C'est une campagne caricaturale, où des hommes politiques infoutus de vendre un référendum technique surjouent la proximité et la simplification. Une campagne faite par l'élite politique pour le peuple, qu'elle prend toujours pour un ramassis d'idiots. Et personne parmi les tenants du oui, face au mouvement de refus massif qui se dessine, ne veut voir que les gens sont capables de distinguer entre l'enjeu européen et l'enjeu national, entre l'envie - même forte et justifiée - de se débarrasser d'un premier ministre potiche et les questions de fond posées par le référendum. Bien sûr qu'il y a des motivations cachées, des craintes et autres, mais elles reposent souvent sur l'un des aspects du sujet, le choix d'une Europe libérale.
C'est dans cet esprit de déni qu'était Chirac dans son émission débile de l'autre soir :
"Les gens peuvent en vouloir au gouvernement sur des questions relevant de la compétence nationale, et donc ne rien écouter sur la Constitution", analyse un proche du chef de l'Etat. (d'après le Monde)
En s'adressant aux "jeunes", que la Sofres a soigneusement selectionnés pour éviter qu'ils ne connaissent trop bien le texte, il a voulu échapper, dixit, au "débat d'initié". Et une fois de plus, on en revient à prendre les gens pour des cons tout en ayant l'air de leur donner la parole. Cette façon bassement populiste de draguer le chaland en organisant la réconciliation du peuple et des politiques sur le dos des experts devrait inquiéter un peu plus les journaux, qui se contentent pour l'instant de rapporter les propos des communiquants et ont laissé la controverse se développer sur des aspects triviaux (putain Fogiel, Chain et Delarue bossent pour TF1 - y'a plus de limites).
Alors on doit se taper ce simulacre de la démocratie directe, qui - comme par hasard - en montre encore plus radicalement les limites (ben oui tout le monde n'a pas pu parler), et qui ne peut que faire empirer les choses (du point de vue du oui), en montrant un vieux démagogue surtout inquiet d'avoir fait une connerie en voulant niquer le PS. Et comme si cela ne suffisait pas le staff de comm' persiste et signe :
"Avant d'être audible sur la Constitution européenne, il fallait déblayer tous les fantasmes charriés par le camp du non. C'est ce que le président a fait."
Déblayer les fantasmes... Chirac s'est contenté de dire que rien n'avait à voir avec rien, et il a surtout renforcé le fantasme bien présent d'une classe politique impuissante et surtout préoccuppée de montrer son amour des vrais gens à défaut de pouvoir les aider.
Le Fig en rajoute une couche, aujourd'hui encore, au travers de la presse européenne :
C'est la presse allemande qui est la plus dure dans ses commentaires. «Il soufflait un air de RDA dans le studio, alors qu'un public obséquieux posait ses questions sur la Constitution européenne au président Jacques Chirac qui expliquait à ses compatriotes, parfois menaçant, parfois paternaliste, comment ils devaient voter le 29 mai», écrit le quotidien conservateur Die Welt.