A propos
radical chic

Chine nouvelle

Toutes les excuses sont bonnes (JO, vente d'airbus ou vague sujet économique) pour nous resservir les mêmes images sur la Chine : des filles élancées en tailleur, au téléphone, noyées dans le marbre rose des zones commerciales. Les précautions de jésuite du journaliste-commentateur, qui nous rappelle que les images qu'on nous montre ne sont qu'une façade, ne trompent personne ; cette concession de pure forme n'a pour but que d'opposer une fin de non-recevoir aux emmerdeurs critiques, aux empecheurs de jouir de cette autocélébration du capitalisme marchand. Une fois passé le moment du disclaimer, nous pouvons d'autant mieux nous gargariser de cet orient identique, où l'exotisme tient dans les limites rassurantes de la couleur de peau des mannequins ou de la sinisation des noms de marque.

Personne n'a envie de voir des images de paysans ou de mineurs pataugeant dans la boue des villes industrielles dégueulasses qui représentent certainement le quotidien de la plupart des chinois. Seule nous excite cette célébration paienne de la croissance (putain, 8% par an, on voit qu'ils ne sont pas aux 35 heures.) Rien de plus agréable que de voir a quel point les nouveaux chinois ressemblent à nos propres idoles, nous permettant de confirmer le choix collectif de la consommation de masse. Qu'on arrête donc de nous faire chier avec les droits de l'homme dont nous n'avons nous-même plus rien à foutre, juste des slogans creux pour gauchistes qui nous empechent de mettre des caméras partout pour surveiller nos 4x4.

Le Borloo style

Rien de nouveau dans le GaymardGate ? Mais si, son remplacement par Thierry Breton... Personne n'est frappé par la ressemblance, et pourtant nous assistons à l'émergence d'un nouveau style en politique, avec un discours concret soutenu par un pedigree sans ENA et surtout, surtout, un style : pas de bide, chevelure épaisse, lunettes de concepteur pub et costard à la mode. On est quand meme loin de Pierre Monroy ou de Raffarin. Seule question : est ce que Jack Lang ne pourrait pas demander des royalties, car c'est sans doute lui qui a mis au point le BorlooStyle(TM).

GaymardGate

Ca y est la république tremble sur ses fondements - mais personne ne répond à la vraie question : a quoi ca sert d'etre ministre si on peut plus s'en mettre plein les fouilles ? est on dans un pays communiste ?? toutes ces années d'étude pour émarger avec un minable 10 000 euros par mois, à peine de quoi payer les traites de l'appart bd st michel, c'est décourageant ! pas étonnant que les momes ne veulent plus bosser à l'école, et que les vrais talents se tournent vers le privé à la sortie de l'ENA !


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Et maintenant (vendredi) on nous fait le coup de l'explication devant les français, TF1, en direct, juste vous les français et moi le ministre, d'homme à homme, je suis sincèrement désolé de toute cette émotion causée, mais dès que j'ai compris j'ai déménagé, j'ai tout remboursé, le reste c'est abracadabrantesque, et je puis vous dire que j'ai beaucoup souffert de voir ma probité candide aussi cruement questionnée, mais après tout nous sommes en démocratie, il faut la transparence, mais en même temps (habile transition) le petit milieu médiatique s'est emballé, il ne faut pas faire de chasse à l'homme... avec un peu de chance il botte en touche, faisons confiance à Bouygtélé pour le pousser dans ses derniers retranchements. Mais là, une foire l'affaire close ("les français en ont assez et veulent que l'on parle des vrais problèmes") de quoi nous parle-t-il justement ? De ses réductions d'impôts pour les classes moyennes qui gagnent moins de 15 000 euros par an ? des maisons boorlo à 100 000 euros ? Des déductions fiscales de la résidence principale de l'ISF ? Des allocations logements pour familles nombreuses ?

Bref j'attends avec impatience cette "explication aux français", je me demande à partir de quand le gouvernement arrivera à "spiner" (désolé) le consensus vers la thèse du plouco-martyr assassiné par la presse gauchiste et anti-familialiste.


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Ca y est il l'a fait : il a démissionné !! Bon c'est un peu sévère mais ca lui apprendra a vouloir faire le démago anti notable tout en payant l'ISF. Je suis assez content de moi (modestement) : sa ligne de défense correspondait à ce que je pensais, sauf qu'il a mis en avant sa famille pour se couvrir, ce qui est assez répugnant :

"Mais ce que je ne peux plus supporter, c'est le harcèlement que subit ma famille", a-t-il ajouté. "J'ai fait des erreurs, j'en ai tiré des conséquences, je payerai ce qu'il faut pour les redresser mais je crois très honnêtement que le niveau que la polémique a atteint ne correpond pas à la réalité des choses. Je n'ai pas fait de crime ni de délit." (cité par Reuters)



Qui a dit du mal de sa famille (a part les guignols) ?

Faites les jeux, pas la grève

Une journée d'action sociale est programmée pendant la visite de la commission olympique, comprendre les vieux corrompus qui ont filé les jeux à la démocratie chinoise. Apparement cela a suffit pour provoquer une "polémique", puisque certains franc-tireurs de droite ont commencé à hurler sur l'air du sabotage ou de la mauvaise-image-du-pays, reprenant exactement l'argument employé par un patron face à ses employés grevistes (que vont penser les clients / vous allez couler la boite). D'autres, plus finement, avancent que cette coïncidence sera la preuve de la vitalité de la démocratie, qui peut cohabiter avec le sport (bravo bertrand delanoe), tout en espérant que les syndicats changeront la date.

Alors on commence par nous imposer une campagne d'affichage digne d'une république bananière, avec ce logo immonde placardé partout et adoubé par des sponsors plus gros que lui (à remplacer par le drapeau guatemalteque et l'emblème d'united fruit pour en saisir la porté- et voir ). Ensuite il faudrait discipliner les salariés qui risquent de donner une mauvaise image du pays, par exemple un pays où tout le monde ne marche pas au pas. Pire, un pays où tout le monde ne souhaite pas voir les jeux débarquer à Paris, ou en payer la note pendant 30 ans à coup d'impôts locaux... Autant dire un pays sans vrais patriotes ! C'est vrai quoi, qui entendrait parler de Paris s'il n'y avait pas les jeux ??

Mais en fait nos amis députés de droite ne vont pas assez loin ; ils ont raison, la mascarade olympique n'est pas du tout compatible avec le bordel façon sommet du G8 (ou même manif de fonctionnaires), parce qu'elle procède directement du règne du marché et valorise la fluidité des échanges avant toute chose, et bien avant la performance sportive qui s'inscrit quelque part dans ce schéma de la logistique triomphante (X dizaines de sportifs, X centaines de journalistes, X milliers de sponsors, X millions de spectateurs et Y milliards de téléspectateurs). Les jeux ne sont qu'un pretexte de plus pour transformer la ville en un centre commercial géant et propre, bardé de videurs omniprésents, et fiers de travailler à l'image que l'on donne au monde entier.

Si cette manif peut nous faire perdre les jeux... j'y vais !

Acheter de la merde

On me dit qu'a force de reflechir superficiellement ce blog perd de sa radicalité, c'est bien dommage, peut etre qu'il faut recentrer le sujet, alors je lance la discussion, de toute façon je m'emmerde au travail.

Premier constat, on a tous envie de s'acheter des trucs, bien qu'en toute logique on n'en ait absolument pas besoin la plupart du temps, et qu'on le sache parfaitement (je ne crois pas au consommateur totalement aliéné, sauf peut être quelques junkies de l'amex, mais ceux là je les laisse aux medecins). Bon je mets le probleme des fringues à part, parce que c'est l'apparence qui est en jeu, je veux pas passer pour un plouc non plus, pareil pour les bagnoles (quoique le retournement de symbole style DJ japonais en citroen BX soit possible), pareil pour les accessoires (pour certains), une belle montre c'est quand même le signe d'un homme de goût. Idem la bouffe c'est difficile de s'en passer, et puis le bon vin c'est pas la même chose hein, c'est comme de l'art, ou la bonne cuisine, voire même les bons yaourts de danone, recette cremeuse, bueno. Enfin j'ai beau cracher sur ces pubs à la con pour les produits de beauté (mais qui a essayé de se laver avec du shampoing LP ?) et les agences de voyage (qu'est ce qu'elles sont à chier ces pubs), je n'ai jamais été contre les vacances lointaines, c'est pas aussi bien que les vrais voyages à tonalité ethnologique avec apprentissage de la langue mais une bonne session de turc en deux heures a coup de lonely planet phrasebook c'est déja beaucoup.

Bon mais à part ça on a besoin de rien non ? Alors qu'est ce qu'on a à s'acheter des merdes inutiles et a s'accrocher à des jobs chiants pour pouvoir survivre (une fois le loyer et la bouffe payés, bon on a aussi envie d'habiter à paris). C'est vraiment n'importe quoi le monde dans lequel on vit putain.

La chiraquisation de Bush

Incroyable, Bush attaque Poutine de front ! Pas encore vu / lu les commentaires, mais je pense que nos amis de la presse vont ironiser à mort sur l'hypocrisie bushienne, attendez - ils diront - c'est pas que nous soyons anti-américains, c'est juste que c'est trop facile d'aller parler de démocratie, et meme d'envoyer Condi à Sciences Po expliquer a des fils de ministres que la liberté c'est que du bon, God help us, alors que pendant ce temps là, en Irak, et bientôt en Iran, hein c'est pas du joli.

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Leclerc détourne Mai 1968


Source de l'image.

Ce choix a de nombreuses vertus. Les événements de Mai illustrent les valeurs de combat, de militantisme. Les échos en sont positifs, même chez les plus jeunes. (Romain Vuillerminaz, un des concepteurs de la campagne, cité par le Monde).

Nous sommes dans un système marchand, une société de récupération et de nostalgie. La mise en scène de la contestation est très appréciée pour son côté ludique. (Gilles Masson, un autre pubard, idem).

Ce sont les publicitaires qui parlent. On ne leur reprochera pas de rechercher le maximum d'efficacité, ni de piller un répertoire déja largement profanné. Mais je remercie Edouard L. pour cette campagne qui va me permettre d'alimenter mon moulin anti-pub.

La pub a toujours aimé flirter avec la propagande, dont elle descend naturellement. On se souvient des pubs de Nike dans une tonalité mussolinienne, bien adaptées au marché du foot comme à la logique du stade ; mais cet emprunt à l'extreme droite est encore rare, malgré tout les fachos ne sont pas tres fréquentables.

Par contre le communisme, Marx Staline ou Mao pour vendre la française des jeux, la faucille pour les sociétés de Bourse, ça marche à fond. Normal, d'abord parce qu'on a en France une sorte de tolérance nostalgique pour les stals et les maos, qui n'ont rien fait de mal chez nous, et ensuite parce que le discours "prendre aux riches pour donner aux pauvres", un peu réduit et caricaturé par rapport à Lénine dans le texte, s'adapte quand même bien à la pub qui défendra toujours l'illusion de la valeur du produit : un achat de merde en supermarché vous transforme en grande star, et cet écart miraculeux entre le prix du tube de gel et l'aura qu'il apporte au blaireau de base n'étonne personne, chacun étant trop content de faire l'affaire du siècle dans son coin (grande inversion : la valeur d'usage plus grande que la valeur marchande, tiens Marx prend ça dans la gueule.)

On me dira que cette campagne, nostalgique ou pas (tu parles) n'est qu'une des variations infinie du second degré, simplement un peu plus grossière que d'habitude (il y aura bien un vieil ouvrier de la CGT pour s'indigner qu'on récupère aussi cyniquement un véritable folklore). La pub aime le second degré, qui est naturellement le meilleur ami du mensonge. On y reviendra.

Mais ce qui est fort, c'est qu'il n'y a pas plus antagoniste que l'esprit 68, quoi qu'on en pense, et un hypermarché qui vend de la merde ; pas plus opposé que les slogans de l'époque, qui appelaient au moins à penser par soi-même, et le lobotomie routinière façon Leclerc. Tout le monde le sait, mais c'est la grace du second degré, en entrechoquant les références et en dénonçant à l'avance le caractère absurde d'une telle amalgame, tout en la réalisant, qui fait que tout le monde s'en fout et se contente de trouver "sympa" ce genre de pub qui met en scène des images d'une révolte devenue aujourd'hui absurde. Les créateurs auraient tort de se priver, d'autant qu'ils n'ont pas eu trop de boulot à faire ce coup-ci.

Marseillaise-hochet

Les députés veulent rendre obligatoire l'apprentissage de la marseillaise... on se demande quel est leur souci, au fond. Est ce qu'ils peuvent vraiment croire que l'intégration viendra a force de gueuler "aux armes" ? Que les fils ou petits-fils d'immigrés des cités vont tout à coup sentir en eux le vent du patriotisme - parce que si il y a une volonté d'inculquer la marseillaise, c'est sûrement à ce public indiscipliné que l'on pense, les mêmes (dans l'imaginaire politique du député de base) qui avaient honteusement sifflé notre hymne élégant pendant un match France Algérie. Ou alors, les mêmes causes entrainant les mêmes effets, c'est peut etre pour discipliner les petits corses qui taguent "FLNC" sur les voitures des gendarmes, même pas peur ?

Bref, j'ai du mal à croire à l'intérêt de cette mesure, à moins d'y voir encore un attachement au "symbole" - bien pratique quand on ne peut rien faire d'autre faute de moyens ou d'envie. Mais bon par contre, sur le long terme, voila de quoi relancer la vente des billets de stade, une saine participation en plein air plutôt que de créér une génération de sportifs en fauteuil en train d'essayer de voir tous les matchs à la fois avec leur abonnement Canal. Le hooligan ou le couch potatoe, voila un vrai choix de société.

Chic radical contre Sideways

Tiens Libération s'excite contre la comédie américaine du moment... Est ce franchement étonnant ? Non. Malgré ses gros défauts, le sentimentalisme, la métaphore vin/vie qui finit par gonfler, un rendu visuel moyen, Sideways est un film extrêmement drôle et pas du tout moralisateur. Ce qui énerve notre journal chéri n'est pas là : mais pour qui il se prend ce film, àinviter un public plus large que d'habitude àpartager le mode de vie pinard/ resto que les mecs du 11eme adorent ? A développer une petite éthique de la vie qui n'est pas celle de la thune - ni de la révolution - mais justemment celle de la petite bourgeoisie intellectuelle, le prof cultivé dans son coin, le type qui prend des cours du soir ou qui écrit son bouquin tout seul ?

Ca marche comme ça la distinction, Libé peut dire du bien du cinéma populaire parce que de toute facon personne ne le traitera de journal plouc, Libé a trop la classe pour ça (allez voir ce qu'ils disent sur Iznogoud là, justemment dans le papier spécial nanard où ils démolissent Sideways) ; bien au contraire aimer la culture populaire vous donne un coté grande âme, une façon de transformer tout ce qu'on touche en art légitime, parce qu'on le veut bien.

Par contre dès qu'un film est àla fois intelligent sans etre inaccessible, ni lardé des gros défauts du cinéma commercial, et qu'il risque de plaire au public de libé (qui parfois rigole au cinéma) mais aussi àtous les gens normaux (aie), par exemple les petits bourgeois qui aimeraient aussi faire la route du vin avec leurs potes, il faut cracher dessus avec le plus de force possible, pour se distinguer de ce public ordinaire et maintenir son rang de chroniqueur de l'élégance artistique.

La grande violence de la critique :

Chemin faisant («route des vins californiens»), une expérience de physique tanique amusante fait méditer les millions de Peaux-Rouges et d'esclaves noirs qu'il a fallu déporter et tuer, pour que de braves descendants de «pionniers» puissent jouer les vignerons àbéret en terres sacrées indiennes spoliées, pour ce faux Tour de France des terroirs de Los Alamos àSanta Barbara. Oscar du Merlot-Bullshit 2005.

n'est pas due au hasard, mais elle a une justification sociale : la peur de la contagion par les demi-intellos qui aimeraient Sideways. Par contre après avoir pissé sur Sideways, ou plus exactement avant, il est parfaitement chic de consacrer douze pages inspirées sur les défilés de mode, monde vain (on le reconnait toujours dans une pirouette) mais étanche, loins des ploucs qui s'habillent en Zara.

Critiquer la pub

One of the most salient features of our culture is that there is so much bullshit. Everyone knows this. Each of us contributes his share. But we tend to take the situation for granted. Most people are rather confident of their ability to recognize bullshit and to avoid being taken in by it. So the phenomenon has not aroused much deliberate concern. (Harry Frankfurt, prof de philo à Princeton).

La pub est un mensonge sympathique : tout le monde le sait, tout le monde le voit, personne n'est dupe. Au moins cet essai offre une perspective moins manichéenne pour la critique de la pub.

En général il est difficile d'éviter deux écueils : un discours "antipub" caricatural, rongé par un ascétisme révolutionnaire très énervant, et en face la bienveillance molle de ceux qui sont content d'être distraits par la pub et n'y voient pas matière à s'affoler. Dans le premier cas, tout serait à jeter : c'est irréaliste mais au moins ça peut se défendre. Mais comment réagir quand on vous explique que franchement, hein, faut pas exagérer, la pub c'est sympa, c'est souvent drôle et parfois intelligent ? Et que tout le monde sait bien que c'est de la pub, on n'est pas obligé d'acheter, voyons, et bon on se laisse pas avoir aussi facilement ?

En effet il est facile de voir que c'est de la pub, d'ailleurs les spots et les affiches se dénoncent eux-même, ils crient le plus fort possible que ce n'est que ça, qu'il ne faut pas les prendre au sérieux, qu'il s'agit seulement d'être distrait, pas d'autre ambition, surtout pas. On est passé des réclames qui mimaient l'information produit honnete aux pubs qui ne parlent plus des produits que par allusion, qui n'essayent même plus de vendre quoi que ce soit.

C'est là où se trouve la vraie efficacité de la pub - et son vrai danger. En créant un environnement intellectuel favorable au produit, elle ne nous persuade pas qu'on serait mieux (plus jeune, plus beau, etc.) avec, elle change, à force, les valeurs que nous percevons. On ne me fera pas croire que la pub n'a aucune influence sur l'état des mentalités, ni qu'elle n'en constituerait qu'un simple reflet, comme disent ses défenseurs, avant de crier à la censure pour éviter tout approfondissement du débat.

Les porcs assument

Un chroniqueur du Monde s'est ramassé des tonnes de hate mail parce qu'il a cru bon de s'en prendre aux 4x4 - et indirectement aux blaireaux qui les conduisent.

Il y a certainement quelque chose d'excessif dans la critique de ces bagnoles, qui est un des passages obligés de la bonne conscience écolo ; les causes les plus consensuelles sont parfois énervantes, parce que ceux qui les défendent jouissent trop du plaisir d'avoir raison, et en profitent au passage pour reconvertir en colère légitime la jalousie éprouvée devant la débauche d'argent ou la vulgarité assumée des propriétaires de grosses bagnoles.

Mais la réaction "paranoïaque" des propriétaires de gros culs n'est pas vraiment innoncente non plus; ces gens recherchent la voiture la plus visible, la plus confortable et la plus arrogante, ils se foutent éperduement de gaspiller de l'essence ou de polluer comme des porcs a coup de CO2 et de tonnes d'acier, et ils voudraient qu'on les regarde sans réagir ?

Leur excitation reflete aussi un backlash anti-écolo, après des années d'un discours médiatique qui a joué sur le ressort de la culpabilité, et qui a ouvert un boulevard à la mauvaise foi. Certains disent "je pollue et je vous emmerde", d'autres vont jusqu'à nier la réalité de la pollution ou du danger des 4x4 pour ceux qui ne sont pas dedans. Cela rappelle les façons de l'équipe Bush, pour laquelle l'idéologie fait office de réalité. Tous les arguments sont alors bons, plutot que de prendre ses responsabilités et abandonner les joujous de la modernité et de la distinction de classe (mais alors à quoi bon bosser 50h par semaine dans un bureau vitré des hauts-de-seine ?)

La droite et les bobos

S'il y a une population que les gens de droite aiment prendre pour cible, c'est bien celle des bobos. Certes c'est une catégorie bien vague, mais chacun voit vaguement de qui on parle, et cela suffit en tout cas pour nourrir les traits ironiques. A coté des bobos, les ennemis traditionnels comme l'extrême gauche ou les syndicalistes font pale figure. Pourquoi un tel succès ? Parce que le terme de bobo est venu opportunément remplacer - et relancer - celui de "gauche caviar", qui était usé jusqu'à la corde.

A chaque fois que j'avais la chance, plutot rare dans mon milieu, d'assister à un coming out de quelqu'un de droite, il n'y avait pas deux minutes de discussion avant que le terme bobo viennent naturellement répondre à toutes mes critiques - contre Sarko ? bobo. Pas favorable à la baisse des impôts ? bobo. Trouver Bernadette heu... trop mise en plis ? hop.

Paradoxalement, quand ils s'en prennent aux bobos, les gens de droite enchaînent des arguments qu'ils pourraient tout autant employer contre eux-même, à commencer par le grand classique : l'angélisme, le manque de connaissance du terrain. "Les bobos du XIe ne se rendent pas compte de ce qui se passe en banlieue" - alors que le lien magique entre Neuilly sur Seine et Sarcelles n'a jamais été rompu. Proximité et pragmatisme, deux vertus cardinales de la droite, qui permettent de savoir sans savoir et d'avoir toujours raison.

Finalement, les bobos ne sont jamais attaqués de front sur l'aspect économique, en général on se limite juste à dire "t'es de gauche mais t'as du fric, alors d'où t'es de gauche ?" Paradoxe apparent, profondément con, qui tente vaguement de faire diversion alors qu'on s'approche du fond du problème. Comment peut-on accepter de payer autant d'impôts au nom de la solidarité - alors même que nous autres pauvres classes moyennes sommes déja écrasées par le racket fiscal ? Ce que la droite ne supporte pas, c'est que les bobos - comme la gauche caviar - crachent dans la soupe, et fragilisent la solidarité des riches entre eux.