D'habitude ce sont des papiers longs et fouillés, souvent passionnants. Cette fois, à côté d'un article remarquable sur les « méga-églises » des nouvelles banlieues lointaines américaines, de quoi alimenter la réflexion sur l'urbanisme, la pratique évangélique et le vote Bush / Cheney, le New York Times Magazine nous sert un papier mondain et vaniteux, signé Benoit Denizet-Lewis, à propos de Benjamin Biolay.
On n'apprendra pas grand chose sur la musique, à part quelques brèves tentatives de description :
« Biolay's music is often dark and moody », « Mostly, Home is a sun-drenched album of folk-inflected, lo-fi duets, perfect for cruising through the Arizona desert. »,
ou encore, à propos des nouveaux chanteurs français auxquels Biolay ne veut pas être assimilé (le snob) :
« The songs tend toward the melodic, celebrating everyday moments and humiliations with a light sense of irony ».
Ce n'est pas évident d'écrire sur la musique, alors on s'en remet à deux techniques plus éprouvées : les influences et le people.
Pour les influences, facile, outre un résumé outrancier de l'apport de l'étranger sur la musique française, l'article consacre la moitié des 5 pages à broder sur le thème « Biolay est-il le successeur de Gainsbourg » ? Question vaine, nous dit notre ami le journaliste dès le début, aidé par les dénégations de Biolay lui-même et par le sens du discernement de Juliette Gréco (« Benjamin is beautiful, Serge was not »), mais élément essentiel de la structure du papier, qui revient en permanence et sert de conclusion.
Conclusion qui permet la jonction avec le people, seul vrai contenu de l'article. Et là , c'est le défoulement, d'autant plus hypocrite que le journaliste semble prendre parti contre la presse people, relayant complaisamment les plaintes du « glamourous couple » à ce sujet. Evidemment, ce qu'on lit dans le NYT Magazine n'a rien à voir avec Voici :
« He had just returned from a month's vacation with his wife, Chiara Mastroianni (daughter of the cinematic titans Catherine Deneuve and Marcello Mastroianni), at Deneuve's country house in Normandy » ; « Biolay and Mastroianni live in a big, sunny Parisian apartment littered with children's toys, CD's and books about music, culture, art and politics. »
Et la musique, là encore, n'est traitée que par le name dropping et le nombre d'albums vendus.
Finalement ce qui est insupportable dans cet article, ce n'est pas seulement d'avoir l'impression de lire Paris Match en plus long et en anglais, c'est que le style distinctif du NYT Magazine, le journalisme à la première personne, le travail du témoin engagé, se change en une figure mondaine et complaisante. Ainsi l'auteur se projette en people parmi les people, mettant en scène sa complicité (« I gave him a poor-you look »), ses vannes spirituelles (« I pictured irate, Gainsbourg-loving Frenchmen overturning Citroà«ns outside Biolay's apartment, demanding that he apologize or move to America ») et les détails les plus vils (« Lighting a cigarette (he says he wants to quit and is considering hypnosis) ») comme autant de sésames pour rentrer dans la vie rêvée des stars.