A propos
radical chic

Ne pas rater le blog de Chirac

Ce pastiche est hilarant. Juste un extrait pour vous donner envie (en date du 16 mars) :

Après le conseil des ministres, quand tout le monde sortait, de Villepin et Copé se sont amusés à improviser un sketch sur Ambiel. Villepin jouait le policier, et Copé la prostituée roumaine. Raffarin, qui perd décidément de plus en plus son autorité, était involontairement placé dans le rôle de son ex-conseiller. Villepin s’était confectionné une moustache avec un capuchon de stylo et un bout de scotch ( quand on pense au prix de ces stylos, on se dit qu’il est vraiment honteux que des ministres d’Etat s’en fassent des moustaches ) et Copé se promenait en roulant des fesses en faisant ” tou viennes mon chou ? ” et en faisant des pichenettes à Raffarin, qui était coincé entre deux fauteuils et ne pouvait pas s’enfuir. Je revenais de prendre un des dossiers violets ( ceux du haut de l’armoire de la salle de conférence ), quand j’ai assisté à cette représentation grotesque. J’ai frappé violemment du plat des mains sur la table juste pour interrompre Villepin qui disait : ” Alors, bonhomme, tu comptes aller où, avec cette gamine ? ” et Copé qui répondait : ” C’est Monsieur Ambiel qu’él m’a invité chez loui pour discouter de la référindoume sour la Prostitoution Eropééne. ”

Ca se passe là.

L'artiste, le biographe et le mondain

D'habitude ce sont des papiers longs et fouillés, souvent passionnants. Cette fois, à côté d'un article remarquable sur les « méga-églises » des nouvelles banlieues lointaines américaines, de quoi alimenter la réflexion sur l'urbanisme, la pratique évangélique et le vote Bush / Cheney, le New York Times Magazine nous sert un papier mondain et vaniteux, signé Benoit Denizet-Lewis, à propos de Benjamin Biolay.

On n'apprendra pas grand chose sur la musique, à part quelques brèves tentatives de description :

« Biolay's music is often dark and moody », « Mostly, Home is a sun-drenched album of folk-inflected, lo-fi duets, perfect for cruising through the Arizona desert. »,

ou encore, à propos des nouveaux chanteurs français auxquels Biolay ne veut pas être assimilé (le snob) :

« The songs tend toward the melodic, celebrating everyday moments and humiliations with a light sense of irony ».

Ce n'est pas évident d'écrire sur la musique, alors on s'en remet à deux techniques plus éprouvées : les influences et le people.

Pour les influences, facile, outre un résumé outrancier de l'apport de l'étranger sur la musique française, l'article consacre la moitié des 5 pages à broder sur le thème « Biolay est-il le successeur de Gainsbourg » ? Question vaine, nous dit notre ami le journaliste dès le début, aidé par les dénégations de Biolay lui-même et par le sens du discernement de Juliette Gréco (« Benjamin is beautiful, Serge was not »), mais élément essentiel de la structure du papier, qui revient en permanence et sert de conclusion.

Conclusion qui permet la jonction avec le people, seul vrai contenu de l'article. Et là , c'est le défoulement, d'autant plus hypocrite que le journaliste semble prendre parti contre la presse people, relayant complaisamment les plaintes du « glamourous couple » à ce sujet. Evidemment, ce qu'on lit dans le NYT Magazine n'a rien à voir avec Voici :

« He had just returned from a month's vacation with his wife, Chiara Mastroianni (daughter of the cinematic titans Catherine Deneuve and Marcello Mastroianni), at Deneuve's country house in Normandy » ; « Biolay and Mastroianni live in a big, sunny Parisian apartment littered with children's toys, CD's and books about music, culture, art and politics. »

Et la musique, là encore, n'est traitée que par le name dropping et le nombre d'albums vendus.

Finalement ce qui est insupportable dans cet article, ce n'est pas seulement d'avoir l'impression de lire Paris Match en plus long et en anglais, c'est que le style distinctif du NYT Magazine, le journalisme à la première personne, le travail du témoin engagé, se change en une figure mondaine et complaisante. Ainsi l'auteur se projette en people parmi les people, mettant en scène sa complicité (« I gave him a poor-you look »), ses vannes spirituelles (« I pictured irate, Gainsbourg-loving Frenchmen overturning Citroà«ns outside Biolay's apartment, demanding that he apologize or move to America ») et les détails les plus vils (« Lighting a cigarette (he says he wants to quit and is considering hypnosis) ») comme autant de sésames pour rentrer dans la vie rêvée des stars.

Journal féminin (exemple numéro 1)

Avec beaucoup de retard, et sur un sujet qui me tient à coeur, allez donc lire Normale Sup' ? Parce que je le vaux bien !, un commentaire marrant sur un article de cosmo. En effet, cosmopolitan a rencontré / photographié, prouesse du journalisme d'investigation, des "femmes surdiplômées" ! Et nous le raconte dans le style inimitable de la presse feminine. Un extrait (du blog, pas de l'article !) pour la route :

Et parmi les interviewées, tout naturellement, deux valeureuses condisciples normaliennes pas farouches pour deux sous qui n'ont pas hésité à livrer leurs confidences les plus boulversifiantes de sincérité ("La séduction, ce n'est pas d'avoir les dernières chaussures à la mode, c'est un comportement", merci Pauline, et j'espère que ton agreg de philo se passe bien).

Lire le reste (avec même le fac-similé de l'article en question).

La presse féminine, c'est un de mes thèmes de prédilection, mais tellement vaste que je me demande toujours comment l'aborder... J'y reviendrai.

Rapide leçon de rhétorique

Je suis tombé la-dessus en lisant deux articles intéressants de Philippe Mangeot dans Vacarme sur le politiquement correct (I & II, cités sur le site de Mona Chollet, à propos du livre de Gaston Kelman, à la mode en cette période de polémique sur le néo-colonialisme) :

Surtout, on pallie son ignorance par des trucs rhétoriques vieux comme le monde : du cliché en-veux-tu-en voilà (le puritanisme américain), des alliances de mots hardies (la dictature des minorités) des enfilades de paradoxes (les effets pervers de la discrimination positive), des formules choc (la « balkanisation » de la nation) etc.

Ici il est question de la posture bien facile de "lutte contre le politiquement correct", un des chevaux de bataille de nos hebdomadaires favoris (allez donc lire la suite, en bas de page, et surtout les commentaires sur Julliard, à mourir de rire), du moins dans le monde pré-11 septembre. Mais ce petit résumé de rhétorique facile s'applique à merveille à n'importe quel sujet...

Journalisme sportif, décryptage débile

Lu un titre de 20 minutes par dessus une épaule dans le métro, vendredi dernier : "les partisans du oui cherchent à convaincre les agriculteurs". Il ne s'agit pas simplement d'un fait, mais d'un décryptage. Le fait sous-jacent, que l'on doit deviner puisqu'il ne fait pas l'objet d'un titre, est sans doute que les agriculteurs sont "tentés par le non", comme on dit poliment dans la presse officielle.

Mais en tout cas ça ne vaut pas un titre d'article, puisque le journaliste de 20 minutes, dont le boulot est justement de retitrer des dépêches d'agences, s'en fout complètement. Pour lui, la question est de savoir qui des partisans du oui ou du non va gagner le match, et quelle tactique ils emploient pour conduire leurs troupes à la victoire. C'est le triomphe du journalisme sportif, accompagné d'une science débile du décryptage ; en effet, ne l'a-t-on pas maintes fois répété, ce qui apporte de la valeur, c'est l'analyse. Donc on ne se préoccupera pas de connaître l'état de l'opinion agricole en France, encore moins de comprendre la valeur relative du oui ou du non, mais on essayera finement de révéler au grand jour les tactiques des politiciens. Hollande et Sarko vont voir les paysans, c'est donc que le "camp du oui" cherche à les séduire (critique implicite : ils sont à la quête des voix), et le signe qu'il est en difficulté (d'ailleurs : sondages). Notez comme c'est subtil.

Le décryptage débile participe de cette idée naïve que toutes les choses publiques ont un sens caché, et que seule une approche à la da vinci code permettra de pourfendre la dualité inhérente aux hommes politiques. Cela entretien évidemment une méfiance de la part de l'opinion, à qui l'on explique indirectement que l'unique ambition des politiciens est de les manipuler afin de satisfaire leur goût du pouvoir. Cela permet parallèlement de tenir cette même opinion à une distance prudente des débats, résumés de façon grossière, écartés au profit de l'action (machin a dit ça, truc a répondu ainsi), tout en lui donnant l'impression qu'on lui ouvre les arcanes du pouvoir ; un pouvoir constitué de pourris ambitieux, alors autant s'abstenir.

De même que l'impertinence des émissions de divertissement, calculée et fausse, permet de donner l'impression d'une irrévérance tout en continuant à défendre les valeurs principales du système (à commencer par la consommation et la pub), le décryptage débile et la réduction de la politique à des matchs de foot permet de donner à l'opinion publique l'impression qu'elle est informée, et qu'il n'y a rien d'autre à voir que des luttes stériles pour le pouvoir. L'opinion, blasée, se tient donc à distance du pouvoir, et croit le mépriser ; le pouvoir, lui, joue de ce mépris pour que rien ne change.

Nouvelle Russie

Un extrait saisissant de la chronique de Philippe Lançon dans Charlie Hebdo (encore celui de la semaine dernière…), à propos d’une femme moscovite, mariée à un « nouveau russe », qui s’est donné pour mission de claquer 5000 dollars par jour en bouffe :

Chaque matin, elle se prépare longuement avant de rejoindre son terrain de chasse, les magasins. Aucun détail n’est négligé dans la tenue ou le maquillage. Quand elle est prête, elle enfile son manteau, se coiffe de sa toque. Elle s’installe alors devant le miroir et, dit-elle à son vieil ami (celui qui raconte l’anecdote à Lançon), « je prends mon air ». Cet « air » doit être le plus méprisant, le plus dur possible. Une fois la porte passée, il ne la quitte plus. Il doit écraser tous ceux qu’il croise, les passants, les vieux, les faibles, les clochards, et bien entendu, les employés des magasins.
- Et pourquoi fais-tu ça ? lui demande son vieil ami.
- Ah ! tu dois me comprendre, j’ai eu quatre maris, celui là est le premier qui soit vraiment riche. Il faut que j’en profite !

Pour l’ami de Lançon, « ce qui compte, c’est le jeu, la cruauté du jeu. Le reste n’a aucune importance ». Le divertissement, le moyen d'oublier la mort ; cette référence implicite à Pascal doit plaire à Lançon, qui reprend l'explication telle quelle. En effet rien ne nous dit que cette femme soit heureuse ; tout nous indique même qu’elle ne l’est pas.

Il y a quelque chose de fascinant dans cette mise en scène des rapports de classe, déja extrêmement brutaux en Russie. Quel besoin d'en rajouter, puisque la richesse isole et que le mode de consommation des nouveaux riches ne laisse aucun doute quant à leurs moyens ? Dans cette version sauvage du capitalisme, libéré de cette prétention hypocrite à faire le bien, on retrouve finalement la dépense ostentatoire des féodaux de la cour, pillant les richesses du royaume pour mieux flamber à Versailles, et préoccupés uniquement de tenir leur rang le plus longtemps possible, avant de sortir de la course, écrasés par les dettes.

Blog attitude (et égo)

Impossible d'y échapper en allant de blog en blog : une bonne partie de la production ne parle ni de soi ni du monde, mais du blog, des blogueurs, du blogging, et sujets connexes. Presque tous ceux qui blogguent s'observent bloggant, et souvent se lit entre les lignes la satisfaction d'etre partie prenante d'une nouvelle tendance du web, et même pour certains d'une révolution. Voila quelque chose qui me rappelle en négatif les touristes du tsunamis shootés au camescope, occupés à filmer la vague puis les cadavres pour avoir leur petit enregistrement personnel, leur "j'y étais", et se sentir exister plus fort en rattachant leur modeste personne aux évènements du monde. Quelqu'un sur un site anti-JO avait rappellé que les athlètes défilant dans la cérémonie d'ouverture d'Athènes étaient surtout occupés à enregistrer le moment - c'est la même chose.

Le blog est-il un phénomène si interessant ? Peut-être. Faut-il en parler autant ? Pfff. Contentons nous de raconter nos histoires tranquillement, faisons notre petite promo, bidouillons nos templates en php, mais ne nous emballons pas et laissons l'histoire s'écrire plutôt que de vouloir à tout prix théoriser le présent de l'internet.

Aux tenants mous du oui

Donnez nous envie de voter oui ! Je vois bien qu’il s’agit du vote de la raison, que sinon on se retrouvera coincé avec cette merde de traité de Nice (merci Chirac et Jospin au passage pour ce cadeau posthume), qu’il y a un renforcement du rôle du parlement, gna gna gna. Mais donnez nous envie de ne pas tout casser, répondez enfin aux sirène romantiques du non ! Ils nous parlent d’Europe solidaire et humaniste, et vous répondez par un certain mépris, la menace ou la technique, vous nous prenez pour des cons qui n’ont rien compris et vous pensez qu’une traduction vulgarisée du traité nous satisfera. Trouvez quelque chose d’autre à nous dire ! Faites nous rêver !!

Je veux retrouver l’ambiance de la campagne de 1995, quand mes amis de droite ont cru que les choses allaient vraiment changer, tous transfigurés par le revenant Chirac ! Je veux être comme un blaireau du missouri mobilisé pour la défense des valeurs et de l’amérique profonde en 2004, qui unit ses prières avec Bush ! Je veux y croire, et pour cela il me faut du rêve, du mouvement, de l’élan, quelque chose auquel s’accrocher, non pas la photo débandante de Hollande et Sarko en couverture de match ! Bien sûr que je serais déçu, comme après chaque élection, mais au moins j’aurais eu l’impression qu’on peut changer les choses !

Sinon je vote non, c’est peut-être idiot mais au moins il y a une vision derrière ce discours. Ca vous apprendra à faire de la politique.

Courtoisie dans ta gueule

Un billet réjouissant sur un blog découvert via Bix, toujours bien informé : journée de la courtoisie au volant dans ta gueule connard. Rien que le titre me met en joie ! Allez donc lire ça et découvrir la bêtise stupéfiante de l'animatrice radio, ah on parle des bagnoles discourtoises mais les vélos alors ? Hein les vélos ? Melfrid aligne cette insensée mieux que je ne pourrais le faire :

C'est vrai, comment ces impudents osent-ils griller des feux rouges, faisant courir le risque à Isabelle Monrozier de fendre son pare-brise sous l'impact de leur corps inutile ? Ne devraient-ils pas rester bien à leur place dans la file entre 4x4 et camions de livraison? Cyclistes, soyez courtois, Isabelle Monrozier ne se sent pas en sécurité.

...donc je n'en rajoute pas là dessus. Ca me rappelle aussi mon truc perso sur les argumentaires de défense des porcs en 4x4... A chaque fois il y a toujours un petit malin pour prendre le contrepied, peu importe la vacuité de l'argument tant qu'il y a ce petit effet chiasme assez chic. Tout cela qui permet au crétin qui reçoit le message de se sentir plus intelligent que la moyenne à bon compte, et surtout de ne plus culpabiliser quand il pollue ou grille la priorité à un vélo ! Tiens je reviendrais là dessus.

Les jésuites des PME

Nouveau plan Raffarin pour développer la participation, renommée pour faire chic "dividende des salariés". Soit. Réaction favorable de la confédération patronale des PME, la fameuse CGPME, autrement dit la bande d'excités poujadistes qui préfèrent faire du lobbying plutôt que de bosser dans leurs petites boites. Une réaction favorable de la CGPME, c'est louche, ca veut dire forcément que les salariés vont se faire avoir.

Evidemment le calcul de Raff c'est de faire baisser la pression sur les hausses de salaires, en permettant à l'entreprise de distribuer des revenus non chargés (autant que la sécu n'aura pas, ça les motivera pour faire des économies) uniquement quand les affaires roulent ; et pour faire bonne mesure, puisqu'il ne sera plus nécessaire de bloquer l'argent 5 ans, ca sera autant que les impôts n'auront pas (malin d'aligner la fiscalité des salaires sur celle des dividendes, plutôt que l'inverse !). Affamer la bête, disent les économistes de gauche américains. A ce rythme Raffarin proposera bientôt aux entreprises de filer des primes au black, sous pretexte de légaliser une pratique réelle.

Grand moment de jésuitisme : notre "premier ministre" précise que la relance de la participation ne saurait être «un substitut aux nécessaires négociations sur les salaires et les minima de branche» (in le figaro). Il croit vraiment que les syndicats sont aussi naïfs ? Et s'il n'y avait pas d'effet de substitution, est ce que la CGPME applaudirait ? Quant à cette dernière, non contente d'avoir un projet de loi opportuniste qui permettra de faire des économies sur les salaires, elle arrive quand même à se plaindre qu'une des dispositions du texte pourrait se révéler trop favorable aux salariés. Comment dire cela en novlangue jésuitico-économique ? "la CGPME «craint que le projet du nouveau mode de calcul fondé sur le bénéfice comptable (avant impôt), et non sur le résultat fiscal (après impôt) de l'entreprise, ne vienne obérer la faculté d'investissement des entreprises » (fig, again). L'investissement... Ils parlent sans doute de la nouvelle mercos qu'il va bien falloir acheter maintenant que le patron de l'autre usine du coin se l'est offerte.

Malin

Que désire l'homme postmoderne, sinon le bonheur et la liberté ? Or n'est-ce pas le programme de vie qu'offre le christianisme aujourd'hui, délivré des conceptions absolutistes et réductrices de l'histoire qui ont fait tant de mal au XXe siècle ? Le Christ n'a rien dit d'autre que ces mots pleins de sens : "Viens, suis-moi, si tu veux t'accomplir."

C’est dans le Monde d’aujourd’hui, lors d’un appel au dialogue entre chrétienté et islam, et il s'agit d'une réponse à la question facile des journalistes, genre qui va encore à l’église aujourd’hui. Le cardinal qui s’exprime ici fait montre d’une grande finesse ; il rapproche les aspirations de l’homme « post moderne » (qui n’existe pas mais n’allons pas chipoter), sans doutes recueillies au travers d’une lecture attentive des magazines, du message du Christ qu’il résume avec style. Pourtant, curieusement, le Christ n’a pas « rien dit d’autre », et les autres discours du même évangile de Matthieu (quelque chose comme « je suis venu apporter le glaive et séparer les familles », ou « abandonne tes richesses » avant le « viens suis moi ») collent sans doute beaucoup moins avec « la conception du bonheur et de la liberté de l’homme» postmoderne. » Un temps pour le marketing, et un temps pour la lecture des textes…

L'horreur de la radio

Coincé chez moi pendant qu’il y a des travaux dans l’immeuble, je dois supporter la radio des travailleurs, en l’occurrence chérie FM. J’ai déjà fait l’expérience de la FM quand on travaille, quand je nettoyais des plats dans une cantine étudiante : cela fait passer le temps plus vite. Je comprends bien que les mecs qui font de la peinture du matin au soir se payent cette distraction, je ferais de même si j’étais eux.

Mais pendant ce temps impossible d’écouter ma musique (oui je suis égoïste), la FM grésille constamment. Donc j’écoute chérie FM. Ce que je ne fais jamais, snob que je suis. Et donc je tombe de haut. Quelle horreur. Passons sur la musique formatée, je n’ai rien de plus à dire là dessus. Mais le reste ? Les jingles ? Les pubs ? Les animateurs ? Le règne de la connerie pure et parfaite, de la bêtise assumée, rigolarde, grossière, une sorte de délire rabelaisien dévoyé et vidé de son sens. Les pubs sont sans doute les pires, avec leur second degré gluant et leur prétention à faire rire.

Une fois encore je suis obligé de conclure la même chose, et je vais me faire insulter dans les commentaires mais je m’en branle : c’est de la merde. De la merde musicale en boucle, entrecoupée d’animations merdiques et de pubs merdiques. Je ne suis pas obligé de l’écouter, me dira-t-on (et en plus si, pour une fois !) Soit. Mais pourquoi n’y a t-il jamais de parole officielle, politique, contre cela, ou au moins sur ce sujet ? Pourquoi s’être doté d’autorités genre CSA qui ne se préoccupent que de violence et de cul, de façon complètement inutile le plus souvent, mais jamais de la profonde bêtise des mass media (tiens ce terme même est démodé) ? Non, ça fait réac, ce serait de la censure, les gens écoutent ce qu’ils veulent… La seule posture autorisée est de montrer un intérêt faussement bienveillant pour cette fausse culture populaire, tout en se réjouissant à part soi de voir le fossé se creuser entre l’élite et les autres. C’est déprimant.

Les riches se beaufisent

«Entre 30 et 50 ans, chez les branchés, il est devenu de bon ton de porter une gourmette que l'on n'hésite plus à montrer sans nuire à son image professionnelle», affirme Alain, 40 ans, avec enthousiasme. Directeur commercial dans une entreprise immobilière, il a récemment sauté le pas et s'est offert une bague et un bracelet en argent «dans une bijouterie où j'étais allé faire réparer ma montre».

Deux informations importantes là dedans : 1/ il importe de ne pas nuire à son image au boulot et 2/ à cette condition, on peut se comporter comme un blaireau. Pas mal non ? Mieux :

« Notre offre (d'un grand magasin) s'adresse aussi bien aux hommes qui osent des modèles ostentatoires (des bagues à tête de mort de Corpus Christi, par exemple) qu'à ceux qui commencent tout juste à en porter et recherchent des bijoux discrets chez Armani ou Dinh Van. »

Des bagues à tête de mort... Goûts de chiottes ? Non, goûts "ostentatoires".

Les pauvres sont envieux

Qu'est ce qui fait le lien entre le gaymardgate et les beaufs qui roulent en 4x4 ? Leur ligne de défense. La preuve ?

Elisabeth Levy sur France Cul (critiquée par Acrimed) nous sermonne :

« On se réjouit que désormais les ministres soient limités à 80 m2 plus 20 m2 par enfant, obligeant certains à payer la différence de leur poche. Franchement, c’est une victoire de la démocratie ou une victoire de l’envie ? »

Une bonne femme qui défend les 4x4 dans un des nombreux forum sur le sujet :

Une fois de plus on critique les gens qui ont les moyens de s'offrir du luxe alors que c'est le reve de tout le monde! tout ça c'est de la jalousie c'est clair

Tout est dit. Etape numéro 1, je relativise la critique. Pour défendre Gaymard, on dit que Mitterrand a faire pire en logeant sa famille cachée aux frais de la princesse. Pour défendre les 4x4, on cite d'autres sources de pollution, les vieilles bagnoles, les camions, n'importe quoi d'autre.

Etape numéro 2. La critique de la critique : tout cela n'est qu'une chasse au sorcière, une recherche de bouc émissaire, et surtout, surtout, l'expression de l'envie, la jalousie des pauvres contre ceux qui réussissent. Bien sûr en France il ne fait pas bon avoir de la thune, c'est bien connu les socialistes veulent niveler par le bas, pas une tête ne doit dépasser, pas étonnant qu'on ait failli avoir les chars de l'armée rouge à Moscou. Alors ceux qui geignent contre les grosses bagnoles sont ceux qui crèvent d'envie, et ceux qui attaquent Gaymard sont jaloux de sa réussite ou ne supportent pas les familles nombreuses (E. Levy, encore elle : « Enfin ! Quand on a huit enfants, il faut quand même les loger ! »).

Technique de rhétorique classique, retourner le débat et contre-attaquer. Ce qui est étonnant par contre, c'est que de tels arguments, somme toute assez répugnants, puissent être versés au débat, c'est bien le signe d'un backlash ou je n'y comprends rien. Car la dernière étape, c'est bien sûr l'affirmation grossière de soi, assumer son argent et ses mauvaises manières, au nom de la loi du plus fort.

"Expliquer et simplifier"

(François Rebsamen, numéro 3 -?- du PS)

A chaque fois qu’un sondage montre qu’une réforme est rejetée par l’opinion, ou qu’un referendum risque de ne pas passer automatiquement, il y a toujours un connard de politicien pour nous dire qu’on n’a rien compris. Ils nous prennent pour des cons. Ils se plaignent d’être mal aimés, d’être injustement considérés comme pourris, tous ensemble, mais ils nous le rendent bien. Ils nous prennent pour des gros cons, sans même chercher à dissimuler leur mépris pour le peuple.

Depuis quand les hommes politiques se sont-ils auto-investis de cette mission pédagogique, expliquer la France, la politique, la loi du marché et la constitution européenne aux braves français ? Depuis qu’ils sont à poil. Ils ont abandonné toute tentative de changer les choses, de la droite ou de la gauche, et ils ne font plus que de la gestion au quotidien, morts de trouille à l’idée de bousculer le moindre petit équilibre économique.

Alors comme les politiques ne servent plus à grand chose, ils se recyclent en pédagogues, à la façon de l’oracle, pour traduire en langage de gros con les lois éternelles du libéralisme. Je dis ça mais avant on expliquait le marxisme-léninisme aux cons de la même manière, infrastructure et superstructure, seuls les prêtres et les profs savent, et ceux qui ne sont pas d’accord sont ceux qui n’ont rien compris.

On nous infantilise, et en même temps on nous reproche de nous comporter comme des mômes, de ne pas vouloir accepter la réalité. Mais plus on nous parlera d’en haut, pour nous « expliquer », avec la morgue de ceux qui savent, et plus nous serons tentés de dire merde et de voter non.


Trois jours après, la page de Schneidermann dans libé. Quelques extraits :

(Le débat des partisans du oui : ) Comment traiter les électeurs «tentés par le non» (car il n'y a jamais d'électeurs «tentés par le oui». Le oui est un vote naturel.) Manifestement, on n'a pas encore décidé si ces «tentés» étaient des ennemis ou de grands enfants. à‡a discute ferme entre les oui-carotte et les oui-bâton.

Ah tiens, et si on relançait la participation ? Avec une pincée de pédagogie, bien entendu, on a trop négligé la pédagogie (soupirs coupables). A défaut, un peu de verroterie, peut-être. Ainsi tinte au 20 heures la verroterie-BHL, la verroterie-Sollers, la verroterie-Balasko, agitée par Jack Lang.

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