiles : les gâteaux de mariage, pour lesquels certains clients allaient jusqu’à affréter des jet privés. Forcement, pour une fête à 500.000 dollars, tout doit être parfait.

Donc il y a chaque semaine un compte rendu des mariages les plus significatifs, sélectionnés par la rédaction, et toujours sur le même modèle : la photo du couple, le mariage et le prêtre/pasteur/rabbin/imam (plus rarement) officiant, une brève histoire de la rencontre, la famille de la mariée et la famille du marié, avec en premier lieu la profession du père. Le tout sur un ton ultra-classique proche du formalisme des faire-parts, y compris pour les mentions les plus délicates (« The bridegroom's previous marriage ended in divorce. » ).

Je suis certain que rien n’a changé depuis la création du journal il y a 150 ans… sauf bien sûr la diversité ethnique des mariés qui reflète soigneusement celle de la ville. Il y a dans ces notices une célébration des bonnes familles, de la respectabilité bourgeoise, et aussi un certain romantisme dans le compte-rendu presque cucul des rencontres. C’est la notion très américaine de "communauté" qui s’illustre ainsi, les plus grandes villes comme les bleds de banlieue célébrant leurs ouailles et accordant une importance solennelle et presque décalée aux fêtes de familles.