A propos
radical chic

Ne pas rater le blog de Chirac

Ce pastiche est hilarant. Juste un extrait pour vous donner envie (en date du 16 mars) :

Après le conseil des ministres, quand tout le monde sortait, de Villepin et Copé se sont amusés à improviser un sketch sur Ambiel. Villepin jouait le policier, et Copé la prostituée roumaine. Raffarin, qui perd décidément de plus en plus son autorité, était involontairement placé dans le rôle de son ex-conseiller. Villepin s’était confectionné une moustache avec un capuchon de stylo et un bout de scotch ( quand on pense au prix de ces stylos, on se dit qu’il est vraiment honteux que des ministres d’Etat s’en fassent des moustaches ) et Copé se promenait en roulant des fesses en faisant ” tou viennes mon chou ? ” et en faisant des pichenettes à Raffarin, qui était coincé entre deux fauteuils et ne pouvait pas s’enfuir. Je revenais de prendre un des dossiers violets ( ceux du haut de l’armoire de la salle de conférence ), quand j’ai assisté à cette représentation grotesque. J’ai frappé violemment du plat des mains sur la table juste pour interrompre Villepin qui disait : ” Alors, bonhomme, tu comptes aller où, avec cette gamine ? ” et Copé qui répondait : ” C’est Monsieur Ambiel qu’él m’a invité chez loui pour discouter de la référindoume sour la Prostitoution Eropééne. ”

Ca se passe là.

L'artiste, le biographe et le mondain

D'habitude ce sont des papiers longs et fouillés, souvent passionnants. Cette fois, à côté d'un article remarquable sur les « méga-églises » des nouvelles banlieues lointaines américaines, de quoi alimenter la réflexion sur l'urbanisme, la pratique évangélique et le vote Bush / Cheney, le New York Times Magazine nous sert un papier mondain et vaniteux, signé Benoit Denizet-Lewis, à propos de Benjamin Biolay.

On n'apprendra pas grand chose sur la musique, à part quelques brèves tentatives de description :

« Biolay's music is often dark and moody », « Mostly, Home is a sun-drenched album of folk-inflected, lo-fi duets, perfect for cruising through the Arizona desert. »,

ou encore, à propos des nouveaux chanteurs français auxquels Biolay ne veut pas être assimilé (le snob) :

« The songs tend toward the melodic, celebrating everyday moments and humiliations with a light sense of irony ».

Ce n'est pas évident d'écrire sur la musique, alors on s'en remet à deux techniques plus éprouvées : les influences et le people.

Pour les influences, facile, outre un résumé outrancier de l'apport de l'étranger sur la musique française, l'article consacre la moitié des 5 pages à broder sur le thème « Biolay est-il le successeur de Gainsbourg » ? Question vaine, nous dit notre ami le journaliste dès le début, aidé par les dénégations de Biolay lui-même et par le sens du discernement de Juliette Gréco (« Benjamin is beautiful, Serge was not »), mais élément essentiel de la structure du papier, qui revient en permanence et sert de conclusion.

Conclusion qui permet la jonction avec le people, seul vrai contenu de l'article. Et là , c'est le défoulement, d'autant plus hypocrite que le journaliste semble prendre parti contre la presse people, relayant complaisamment les plaintes du « glamourous couple » à ce sujet. Evidemment, ce qu'on lit dans le NYT Magazine n'a rien à voir avec Voici :

« He had just returned from a month's vacation with his wife, Chiara Mastroianni (daughter of the cinematic titans Catherine Deneuve and Marcello Mastroianni), at Deneuve's country house in Normandy » ; « Biolay and Mastroianni live in a big, sunny Parisian apartment littered with children's toys, CD's and books about music, culture, art and politics. »

Et la musique, là encore, n'est traitée que par le name dropping et le nombre d'albums vendus.

Finalement ce qui est insupportable dans cet article, ce n'est pas seulement d'avoir l'impression de lire Paris Match en plus long et en anglais, c'est que le style distinctif du NYT Magazine, le journalisme à la première personne, le travail du témoin engagé, se change en une figure mondaine et complaisante. Ainsi l'auteur se projette en people parmi les people, mettant en scène sa complicité (« I gave him a poor-you look »), ses vannes spirituelles (« I pictured irate, Gainsbourg-loving Frenchmen overturning Citroà«ns outside Biolay's apartment, demanding that he apologize or move to America ») et les détails les plus vils (« Lighting a cigarette (he says he wants to quit and is considering hypnosis) ») comme autant de sésames pour rentrer dans la vie rêvée des stars.

Journal féminin (exemple numéro 1)

Avec beaucoup de retard, et sur un sujet qui me tient à coeur, allez donc lire Normale Sup' ? Parce que je le vaux bien !, un commentaire marrant sur un article de cosmo. En effet, cosmopolitan a rencontré / photographié, prouesse du journalisme d'investigation, des "femmes surdiplômées" ! Et nous le raconte dans le style inimitable de la presse feminine. Un extrait (du blog, pas de l'article !) pour la route :

Et parmi les interviewées, tout naturellement, deux valeureuses condisciples normaliennes pas farouches pour deux sous qui n'ont pas hésité à livrer leurs confidences les plus boulversifiantes de sincérité ("La séduction, ce n'est pas d'avoir les dernières chaussures à la mode, c'est un comportement", merci Pauline, et j'espère que ton agreg de philo se passe bien).

Lire le reste (avec même le fac-similé de l'article en question).

La presse féminine, c'est un de mes thèmes de prédilection, mais tellement vaste que je me demande toujours comment l'aborder... J'y reviendrai.

Rapide leçon de rhétorique

Je suis tombé la-dessus en lisant deux articles intéressants de Philippe Mangeot dans Vacarme sur le politiquement correct (I & II, cités sur le site de Mona Chollet, à propos du livre de Gaston Kelman, à la mode en cette période de polémique sur le néo-colonialisme) :

Surtout, on pallie son ignorance par des trucs rhétoriques vieux comme le monde : du cliché en-veux-tu-en voilà (le puritanisme américain), des alliances de mots hardies (la dictature des minorités) des enfilades de paradoxes (les effets pervers de la discrimination positive), des formules choc (la « balkanisation » de la nation) etc.

Ici il est question de la posture bien facile de "lutte contre le politiquement correct", un des chevaux de bataille de nos hebdomadaires favoris (allez donc lire la suite, en bas de page, et surtout les commentaires sur Julliard, à mourir de rire), du moins dans le monde pré-11 septembre. Mais ce petit résumé de rhétorique facile s'applique à merveille à n'importe quel sujet...

Journalisme sportif, décryptage débile

Lu un titre de 20 minutes par dessus une épaule dans le métro, vendredi dernier : "les partisans du oui cherchent à convaincre les agriculteurs". Il ne s'agit pas simplement d'un fait, mais d'un décryptage. Le fait sous-jacent, que l'on doit deviner puisqu'il ne fait pas l'objet d'un titre, est sans doute que les agriculteurs sont "tentés par le non", comme on dit poliment dans la presse officielle.

Mais en tout cas ça ne vaut pas un titre d'article, puisque le journaliste de 20 minutes, dont le boulot est justement de retitrer des dépêches d'agences, s'en fout complètement. Pour lui, la question est de savoir qui des partisans du oui ou du non va gagner le match, et quelle tactique ils emploient pour conduire leurs troupes à la victoire. C'est le triomphe du journalisme sportif, accompagné d'une science débile du décryptage ; en effet, ne l'a-t-on pas maintes fois répété, ce qui apporte de la valeur, c'est l'analyse. Donc on ne se préoccupera pas de connaître l'état de l'opinion agricole en France, encore moins de comprendre la valeur relative du oui ou du non, mais on essayera finement de révéler au grand jour les tactiques des politiciens. Hollande et Sarko vont voir les paysans, c'est donc que le "camp du oui" cherche à les séduire (critique implicite : ils sont à la quête des voix), et le signe qu'il est en difficulté (d'ailleurs : sondages). Notez comme c'est subtil.

Le décryptage débile participe de cette idée naïve que toutes les choses publiques ont un sens caché, et que seule une approche à la da vinci code permettra de pourfendre la dualité inhérente aux hommes politiques. Cela entretien évidemment une méfiance de la part de l'opinion, à qui l'on explique indirectement que l'unique ambition des politiciens est de les manipuler afin de satisfaire leur goût du pouvoir. Cela permet parallèlement de tenir cette même opinion à une distance prudente des débats, résumés de façon grossière, écartés au profit de l'action (machin a dit ça, truc a répondu ainsi), tout en lui donnant l'impression qu'on lui ouvre les arcanes du pouvoir ; un pouvoir constitué de pourris ambitieux, alors autant s'abstenir.

De même que l'impertinence des émissions de divertissement, calculée et fausse, permet de donner l'impression d'une irrévérance tout en continuant à défendre les valeurs principales du système (à commencer par la consommation et la pub), le décryptage débile et la réduction de la politique à des matchs de foot permet de donner à l'opinion publique l'impression qu'elle est informée, et qu'il n'y a rien d'autre à voir que des luttes stériles pour le pouvoir. L'opinion, blasée, se tient donc à distance du pouvoir, et croit le mépriser ; le pouvoir, lui, joue de ce mépris pour que rien ne change.

Nouvelle Russie

Un extrait saisissant de la chronique de Philippe Lançon dans Charlie Hebdo (encore celui de la semaine dernière…), à propos d’une femme moscovite, mariée à un « nouveau russe », qui s’est donné pour mission de claquer 5000 dollars par jour en bouffe :

Chaque matin, elle se prépare longuement avant de rejoindre son terrain de chasse, les magasins. Aucun détail n’est négligé dans la tenue ou le maquillage. Quand elle est prête, elle enfile son manteau, se coiffe de sa toque. Elle s’installe alors devant le miroir et, dit-elle à son vieil ami (celui qui raconte l’anecdote à Lançon), « je prends mon air ». Cet « air » doit être le plus méprisant, le plus dur possible. Une fois la porte passée, il ne la quitte plus. Il doit écraser tous ceux qu’il croise, les passants, les vieux, les faibles, les clochards, et bien entendu, les employés des magasins.
- Et pourquoi fais-tu ça ? lui demande son vieil ami.
- Ah ! tu dois me comprendre, j’ai eu quatre maris, celui là est le premier qui soit vraiment riche. Il faut que j’en profite !

Pour l’ami de Lançon, « ce qui compte, c’est le jeu, la cruauté du jeu. Le reste n’a aucune importance ». Le divertissement, le moyen d'oublier la mort ; cette référence implicite à Pascal doit plaire à Lançon, qui reprend l'explication telle quelle. En effet rien ne nous dit que cette femme soit heureuse ; tout nous indique même qu’elle ne l’est pas.

Il y a quelque chose de fascinant dans cette mise en scène des rapports de classe, déja extrêmement brutaux en Russie. Quel besoin d'en rajouter, puisque la richesse isole et que le mode de consommation des nouveaux riches ne laisse aucun doute quant à leurs moyens ? Dans cette version sauvage du capitalisme, libéré de cette prétention hypocrite à faire le bien, on retrouve finalement la dépense ostentatoire des féodaux de la cour, pillant les richesses du royaume pour mieux flamber à Versailles, et préoccupés uniquement de tenir leur rang le plus longtemps possible, avant de sortir de la course, écrasés par les dettes.

Blog attitude (et égo)

Impossible d'y échapper en allant de blog en blog : une bonne partie de la production ne parle ni de soi ni du monde, mais du blog, des blogueurs, du blogging, et sujets connexes. Presque tous ceux qui blogguent s'observent bloggant, et souvent se lit entre les lignes la satisfaction d'etre partie prenante d'une nouvelle tendance du web, et même pour certains d'une révolution. Voila quelque chose qui me rappelle en négatif les touristes du tsunamis shootés au camescope, occupés à filmer la vague puis les cadavres pour avoir leur petit enregistrement personnel, leur "j'y étais", et se sentir exister plus fort en rattachant leur modeste personne aux évènements du monde. Quelqu'un sur un site anti-JO avait rappellé que les athlètes défilant dans la cérémonie d'ouverture d'Athènes étaient surtout occupés à enregistrer le moment - c'est la même chose.

Le blog est-il un phénomène si interessant ? Peut-être. Faut-il en parler autant ? Pfff. Contentons nous de raconter nos histoires tranquillement, faisons notre petite promo, bidouillons nos templates en php, mais ne nous emballons pas et laissons l'histoire s'écrire plutôt que de vouloir à tout prix théoriser le présent de l'internet.

Aux tenants mous du oui

Donnez nous envie de voter oui ! Je vois bien qu’il s’agit du vote de la raison, que sinon on se retrouvera coincé avec cette merde de traité de Nice (merci Chirac et Jospin au passage pour ce cadeau posthume), qu’il y a un renforcement du rôle du parlement, gna gna gna. Mais donnez nous envie de ne pas tout casser, répondez enfin aux sirène romantiques du non ! Ils nous parlent d’Europe solidaire et humaniste, et vous répondez par un certain mépris, la menace ou la technique, vous nous prenez pour des cons qui n’ont rien compris et vous pensez qu’une traduction vulgarisée du traité nous satisfera. Trouvez quelque chose d’autre à nous dire ! Faites nous rêver !!

Je veux retrouver l’ambiance de la campagne de 1995, quand mes amis de droite ont cru que les choses allaient vraiment changer, tous transfigurés par le revenant Chirac ! Je veux être comme un blaireau du missouri mobilisé pour la défense des valeurs et de l’amérique profonde en 2004, qui unit ses prières avec Bush ! Je veux y croire, et pour cela il me faut du rêve, du mouvement, de l’élan, quelque chose auquel s’accrocher, non pas la photo débandante de Hollande et Sarko en couverture de match ! Bien sûr que je serais déçu, comme après chaque élection, mais au moins j’aurais eu l’impression qu’on peut changer les choses !

Sinon je vote non, c’est peut-être idiot mais au moins il y a une vision derrière ce discours. Ca vous apprendra à faire de la politique.

Courtoisie dans ta gueule

Un billet réjouissant sur un blog découvert via Bix, toujours bien informé : journée de la courtoisie au volant dans ta gueule connard. Rien que le titre me met en joie ! Allez donc lire ça et découvrir la bêtise stupéfiante de l'animatrice radio, ah on parle des bagnoles discourtoises mais les vélos alors ? Hein les vélos ? Melfrid aligne cette insensée mieux que je ne pourrais le faire :

C'est vrai, comment ces impudents osent-ils griller des feux rouges, faisant courir le risque à Isabelle Monrozier de fendre son pare-brise sous l'impact de leur corps inutile ? Ne devraient-ils pas rester bien à leur place dans la file entre 4x4 et camions de livraison? Cyclistes, soyez courtois, Isabelle Monrozier ne se sent pas en sécurité.

...donc je n'en rajoute pas là dessus. Ca me rappelle aussi mon truc perso sur les argumentaires de défense des porcs en 4x4... A chaque fois il y a toujours un petit malin pour prendre le contrepied, peu importe la vacuité de l'argument tant qu'il y a ce petit effet chiasme assez chic. Tout cela qui permet au crétin qui reçoit le message de se sentir plus intelligent que la moyenne à bon compte, et surtout de ne plus culpabiliser quand il pollue ou grille la priorité à un vélo ! Tiens je reviendrais là dessus.

Les jésuites des PME

Nouveau plan Raffarin pour développer la participation, renommée pour faire chic "dividende des salariés". Soit. Réaction favorable de la confédération patronale des PME, la fameuse CGPME, autrement dit la bande d'excités poujadistes qui préfèrent faire du lobbying plutôt que de bosser dans leurs petites boites. Une réaction favorable de la CGPME, c'est louche, ca veut dire forcément que les salariés vont se faire avoir.

Evidemment le calcul de Raff c'est de faire baisser la pression sur les hausses de salaires, en permettant à l'entreprise de distribuer des revenus non chargés (autant que la sécu n'aura pas, ça les motivera pour faire des économies) uniquement quand les affaires roulent ; et pour faire bonne mesure, puisqu'il ne sera plus nécessaire de bloquer l'argent 5 ans, ca sera autant que les impôts n'auront pas (malin d'aligner la fiscalité des salaires sur celle des dividendes, plutôt que l'inverse !). Affamer la bête, disent les économistes de gauche américains. A ce rythme Raffarin proposera bientôt aux entreprises de filer des primes au black, sous pretexte de légaliser une pratique réelle.

Grand moment de jésuitisme : notre "premier ministre" précise que la relance de la participation ne saurait être «un substitut aux nécessaires négociations sur les salaires et les minima de branche» (in le figaro). Il croit vraiment que les syndicats sont aussi naïfs ? Et s'il n'y avait pas d'effet de substitution, est ce que la CGPME applaudirait ? Quant à cette dernière, non contente d'avoir un projet de loi opportuniste qui permettra de faire des économies sur les salaires, elle arrive quand même à se plaindre qu'une des dispositions du texte pourrait se révéler trop favorable aux salariés. Comment dire cela en novlangue jésuitico-économique ? "la CGPME «craint que le projet du nouveau mode de calcul fondé sur le bénéfice comptable (avant impôt), et non sur le résultat fiscal (après impôt) de l'entreprise, ne vienne obérer la faculté d'investissement des entreprises » (fig, again). L'investissement... Ils parlent sans doute de la nouvelle mercos qu'il va bien falloir acheter maintenant que le patron de l'autre usine du coin se l'est offerte.

Malin

Que désire l'homme postmoderne, sinon le bonheur et la liberté ? Or n'est-ce pas le programme de vie qu'offre le christianisme aujourd'hui, délivré des conceptions absolutistes et réductrices de l'histoire qui ont fait tant de mal au XXe siècle ? Le Christ n'a rien dit d'autre que ces mots pleins de sens : "Viens, suis-moi, si tu veux t'accomplir."

C’est dans le Monde d’aujourd’hui, lors d’un appel au dialogue entre chrétienté et islam, et il s'agit d'une réponse à la question facile des journalistes, genre qui va encore à l’église aujourd’hui. Le cardinal qui s’exprime ici fait montre d’une grande finesse ; il rapproche les aspirations de l’homme « post moderne » (qui n’existe pas mais n’allons pas chipoter), sans doutes recueillies au travers d’une lecture attentive des magazines, du message du Christ qu’il résume avec style. Pourtant, curieusement, le Christ n’a pas « rien dit d’autre », et les autres discours du même évangile de Matthieu (quelque chose comme « je suis venu apporter le glaive et séparer les familles », ou « abandonne tes richesses » avant le « viens suis moi ») collent sans doute beaucoup moins avec « la conception du bonheur et de la liberté de l’homme» postmoderne. » Un temps pour le marketing, et un temps pour la lecture des textes…

L'horreur de la radio

Coincé chez moi pendant qu’il y a des travaux dans l’immeuble, je dois supporter la radio des travailleurs, en l’occurrence chérie FM. J’ai déjà fait l’expérience de la FM quand on travaille, quand je nettoyais des plats dans une cantine étudiante : cela fait passer le temps plus vite. Je comprends bien que les mecs qui font de la peinture du matin au soir se payent cette distraction, je ferais de même si j’étais eux.

Mais pendant ce temps impossible d’écouter ma musique (oui je suis égoïste), la FM grésille constamment. Donc j’écoute chérie FM. Ce que je ne fais jamais, snob que je suis. Et donc je tombe de haut. Quelle horreur. Passons sur la musique formatée, je n’ai rien de plus à dire là dessus. Mais le reste ? Les jingles ? Les pubs ? Les animateurs ? Le règne de la connerie pure et parfaite, de la bêtise assumée, rigolarde, grossière, une sorte de délire rabelaisien dévoyé et vidé de son sens. Les pubs sont sans doute les pires, avec leur second degré gluant et leur prétention à faire rire.

Une fois encore je suis obligé de conclure la même chose, et je vais me faire insulter dans les commentaires mais je m’en branle : c’est de la merde. De la merde musicale en boucle, entrecoupée d’animations merdiques et de pubs merdiques. Je ne suis pas obligé de l’écouter, me dira-t-on (et en plus si, pour une fois !) Soit. Mais pourquoi n’y a t-il jamais de parole officielle, politique, contre cela, ou au moins sur ce sujet ? Pourquoi s’être doté d’autorités genre CSA qui ne se préoccupent que de violence et de cul, de façon complètement inutile le plus souvent, mais jamais de la profonde bêtise des mass media (tiens ce terme même est démodé) ? Non, ça fait réac, ce serait de la censure, les gens écoutent ce qu’ils veulent… La seule posture autorisée est de montrer un intérêt faussement bienveillant pour cette fausse culture populaire, tout en se réjouissant à part soi de voir le fossé se creuser entre l’élite et les autres. C’est déprimant.

Les riches se beaufisent

«Entre 30 et 50 ans, chez les branchés, il est devenu de bon ton de porter une gourmette que l'on n'hésite plus à montrer sans nuire à son image professionnelle», affirme Alain, 40 ans, avec enthousiasme. Directeur commercial dans une entreprise immobilière, il a récemment sauté le pas et s'est offert une bague et un bracelet en argent «dans une bijouterie où j'étais allé faire réparer ma montre».

Deux informations importantes là dedans : 1/ il importe de ne pas nuire à son image au boulot et 2/ à cette condition, on peut se comporter comme un blaireau. Pas mal non ? Mieux :

« Notre offre (d'un grand magasin) s'adresse aussi bien aux hommes qui osent des modèles ostentatoires (des bagues à tête de mort de Corpus Christi, par exemple) qu'à ceux qui commencent tout juste à en porter et recherchent des bijoux discrets chez Armani ou Dinh Van. »

Des bagues à tête de mort... Goûts de chiottes ? Non, goûts "ostentatoires".

Les pauvres sont envieux

Qu'est ce qui fait le lien entre le gaymardgate et les beaufs qui roulent en 4x4 ? Leur ligne de défense. La preuve ?

Elisabeth Levy sur France Cul (critiquée par Acrimed) nous sermonne :

« On se réjouit que désormais les ministres soient limités à 80 m2 plus 20 m2 par enfant, obligeant certains à payer la différence de leur poche. Franchement, c’est une victoire de la démocratie ou une victoire de l’envie ? »

Une bonne femme qui défend les 4x4 dans un des nombreux forum sur le sujet :

Une fois de plus on critique les gens qui ont les moyens de s'offrir du luxe alors que c'est le reve de tout le monde! tout ça c'est de la jalousie c'est clair

Tout est dit. Etape numéro 1, je relativise la critique. Pour défendre Gaymard, on dit que Mitterrand a faire pire en logeant sa famille cachée aux frais de la princesse. Pour défendre les 4x4, on cite d'autres sources de pollution, les vieilles bagnoles, les camions, n'importe quoi d'autre.

Etape numéro 2. La critique de la critique : tout cela n'est qu'une chasse au sorcière, une recherche de bouc émissaire, et surtout, surtout, l'expression de l'envie, la jalousie des pauvres contre ceux qui réussissent. Bien sûr en France il ne fait pas bon avoir de la thune, c'est bien connu les socialistes veulent niveler par le bas, pas une tête ne doit dépasser, pas étonnant qu'on ait failli avoir les chars de l'armée rouge à Moscou. Alors ceux qui geignent contre les grosses bagnoles sont ceux qui crèvent d'envie, et ceux qui attaquent Gaymard sont jaloux de sa réussite ou ne supportent pas les familles nombreuses (E. Levy, encore elle : « Enfin ! Quand on a huit enfants, il faut quand même les loger ! »).

Technique de rhétorique classique, retourner le débat et contre-attaquer. Ce qui est étonnant par contre, c'est que de tels arguments, somme toute assez répugnants, puissent être versés au débat, c'est bien le signe d'un backlash ou je n'y comprends rien. Car la dernière étape, c'est bien sûr l'affirmation grossière de soi, assumer son argent et ses mauvaises manières, au nom de la loi du plus fort.

"Expliquer et simplifier"

(François Rebsamen, numéro 3 -?- du PS)

A chaque fois qu’un sondage montre qu’une réforme est rejetée par l’opinion, ou qu’un referendum risque de ne pas passer automatiquement, il y a toujours un connard de politicien pour nous dire qu’on n’a rien compris. Ils nous prennent pour des cons. Ils se plaignent d’être mal aimés, d’être injustement considérés comme pourris, tous ensemble, mais ils nous le rendent bien. Ils nous prennent pour des gros cons, sans même chercher à dissimuler leur mépris pour le peuple.

Depuis quand les hommes politiques se sont-ils auto-investis de cette mission pédagogique, expliquer la France, la politique, la loi du marché et la constitution européenne aux braves français ? Depuis qu’ils sont à poil. Ils ont abandonné toute tentative de changer les choses, de la droite ou de la gauche, et ils ne font plus que de la gestion au quotidien, morts de trouille à l’idée de bousculer le moindre petit équilibre économique.

Alors comme les politiques ne servent plus à grand chose, ils se recyclent en pédagogues, à la façon de l’oracle, pour traduire en langage de gros con les lois éternelles du libéralisme. Je dis ça mais avant on expliquait le marxisme-léninisme aux cons de la même manière, infrastructure et superstructure, seuls les prêtres et les profs savent, et ceux qui ne sont pas d’accord sont ceux qui n’ont rien compris.

On nous infantilise, et en même temps on nous reproche de nous comporter comme des mômes, de ne pas vouloir accepter la réalité. Mais plus on nous parlera d’en haut, pour nous « expliquer », avec la morgue de ceux qui savent, et plus nous serons tentés de dire merde et de voter non.


Trois jours après, la page de Schneidermann dans libé. Quelques extraits :

(Le débat des partisans du oui : ) Comment traiter les électeurs «tentés par le non» (car il n'y a jamais d'électeurs «tentés par le oui». Le oui est un vote naturel.) Manifestement, on n'a pas encore décidé si ces «tentés» étaient des ennemis ou de grands enfants. à‡a discute ferme entre les oui-carotte et les oui-bâton.

Ah tiens, et si on relançait la participation ? Avec une pincée de pédagogie, bien entendu, on a trop négligé la pédagogie (soupirs coupables). A défaut, un peu de verroterie, peut-être. Ainsi tinte au 20 heures la verroterie-BHL, la verroterie-Sollers, la verroterie-Balasko, agitée par Jack Lang.

L'antidote - le bêtiser

Ce bon Villeret n'en finit pas de mourir ; il nous revient une dernière (?) fois dans un crypto-nanard estampillé comédie française de tradition, avec clavier et tout ça (et un joli titre-logo en forme d'ours, celui que tient villeret sur l'affiche, à rapprocher du logo de boudu avec un gros o pour montrer que boudu est gros. Ils doivent s'éclater les graphistes avec les affiches de films français.) La bande annonce passe déjà sur allociné, et même mieux : le bêtisier.

Et voila encore un changement culturel qui passe inaperçu. Normalement le bêtisier c'est pour les fêtes, quand on est trop torché pour pouvoir faire autre chose que de regarder l'écran d'un oeil torve, en espérant voir un bout de fesse ou de sein qui aurait dû rester caché, ou alors une vraie baston. Le bêtisier peut aussi faire partie des bonus d'un DVD, le truc fameux que personne ne regarde mais qui permet à des nerds d'évaluer "l'édition" (double collector) comme une oeuvre à part entière. Enfin on a parfois un bêtisier comme générique de fin, sans doute utilisé pour retenir les gens devant des listes qui ne cessent de s'allonger - ce qui créé parfois un effet pervers, quand nos amis les nerds (encore eux) attendent la dernière scène cachée qui le plus souvent n'arrive jamais.

Mais là les producteurs ont fait fort : un bêtisier qui vient AVANT le film, en même temps que la bande annonce, et qui d'ailleurs annonce crânement sa différence, sur le ton "marre de la BA ? prenez une dose de bêtisier" (qu'ils appèlent aussi "making of" pour faire plus chic). Le truc lui-même est évidemment assez pathétique, il n'y a même pas de chute ou d'accident comme le dernier des vidéo gag arrive à le promettre, mais juste des acteurs qui se mettent à rire au lieu de balancer leurs répliques. Quel intérêt ? Nous faire croire que les blagues sont tellement drôles (je vous rassure : ce n'est pas le cas) que même un type comme clavier, qui a pourtant appris à se contrôler en disant des conneries, ne peut pas se retenir. Et au cas où ce n'était pas absolument clair, on a rajouté des rires enregistrés, comme dans une sitcom de merde, ce qu'on n'ose pas faire en général dans une bande-annonce.

Le plus pathétique, c'est que ces chutes pourries disent clairement ce dont on se doutait au fond : que ce film est tellement mauvais qu'il n'est présentable qu'au second degré, comme un délire entre des vieux potes, qu'on a l'impression de connaître si bien qu'on leur passe tout.

Les enfants obèses (suite)

Je n'y avais pas pensé hier : cette façon de "dénoncer" l'obésité n'est pas seulement une marque de mépris de classe, elle constitue aussi un rappel à l'ordre pour que s'institue une discipline des corps. En effet le corps déformé de l'obèse - et plus encore si c'est un enfant, victime habituelle et faire-valoir reflexe des médias - est présenté comme le stigmate d'une éducation laxiste et/ou d'une volonté individuelle défaillante. Cela permet de ne pas s'interroger sur les causes collectives du phénomène, puisque la responsabilité ou plutôt l'irresponsabilité est individuelle. Tu es gros, tu bouffes trop ou tu es mal élevé par des parents laxistes, alors arrêtes d'accuser la pub ou macdo.

On peut tracer le parallèle avec une certaine vision de la pauvreté ou du chômage ; si un corps sain est le produit d'une volonté et d'une responsabilité sur soi-même, avoir un boulot se mérite de la même façon. Au chomeur paresseux répond l'image de l'obèse, quand ce ne sont pas la même personne, tous deux incapables de se "prendre en main" et de se "bouger".

Les enfants obèses

Encore une fois ce matin sur RFI, le "fléau de l'obésité infantile", à moins que ça n'était "les progrès de l'obésité aux USA", ou je ne sais quoi encore sur le même thème - au point que la journaliste s'excusait presque de nous ressasser ce vieux marronier...

Pourquoi cette fascination des médias pour le "phénomène" de l'obésité ? Parce que sous pretexte d'un problème évident de santé publique, c'est une façon jouissive de se pencher avec mépris sur une maladie de classe. Des journalistes minces et beaux, dignes membres de notre élite branchée, font mine de s'inquiéter de la ligne des français ; ça leur permet surtout de maintenir la distance d'avec le peuple, stigmatisé non seulement par son manque de moyens financiers mais aussi et plus directement par sa laideur. Au delà on rescusite une figure du monstre, repoussoir fascinant, dans lequel chacun essaye de ne pas se reconnaître, tout en se regardant avec insistance - d'ou les succès d'audience garantis.

Enfin, les pseudo-interrogations sur l'américanisation de la france moyenne ne vont jamais jusqu'à remettre en cause les origines du phénomène, les pubs pour produits sucrés qui lardent les émissions de télé pour enfants, la multiplication de la bagnole comme unique moyen de déplacement, ou le fait même qu'une société d'abrutis se construise autour de la fréquentation quotidienne de la télévision.

LCP-AN, branche dissidente

Soit une chaîne parlementaire, ou plutôt LA chaîne parlementaire, LCP, avec ce démonstratif qui désigne la vraie et l’officielle, pour défier à l’avance tout opérateur privé qui aurait l’idée saugrenue de lancer une chaîne concurrente sur ce segment porteur. Soit la page média de libé. Soit une brève au titre rigolo, « LCP-AN s’offre Pujadas sur la TNT ».

LCP-AN est, on l’apprend au passage, « la partie assemblée nationale » de LCP, qui sera diffusée sur la télé numérique terrestre. La TNT, c’est le truc dont TF1 ne voulait pas, et contre lequel elle a réussi à peser jusqu’à ce que seuls de dangereux concurrents, comme LCP-AN, soient diffusés gratuitement.

Mais personne à Libé ou ailleurs pour s’étonner qu’il existe une chaîne telle que LCP-AN, non pas LCP Canal historique mais une branche autonome qui se limite strictement aux débats de l’assemblée ! En y repensant, n’avoir qu’une chaîne pour couvrir l’intense activité de notre parlement, cela faisait un peu juste. Par contre la brève ne répond pas à la question qui nous vient logiquement, à savoir si LCP-S sera aussi diffusée sur la TNT. Peut-être faudra-t-il payer pour passer outre le double cryptage de la pornographie républicaine, et voir ces retraités de la république qui ronflent tranquillement jusqu’au moment où le bruit du fax leur signale qu’un amendement doit être déposé.

La fracture des goûts de chiottes

L’informatique personnelle s’est répandue depuis quelques années ; en général tout le monde s’en félicite, cela nous rassure sur le sens du progrès et permet de parader sur le thème de la réduction de la « fracture numérique. » Par contre il y a une fracture qui n’est pas prête de se réduire, c’est la fracture des goûts de chiottes.

Vous n’avez jamais remarqué, sur les bagnoles à vendre, dans les cafés, les boutiques, bref partout, la multiplications d’affichages semi-artisanaux ? Ce ne sont plus les feuilles de cahier d’écolier scotchées au murs avec les commandements en lettres capitales (merci de laisser cet endroit…) et les fautes d’orthographe en prime (je ne corrige plus les confusions entre participes passés et infinitifs, j’attends que la règle change), et pas non plus ces plaques ou panneaux réalisés sur mesure par des artisans.

Désormais on a droit à de jolies affichettes sorties d’une imprimante jet d’encre, et souvent composées sur Wordart, cet éditeur de belles lettres tordues parées de couleurs vives et d’effets ombre ou relief. Maintenant l’affiche « a vendre mégane dci entièrement réviser » devient une espèce de gribouillage baroque, souvent accompagnés d’images issues des mêmes logiciels (ah la Ferrari rouge) ou de la photo numérique cadrée comme on l’aime, le tout bien centré autour du prix et de ce magnifique logo euro avec des barres, pas comme le bête F. qu’on devait mettre avant.

On passe donc d’une fracture l’autre ; les ploucs sauront se servir d’interfuck et rédiger leurs affiches avec un ordinateur, mais ils n’échapperont pas au jugement du goût. Est-ce qu’il fallait tant investir en politique pour en arriver là ?

Voir l'entreprise au quotidien

La compétence première exigée dans une entreprise, celle à laquelle sont subordonnés tous les apprentissages et toutes les qualités, c’est l’obéissance, généralement désignée par un euphémisme : le savoir être. Encore y a-t-il des degrés dans l’art d’obéir. La servilité trop marquée ne convient pas. Un bon esclave ménage la susceptibilité de son maître ; une image de négrier blesserait sa délicatesse. L’obéissance doit être prévenante, active, participative. Les plus habiles, qui savent à quel instant il conviendra de reculer et de présenter leurs excuses, la nuancent d’un simulacre de contestation qui confirme au seigneur la supériorité des valeurs démocratiques. (extrait de Résurgences)

Il y a dans tout ce site, que je vous invite à lire, un refus continu de l'entreprise, quelles que soient ses manifestations. Cela peut paraître irréaliste ou trop systématique, mais c'est justement par ce refus de se plier à la nécessité économique (ben oui sans entreprise pas de travail... et autres lapalissades du genre) qu'on arrive enfin à trouver un point d'où critiquer la bête. Une fois dans la place, l'auteur de résurgences recours classiquement à la distanciation, montrant combien sont ridicules les petites luttes et les hochets du pouvoir, les bassesses et les glorioles.

Nous savons tout cela, mais nous refusons de le voir au quotidien, par lassitude, par besoin de cohérence, pour ne pas trop se remettre en cause. A force d'oublier volontairement, nous ne faisons plus rien pour changer de voie - jusqu'à ce qu'il soit trop tard, et qu'au chomdu à 50 ans tout revienne comme par enchantement, l'aliénation et le reste.

Allez sur Brave Patrie

Raymond Aron, star méconnue

Sur Raymond Aron, le Monde a publié un « portrait sensible » cette semaine. Ca veut dire quoi un « portrait sensible » ? Ca veut dire appliquer un vrai traitement people à un philosophe :

« Il fut enterré au cimetière Montparnasse. Il y avait autour de lui une petite centaine de personnes : sa famille, ses amis, ses disciples, et, en fin de cortège, les anciens gauchistes André Glucksmann et Bernard Kouchner. Un enterrement "très doux, très discret", selon l'historien Alain Besançon. »

Après cette lecture, on sait que Aron faisait du tennis (et Sartre de la boxe, d’ou opposition « L'art du corps-à-corps violent contre celui de la stratégie des lignes »), et surtout qu’il était un homme blessé :

Un homme qui souffrait des coups que ne cessait de lui porter la gauche, sa famille d'origine. Qui ne se consolait pas de sa rupture avec Jean-Paul Sartre, n'ayant jamais cessé de l'aimer ni de l'admirer, ni de celle avec Pierre Bourdieu, son ancien assistant dont il lança la carrière. Qui ne s'était jamais remis de tragédies intimes - la naissance d'une enfant trisomique, immédiatement suivie par la mort de sa fille de 6 ans.

Mais bon Aron c’est d’abord un précurseur (on aime bien les mecs qui comprennent avant les autres), lors d’un voyage en Allemagne au début des années 30, « il trouve la conviction immédiate que le nazisme n'est pas uniquement une folie passagère et peut mener à l'embrasement de l'Europe », pas comme « son ami Sartre ». Comme la clairvoyance ne se perd pas, Aron « perçoit la réalité de l'Union soviétique avec cette même lucidité immédiate qui lui avait fait anticiper les conséquences du nazisme », ce qui une fois encore le met assez mal vis-à-vis de son pote du café de Flore. Au delà, Aron prend conscience de trucs assez fort, des leçons qu’on oserait pas imaginer :

« Il en tirera à jamais la leçon. "Face à Hitler, la philosophie ne fait pas le poids." Et la pensée politique ne peut se contenter de poser des questions. »

Mais que pensait Aron au fond ? On s’en fout, il nous suffit de savoir qu’après avoir publié « son premier grand livre, Introduction à la philosophie de l'histoire (1938) » (qui parle de ?), « il fait une brève expérience ministérielle au cabinet de Malraux », et « le 29 juin 1947 commence au Figaro sa carrière de commentateur engagé des événements politiques. Il y restera trente ans, avant de rejoindre L'Express. » Sur l’œuvre, tout est dit là :

« Entre L'Opium des intellectuels (1955), où il analyse les mythes des intellectuels de gauche, et La Tragédie algérienne, Raymond Aron donne en peu de temps de quoi déplaire à tout le monde. Ni réactionnaire ni révolutionnaire : réformiste. Le siècle des idéologies est son objet d'étude. Il analyse le totalitarisme, confronte le marxisme et les crimes des révolutions, pense la guerre, la stratégie, la nécessité des rapports de force. Une attitude peu appréciée dans un environnement intellectuel et universitaire dominé par le marxisme, l'autorité d'Althusser et l'icône de Sartre. »

Autant dire que rien n'est dit. A quoi sert cet article ? A starifier un peu Aron, dont le problème n’est pas l’œuvre (ça doit être compliqué à lire) mais l’injuste méconnaissance, dans son combat inégal contre Sartre, façon les Beatles contre les Stones.

"Rejoignez le débat"

Sur les murs, des femmes plus vieilles ou plus grosses que d’habitude, et une case a cocher, en gros « rayonnante » ou « boudin ». Puis on est invités à continuer sur le web, histoire de donner notre avis sur un thème connexe, que j’imagine du style: faut il considérer que toutes les femmes qui ne sont pas des top models sont moches pour autant ? On devine déjà le débat profond qui doit s’en suivre, « ah oui je trouve ça dommage que la pub montre que des anorexiques » ou « c’est pas parce qu’on a 50 ans qu’on est pas séduisante. » On est bien avancés.

Quant à croire que la question porte vraiment sur l’affichage de femmes hors critère mannequin, je me marre. La seule valeur de cette pub politiquement correcte est de se différencier des autres pour vendre ses savons, et la marque serait bien emmerdée si tous les groupes de cosmétiques se mettaient à pondre des affiches avec des femmes de 65 ans.

Il n’y a rien de plus faux cul qu’une pub qui se donne un rôle citoyen, d’abord parce que rien n’est gratuit, ensuite parce que la démocratie vaut mieux que cette parodie d’expression, case à cocher et forums portant sur des questions vaines. Enfin ce n’est pas ce genre de débat qui permettra de sortir du double-bind qui consiste à se lamenter du commerce de la beauté sur les murs tout en continuant à ne regarder que des pubs qui montrent des mannequins (comme la future campagne dove une fois l’effet de surprise épuisé).

Crispy white shirts

Avant ou après ou pendant une fusion-absoption-spinoff machin, des communiquants avaient eu l'idée de renommer un gros cabinet de conseil "Monday", le tout vendu avec une pub qui disait quelque chose comme "it's monday, back to work, fresh coffee, crispy white shirt" ("chemise blanche amidonnée, ou craquante, ou pétante, comme vous voudrez le traduire). J'avais oublié ce rebranding aussi ridicule qu'éphemère, effacé après qu'IBM a racheté le tout et imposé sa marque (avec un nom aussi excitant, plus besoin de faire semblant de défendre le plaisir du retour au boulot le lundi matin, avec 200 emails et la réunion de groupe à 9h pile). En attendant, dans sa grossierté, sa fausseté, son absurdité profonde, ce message avait quelque chose d'un signal paradoxal ; en voulant enterrer la révolution des start-up et du jean crade au bureau, il traduisait bien l'état de déliquescence de l'idéologie du travail pour le travail, pourtant celle que nos amis du gouvernement voudraient promouvoir quand ils se lamentent que les français ne foutent plus rien.

Je viens de repenser ce matin aux crispy white shirts, en lisant une chronique de Brooks (oui celui qui a inventé le terme "bobo" !), un auteur parfois approximatif mais dont les visions ont le mérite d'être extremement parlantes. Il s'étonnait d'avoir eu le reflexe de demander si le café était décaféiné après un repas completement orgiaque. Pour lui, ce reflexe absurde et décadent vient d'en haut :

We live in an age in which the White House is staffed by tidy-desked, white-shirted, crisply coiffed StairMaster addicts, whose idea of sensual decadence is an extra pinch of NutraSweet in the lunchtime iced tea. We've got a president whose personal philosophy is: freedom is God's gift to humanity, but bedtime is 9:30.

Now we lead lives in which everything is a pallid parody of itself: fat-free yogurt, salt-free pretzels, milk-free milk. Gone, at least among the responsible professional class, is the exuberance of the feast. Gone is the grand and pointless gesture.

Je vous laisse méditer la dessus...

Musique de pub : la suite

Désormais les gens qui tapent "pub vania" dans google tombent parfois ici... ça tombe bien car une telle recherche permet de découvrir des petites perles, par exemple un forum consacré aux pubs télé, dans lequel quelqu'un a pondu une liste assez précise des morceaux de musique classique associés à une pub. Comme il faut être pratique, la liste commence par la pub, ce qui donne ce genre de chose :

L'OR ABSOLU DE LA MAISON DU CAFE
-Purcell(arr.:J.Cobert):King Arthur/air du froid
NESTLE-P'TIT POT
-Prokofiev: Pierre et le loup / thème de Pierre

Evidemment ce mélange des genres me fait gerber. Mais mieux encore, un type qui signe sous le nom de laurent2929 "Moi j'ai la beauf attitude..." (sic) trouve ça trop cool :

Voila un topic vraiment bien fait! Merci Chinook et Classictoday. Ca fait du bien de voir que d'autres personnes s'interessent à la musique classique.
Je rajouterais:
NESPRESSO
Puccini: O mio babbino caro, La Callas
Mais où est le smiley j'applaudis???

C'est exactement ce que je disais l'autre jour avant de me faire aligner par mes amis commentateurs, c'est trop bien d'avoir la pub pour "s'intéresser à la musique classique", si la télé n'avait pas passé en boucle Pierre et le Loup, qui connaîtrait seulement ce morceau, qui irait l'acheter ? On atteint le fond.

De l'informatique à l'Europe

La communauté du logiciel libre constate que l'Europe fait passer en force des dispositions qui arrangent bien microsoft, sans pouvoir ne rien y faire puisque le parlement est muselé... et cette crise - sur laquelle je peux pas me prononcer, je n'ai pas suivi le sujet, curieusement pas très médiatisé - inspire bien un bloggueur :

"Je me demande ce que fera le conseil sur les sujets que je ne suis pas capable de juger. Ma foi dans la démocratie est profondément ébranlée. Si j'avais décidé de ne pas me préoccuper de cela, si j'avais décidé d'ignorer le danger des brevets logiciels, je serais encore en train de croire à un idéal démocratique. Aujourd'hui, je n'y crois plus. L'ignorance est un bienfait."

J'ai toujours eu de la sympathie pour les fans de linux et du code libre, je vois le mal qu'ils se donnent pour sortir gratuitement et "supporter" des softs comme dotclear, avec lequel je fais ce blog. Ils constituent une alternative concrète à une certaine mondialisation, et je suis désolé - mais pas vraiment étonné - de voir que la logique de racket des ms & co (ou des labos pharma qui parlent de recherche quand ils font surtout de la vente) trouve un appui discret à l'UE.

Le martyr de Saint Jugnot

Les critiques ciné de libé sont souvent énervantes, et facilement excessives (souvenons nous de Sideways). Mais dans un contexte où le cinéma se vend comme une vieille pute, où les acteurs font le tour des plateaux-lèche à la télé, la critique du film de Jugnot, d'une violence inédite au point d'être forcément injuste et pourrie de mauvaise foi, est tout de même absolument réjouissante.

Réjouissante d'abord dans sa façon de poser le contexte : "(...) une profession qui vit comme une honte nationale doublée d'un accident industriel le fait qu'une chose aussi rance que les Choristes n'ait pas raflé césars et oscars." Réjouissante ensuite dans sa manière d'apostropher Jugnot, qui ferait sursauter le lecteur le plus endormi par le roulement du métro. Au hasard, l'extrait que la rédaction a choisi de mettre en exergue :

Saint-Jugnot, on est devant ton film comme ton grunge de Boudu devant sa télé à mater des jeux TF1 débiles.

Fermez le ban. Par dela la plaisir qu'on éprouve à lire ce pavé dans le mare de l'autocélébration, tout cela est un peu excessif, et on se demande forcément pourquoi tant de haine ? Facile, c'est parce que Jugnot a osé toucher à Renoir, et pire que cela, il s'est justifié en expliquant - lui qui n'est pas un intellectuel - que Boudu sauvé des eaux était un "Renoir mineur", puisque "initié par Michel Simon". Cela suffit à lancer la charge :

La question de la mise en scène, bizarrement, est absente de l'argument (de Jugnot). Mais comme elle est aussi la grande absente de son remake, il faudra y voir une cohérence supplémentaire.

Saint Jugnot martyr donc, comme le dit Libé ("Oh ! saint Jugnot, comédien et martyr, cinéaste et martyr, les intellos ne t'aiment pas"), mais bon ça lui apprendra à rester à sa place !!

JO de merde (la suite)

J'ai finalement trouvé une page anti-JO, et surtout sur le même sujet une excellente tribune parue dans le monde, dont je copie/colle quelques extraits :

(...)Il est devenu impossible de se déplacer dans la capitale sans voir un des logos "Paris JO 2012". On les retrouve partout : dans le métro, les journaux, à la télévision. L'overdose est proche. Est-il encore possible d'affirmer une opinion différente face à ce consensus forcé, ce rouleau compresseur de la candidature qui n'a jamais fait l'objet d'un vrai débat politique et public, pourtant nécessaire ?

(...) Les investissements sont à la charge de la Ville, de l'Etat ou de la région, mais les bénéfices démentiels générés par les droits TV ne vont jamais aux collectivités. Ainsi les villes organisatrices peuvent se retrouver lourdement endettées, voire ruinées, pour un profit maximum du CIO et des multinationales sponsors (...) Les investissements sont pris en charge par la collectivité, et les bénéfices privatisés, souvent dans la plus grande opacité.

Ces vingt dernières années, la place des multinationales sponsors est devenue envahissante. (...) Il suffit de lire la liste des premiers parrains de la candidature de Paris : un marchand d'armes, un exploitant de centrales nucléaires, un distributeur d'eau au passé sulfureux...

(...) Surtout, l'organisation des Jeux ne doit pas remplacer une politique municipale. Nous craignons que Paris n'axe l'essentiel de sa politique municipale autour de l'organisation des JO, or il y a bien d'autres priorités : lutter contre les inégalités sociales, faire reculer la pollution ou résorber l'habitat insalubre.

Le tout signé par deux écolos au conseil de Paris (Charlotte Nenner et Sylvain Garel) et surtout par l'excellent Bernard Maris aka Oncle Bernard, l'économiste de Charlie Hebdo.

Enfin, sur la partie "les JO de la démocratie", un petit article rigolo du Monde, sur un anglais qui s'est retrouvé consultant comm' en chef de la candidature parisienne :

Face à la centaine de volontaires français chargés d'accueillir la presse, M. Tibbs distille ses conseils en anglais. Rester courtois, souriant, et surtout ne jamais donner son avis. Que ce soit sur les autres villes candidates, les transports à Paris, les grèves ou la question du voile. Les porte-parole officiels sont là pour ça. M. Tibbs a assez d'expérience pour savoir qu'il faut éviter les sons de cloche discordants.

Tiens des "volontaires" qui accueillent la presse ? Tibbs doit être aussi volontaire à sa façon... (payé combien d'ailleurs ?). En tout cas, éviter les sons de cloche discordant, et faire le brief en anglais (pour éviter d'être jugé "trop français, trop arrogant"), ca fait très "jeux écolos et citoyens".

L'Irak ne nous distrait plus

Notre intérêt pour la guerre en Irak a faibli depuis que l'on a fini par accepter son caractère inéluctable, depuis qu'on n'a plus l'impression de peser sur les choix politiques, et surtout depuis que ce thème ne peut plus être instrumentalisé pour dégager Bush...

Nous ne savons plus trop quoi penser. Comme tous ceux qui étaient contre cette guerre, nous avons envie (au fond) de voir les américains se planter, et d'autant plus qu'ils se comportent de façon incroyablement brutale. Mais nous ne pouvons pas prendre parti pour les ex-saddamistes ou les fous de dieu qui ne se battent que pour leur intérêt propre - ne pas être écarté d'un pouvoir qu'ils ont tenu pendant des decennies. Et ne pouvant choisir, on se désintéresse.

Enfin le peu d'intérêt qu'on accorde à l'Irak est encore bien important par rapport à d'autres endroits. On ne suit de loin en loin cette guerre que parce que les américains sont là, que l'on s'y identifie comme les bons blancs face aux bougnoules terroristes ou qu'on y projette notre mépris de ce pays obèse. Le problème du Darfour, par rapport à la Somalie en 93, c'est bien qu'aucun occidental n'est venu y tuer ou s'y faire tuer, pour une bonne ou une mauvaise raison. Il suffirait d'envoyer quelques centaines de soldats et quoiqu'ils fassent leur présence rendrait plus visibles et plus difficiles les massacres actuels...

Cachez ces irakiens...

Etrange bavure à laquelle nous avons assisté ce week end, après la libération difficile de Giuliana Sgrena et la mort d'un des agents italien. Je suis étonné que les italiens parlent de préméditation, j'ai assez de mal à croire que les Américains avaient un quelconque intérêt à tirer sur cette voiture là précisément. La voiture n'allait pas vite ? Et alors ? Et si les soldats pouvaient tirer au pif, pour un oui ou pour un non ? On n'arrive pas à le concevoir car cela heurte notre sens de la justice. Cest pourtant certainement comme ça que ça se passe... sauf que pour une fois ça ne tombe pas sur un irakien.

Une fois j'avais lu l'histoire d'un type qui s'était fait canarder à Bagdad parce qu'il avait doublé une jeep... on n'en saura pas plus. Puis Libé, qui reprenait le sujet lundi, balance tranquillement le chiffre de.... 18 000 civils victimes de bavures. Peut-être que la source, une ONG, n'est pas très fiable, mais de toute façon les américains ne se fatiguent pas à compter. 18 000 donc. A part ça ? Heu, les manifs lycéennes ?

Ces 18 000 là, on n'en parle peu. Le scandale des photos de prisonniers torturés avait donné lieu à débat, de même qu'un petit crime de guerre, pourtant pas forcément choquant, où un Marine avait achevé un blessé a Fallouja sans trop vérifier s'il était vivant. La mort de l'agent italien aurait pu lancer le sujet, mais non, on prefere penser qu'ils ont fait exprès. J'ai l'impression qu'on n'arrive pas à accepter la part délirante et arbitraire de cette guerre impossible. On s'offusque à raison pour Abu Grahib, mais parce qu'on comprend la tentation de torturer, et qu'on refuse que les américains cèdent à cette facilité ; nous sommes habitués à ce débat qui se pose finalement en termes rationels. Par contre on n'arrive pas imaginer une situation ou un type nous tirerait dessus sans raison apparente, pas forcément pour s'amuser, par peur peut-être, ou parce qu'on a le malheur de passer par là.

Logo pour logo

La musique de vania pocket

Non seulement nos morceaux favoris sont devenus inécoutables à force d'avoir été rabachés par la pub, mais il faut en plus supporter le discours des imbéciles qui prétendent que ce genre d'enrobage musical fait découvrir la grande musique au peuple. On ne peut plus écouter Debussy sans penser aux pages jaunes ou voir le dernier Kubrick sans se souvenir d'une pub pour assurance crypto-vichyste, mais il faudrait se réjouir que grâce à ce genre de dégradation des gens puissent acheter les complis de musique de pub, ou dans le meilleur des cas affronter le regard de haine du vendeur et demander la musique de vania pocket à la fnac.

Certes plus personne n'écoute de musique classique, sauf peut-être les gens qui en jouent, et les salles de concerts ressemblent à des halls de maison de retraite, mais il faut avoir bien renoncé à notre confiance dans l'école ou dans les institutions culturelles pour confier à la pub la charge de notre éducation musicale. A force de nous renvoyer les mêmes morceaux tronqués, remontés ou totalement massacrés (le fils de pute qui a commis la pub Ajax mérite la peine de mort), la pub gâche le plaisir de ceux qui connaissent la musique et développe pour les autres un goût de la musique facile et du joli petit morceau réduit au tube, une musique stérilisée qui en faisant fi des des premières difficultés d'écoute empêche justement d'accéder réellement à l'art.

Apprendre l'allemand ?

L'esprit crypto-pornographique de ces pubs à faible budget m'avait frappé il y a quelques temps : on y voyait un couple se rouler une pelle d'assez près... rien de bien choquant, sauf le message carrément débandant : "Mélanie (?) apprend l'allemand".

Il parait que le recul de l'enseignement de l'allemand au lycée est un vrai problème. Les parents d'élèves ont beau être plus angoissés que jamais, ils ne parviennent pas pour autant à imposer à leur mômes cet apprentissage difficile pour les faire rentrer dans de "bonnes classes" ; cèdant devant les junkies de la PS2, ils minent l'avenir de l'axe européen... C'est dire qu'il fallait réagir. D'où ces pubs qui veulent compenser leur discrétion (affichage dans les wagons de métro, d'habitude réservé aux sites de rencontre ou à Wall Street English) par un visuel frappant et un rien putassier, qui voudrait faire de l'allemand le vecteur des vacances du sexe lors des redoutés séjours linguistiques (les connaisseurs apprécieront).

C'était sans doute trop explicite pour nos amis de l'institut Goethe (ou de l'ambassade ? de l'éduc nat ?), qui ont preféré sacrifier la clarté du message au profit d'une affiche nous vantant les bienfait de la coopération économique. Mais pour ne pas trop trahir la vérité du monde de l'entreprise, on nous montre du high-tech plutôt que des usines de machines-outils en Bavière... et une superbe nordique, dont quelque chose me dit qu'elle n'est pas exactement le genre de fille que l'on trouve dans les labos de biologie, manipulant des éprouvettes à travers une vitre de protection, manoeuvre qui la force a se coller au maximum au stagiaire français que l'on imagine effectivement motivé par les cours de langue. Le message de fond reste sensiblement le même, subsitutant simplement le stage du sexe au séjour linguistique de l'amour, mais il est désormais teinté de cette légère hypocrisie qui fait le charme de la communication d'entreprise.

Chefs-d'oeuvre en péril

Tiens pour une fois les césars ne consacrent pas des films populo-blaireaux. On peut y voir une façon intelligente de relancer cette céromonie has-been, il fallait bien rebondir après les intermittents en bonnets péruvieux, et pourquoi pas en effet s'appuyer sur des petits films s'ils sont bons ? Contrairement à Cannes ou l'on distingue les films avant leur sortie, quel intéret de primer le film que tout le monde a vu, a moins bien sur qu'il ne s'agisse d'un bon film ? Communier une fois de plus dans la guimauve ?

Mais du coup certains sont un peu dégoutés de voir que des grands films comme les choristes ou un long dimanche machin - films que je n'ai pas vus, je l'avoue - sont sortis quasi-bredouilles du grand happening du cinéma français. Dans le meilleur des cas, cela donne des interventions assez marrantes sur les forums allociné, qui nous renvoient à notre dichotomie cosmique, la droite vs. les bobos. Tout cela vient du même mec, mais il faut dire qu'il résume à lui seul toute une frange de la pensée réac :

"Honte au jury des Césars ! On écarte les chefs d'oeuvres et porte aux nues un non-film, succession de dialogues (?) Nique Ta Mère, et en plus catalyseur de violence anti-flics. Aucun talent d'acteur, aucune talent de réalisateur, mais c'est politiquement correct, voilà tout. Pauvre France, t'es foutue!"

"Les "gens de la profession" (le jury), c'est l'establishment des bobos gauchistes des beaux quartiers parisiens qui méprisent les petites gens, qui ne mettent jamais les pieds dans les banlieux (sic) et qui mettent leurs gosses dans les meilleurs écoles (de curés) pour pas les mélanger à la racaille!"

Ceux qui ont vu l'esquive apprécieront en connaissance de cause ce "catalyseur de la violence anti-flics" qui fait qu'on "écarte les chefs-d'oeuvre". Tout est là, les "bobos gauchistes des beaux quartiers" qui bien sur ne connaissent pas la France réelle, le politiquement correct, le Nique Ta Mère (!), etc. Joli. Tout le monde n'a pas lu son skyblog...

La solidarité s'organise

Impossible d’y échapper, à chaque catastrophe grave ou petite il faut une conclusion optimiste de merde, histoire de ne pas désespérer le blaireau qui regarde TF1. Hier soir pour une fois le blaireau c’était moi, devant PPD comme la moitié du pays. Histoire de créer la polémique, je dirais que j’ai été assez étonné par le traitement plutôt modéré de la question des demandeurs d’asile à Bobigny, ou l’approche critique des chiffres de la délinquance violente (!!). Comme quoi. Par contre avant d’en arriver là il a bien fallu se coltiner trois ou quatre reportages sur la neige et le froid, et des camions bloqués sur des routes de campagne, et des gentils patrons du bâtiment qui ont organisé un système pour payer les ouvriers au chômage technique (question facile : à qui appartient TF1 déjà ?), et bien sûr l'histoire de la dame qui a foutu sa R5 dans le fossé, mais qui tient à préciser que plein de gens se sont arrêtés pour lui proposer de l’aide ! Peut-être que le journaliste lui a posé la question, mais à mon avis elle a anticipé la conclusion naturelle, spontanée, encore renforcée cette année avec la piqûre de rappel tsunamique : la solidarité s’organise, ouf, les gens ont du cœur, et ils ne laisseraient pas une brave dame comme ça dans le fossé.

Bizarrement le même matin un article de libé disait que les gens qui appellent le samu social pour prévenir que des clodos dorment dehors ne leur parlaient jamais directement. Je ne leur jette pas la pierre, je me suis posé la même question avec le type qui dort en bas de chez moi sous l’échafaudage, et je ne lui ai jamais parlé non plus, ne me sentant pas prêt à lui offrir l’asile chez moi… Mais quand même c’est marrant d’offrir son aide aux gens qui n’ont pas d’autre problème qu’une voiture dans le fossé, et de la faire savoir sur téléfuck à la France entière, pour la rassurer sur notre altruisme spontané ; par contre face aux pauvres, face aux jeunes qui font chier, y’a plus personne, et on s'en remet aux spécialistes.

Enfin pourquoi faudra-t-il toujours que la télé scénarise la réalité, rajoutant des conclusions rassurantes quand c’est possible et passant à coté des vrais problèmes le reste du temps ? Les vrais problèmes sont déprimant, je vais pas ressortir le coup du cerveau disponible mais au moins un peu de Bourdieu pour les masses trouvé par hasard sur Acrimed, il avait quand même le sens de la formule dans ses textes politiques :

« La télévision, instrument de communication, est un instrument de censure (elle cache en montrant) soumis à une très forte censure » (« La télévision peut-elle critiquer la télévision ? Chronique d’un passage à l’antenne », janvier 1996).

Skyblogs, la vraie banlieue

Ceci n'est pas un skyblog !!! Sinon allez donc voir les filles en string.

Au dela de l'effet masse - des millions de sites !, le phénomène Skyblog permet enfin de voir d'un peu plus près les jeunes (comme on dit), et surtout ceux issus de l'immigration (idem).

Le regard porté sur la France des cité par les médias classiques est plutot foireux ; trahis par leur distance au sujet, focalisés sur les représentants les plus marginaux des « jeunes », ils se retrouvent condamnés à la caricature (la racaille sur TF1) ou au second degré (la caillera dans Libé). De plus, des motivations idéologiques implicites gonflent encore le biais, que ce soit dans la sélection des témoignages destinés à renforcer la paranoïa sécuritaire ou au contraire dans un volonté politiquement correcte d'instaurer médiatiquement une « beurgeoisie ». Au final il est difficile de sortir d'une représentation structurée sur le binôme racaille / footballeur.

C'est tout l'intérêt des blogs de Skyrock, qui outre les passions tapageuses et un peu prolo (tuning, filles, rap), nous font voir de l'intérieur un quotidien que les médias classiques ne voient pas. Ainsi les blogs sont parsemés de photos de bande de potes en ballade ou en vacances, d'images de la famille, de témoignages qui puent la normalité ; bien sur cela n'a pas de valeur représentative, ce n'est pas toujours la cité la plus dure, mais au moins ça dédramatise un quotidien que d'autres auraient tendance à fantasmer.

Ces blogs frappent aussi par la primauté du visuel. Les textes sont souvent le parent pauvre, à quelques exception près, et même s'il faut distinguer entre la prose courte et illisible (fautes + SMS) des blogs photo ( exemple ici ou ), et les tirades façon rap où le texte plus correct est constamment paré de couleurs vives comme s'il devait s'excuser de ne pas être plus imagé (Comme Privacy, Tizi ou Bzit). Ces derniers textes reflètent souvent un état d'esprit SOS-racisme, avec pas mal de débats sur la tolérance ou la violence, prenant visiblement en charge leur rôle d'éducateur au sérieux.

PS : merci à libé, qui décrit mieux que moi les aspects visuels des blogs, et pour ce lien vers le Skyblog de Dray, le roi des démagos :

Moi j'ai 49 ans ;o) Si vous avez un peu de temps à me consacrer, ça m'arrangerait. Ca m'éviterait d'être à côté de la plaque, et vous ça vous évitera peut être de dire que les politiques ne vous demandent jamais votre avis. Alors, d'abord un grand MERCI, c'est super que vous postiez des commentaires.

C'est chaud dans le monde en ce moment. Pas tous les jours réjouissant ce qu'on voit au journal télévisé. C'est quoi l'avenir pour vous ?

Tuer son blog

On trouve beaucoup de blogs morts quand on surfe au hasard. Un blog meurt de deux façon : la discrete, une date trop ancienne, et la proclamée, du style "ceci est le dernier post". La mort discrete n'est pas très spectaculaire, elle concerne souvent des sites morts-nés, des blogs datés de juin 2003, qui commençaient bien, et plus rien après deux billets. Dans certains cas on se retrouve presque à poster des commentaires pour se rendre compte trop tard que la machine marche encore mais qu'elle ne bouge plus. Au final cela donne une impression de champ de ruine... La mort officielle est plus intéressante, car elle permet tous les effets d'emphase... qui n'a pas rêvé d'écrire sa propre epitaphe ? Avec le blog, c'est possible ! Quelques exemples glanés au hasard...

"Je vous passe la longue série d'explications, mais mon aventure "blogesque" s'arrête ici."

"Pas de dépression au-dessus du jardin mais c'est tout de même la fin. Elle s'annonçait depuis quelques jours, un peu comme quelque chose de pas maîtrisé qui devait, de lui-même, s'imposer. Au terme de six mois passés à se raconter, dans ses bons et mauvais côtés, Lola tire sa révérence."

Plus glauque :

"les mots que j'écrivais ici n'ont que bien peu d'intérêt pour vous et se révèlent inutiles pour moi. Je ne ressens plus le goût d'écrire ni de rien d'autre en fait".

Comme pour une sépulture, il faut laisser une trace, après l'épitaphe on laisse les archives des posts, un blog figé et un peu déprimant, comme un journal intime qu'on aurait gardé bien après l'adolescence ; seul dernier signe de vie, quelques commentaires surajoutés, comme des parasites, et la trace d'un email ou d'un autre site ou quelque chose serait encore possible...